Dossier spécial orientation professionnelle

Sciences humaines et sociales

La géologie et ses dérivés : un métier méconnu mais très prometteur, si…

Là où le commun des mortels voit un beau paysage, l'œil du géologue constate une faille : ici, la grande faille d'Akroum. Photo Samir Zaatiti

Quand on dit « géologie », à quoi pense-t-on ? À l'étude du sol, du sous-sol et des roches, évidemment. Mais comment définit-on le métier qui découle de cette science ? Il n'y en a pas beaucoup qui sauraient le dire. Or la géologie est un domaine immense dont les applications dans la vie de tous les jours sont nombreuses, comme l'affirme Samir Zaatiti, géologue de formation, spécialisé en hydrogéologie et professeur à la retraite.

23/03/2016

« La géologie est la science de la terre, de son histoire, de sa structure, de ses origines, explique-t-il. C'est une science historique qui permet de remonter le temps, de connaître le type de roches. »
De nombreuses branches dérivent de la géologie, notamment l'hydrogéologie. « Celle-ci est une branche appliquée de la géologie, qui se penche sur les eaux souterraines, celles qui coulent à l'intérieur des roches et jusqu'en profondeur, contrairement à l'hydrologie, qui, elle, s'intéresse à l'eau de surface », explique le spécialiste. D'autres branches de la géologie comptent la géophysique, qui est l'étude des caractéristiques physiques de la terre, la paléontologie, qui est l'étude des fossiles, ou encore la minéralogie, qui est l'étude des minéraux. Autant de disciplines passionnantes et très scientifiques.

 

Horaires et journée type de travail
Samir Zaatiti affirme d'emblée que les horaires et les journées de travail d'un géologue dépendent de sa spécialisation. « Mais il faut savoir que, dans tous les cas de figure, c'est un métier qui s'exerce au bureau – pour les recherches, l'analyse des données, l'écriture des rapports, etc. – et sur le terrain, dit-il. Un vrai géologue est celui qui est descendu sur le terrain et qui le connaît, celui qui a parcouru des distances, une carte à la main. C'est celui qui étudie les cartes, puis met en application une donnée thématique. Sans le terrain, un géologue gardera d'énormes lacunes dans sa formation. »

 

Contraintes
L'hydrogéologue relève malheureusement de nombreuses difficultés qui entravent le cours du travail dans sa discipline, dont les principales :
- Il y a trop peu de recherches effectuées par des bureaux locaux, tout est confié à des sociétés étrangères. À titre d'exemple, dans le cas du très controversé barrage de Janné, pas un seul géologue libanais n'a été recruté, selon Samir Zaatiti.
- L'enseignement au Liban reste trop théorique. La discipline est marginalisée depuis longtemps, regrette-t-il, parce qu'il y a une conviction ancienne que notre terre est pauvre en métaux et que les recherches peuvent difficilement être rentabilisées. Les différentes applications de la géologie sont ainsi peu connues et prises en compte.
- Les bureaux d'ingénieurs n'engagent pas toujours des géologues, ils ont recours à eux en cas de besoin (pour l'étude des sols). Ils estiment généralement n'avoir pas besoin des services d'un géologue à plein-temps.

 

Qualités requises
- Un géologue doit être un bon sportif, qui ne rechigne pas à parcourir des kilomètres avec son sac à dos et ses cartes, il doit aimer la découverte et la nature.
- La passion du métier vient souvent avec les premières découvertes, mais elle est nécessaire pour sa pratique.
- L'esprit d'équipe : un géologue a besoin d'experts de différents horizons pour compléter sa vision d'un problème, il travaille rarement seul.
- Il est crucial d'aspirer à acquérir de l'expérience aussi rapidement que possible en accompagnant de bons professionnels, car c'est un métier de terrain essentiellement.
- Il faut être observateur et avoir une curiosité scientifique très développée.

 

Débouchés
Interrogé sur les débouchés, Samir Zaatiti souligne une ambivalence : si ceux-ci demeurent rares dans la conjoncture actuelle, ils pourraient se développer très rapidement si, d'une part, l'État accordait plus d'importance à l'étude des eaux souterraines (la principale ressource hydraulique du pays, selon lui), au lieu de privilégier les barrages, et, d'autre part, si le projet de forage de pétrole en mer se concrétisait. « Dans ce dernier cas, il nous faudra former des géologues spécialisés (entre autres spécialistes) locaux afin de pouvoir accompagner ce développement et ne pas dépendre exclusivement des expertises étrangères », précise-t-il.
Parmi les autres débouchés, l'enseignement et la recherche, la prospection (en vue du forage de puits d'eau), l'étude du sol en vue de projets de construction plus ou moins importants.

  

Plus de spécialisations à l'étranger qu'au Liban

Les cursus de géologie proprement dite, ou de l'un de ses dérivés, sont rares au Liban. Un BS en géologie est proposé à l'AUB, mais, pour pousser plus loin ses études ou se spécialiser, il faut aller à l'étranger.
Récemment, l'Université libanaise (UL) a mis au point une option de géologie du pétrole pour les étudiants de la faculté des sciences. Les postulants à cette option viennent de spécialisations comme la biologie, la biologie végétale ou la chimie. L'hydrogéologue Samir Zaatiti, qui s'est lui-même spécialisé en France, plaide pour que ceux qui aspirent à des études de géologie du pétrole soient formés de préférence en géologie. Il préconise aussi l'ouverture de nouvelles branches enseignant cette spécialité, et se prononce pour des études plus pratiques et moins théoriques.
Les étudiants intéressés par les spécialisations en relation avec le pétrole doivent savoir aussi que l'École supérieure d'ingénieurs de Beyrouth (Esib) de l'Université Saint-Joseph (USJ) a créé un master « pétrole et gaz : exploration, production et management », destiné à des ingénieurs diplômés, proposant des formations techniques et économiques.

 

 

 

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