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Liban

Chehayeb à « L’OLJ » : 75 % des déchets entassés depuis le début de la crise seront exportés

Crise des déchets

Si tout se passe comme le prévoit le gouvernement, la très controversée exportation des déchets commencera fin février, pour une durée de 18 mois. Quelles sont les garanties que cette période ne se renouvellera pas et quels seront les mécanismes de contrôle d'ici là ? Le ministre de l'Agriculture répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

01/02/2016

C'est vendredi que le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) a annoncé la présentation, par la compagnie britannique Chinook – chargée par le gouvernement de l'exportation des déchets –, de documents certifiant que la Russie accepte d'accueillir les déchets ménagers libanais, qui devront finir dans un incinérateur de ce pays. La crise des déchets dure depuis le 17 juillet, date à laquelle la principale décharge du pays a été fermée sans alternative : le gouvernement a prétexté de l'échec du plan de la commission chargée du dossier pour adopter une politique d'exportation. De nombreuses questions restent toutefois en suspens : comment se déroulera la préparation des déchets sur le territoire libanais avant leur transport par mer ? Qui contrôlera l'ensemble du processus ? Qu'en sera-t-il des déchets amoncelés dans les rues depuis des mois ? Que se passera-t-il au bout de dix-huit mois ? Le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, a répondu aux nombreuses questions de L'Orient-Le Jour.

Avant le transport par mer vers la destination finale, les déchets doivent nécessairement être triés et traités au Liban. Le pays est-il prêt pour cela ? « C'est la compagnie Chinook qui va s'en occuper en faisant fonctionner les deux centres de tri de Amroussiyé et de la Quarantaine (NDLR : ceux que gérait auparavant Sukleen avant le transport vers Naamé) à un prix de 25 dollars la tonne, sachant que le prix était auparavant de 56 dollars la tonne, explique M. Chehayeb. Il s'agira du tri, du broyage, du traitement, de l'empaquetage et du transport jusqu'aux bateaux. Les produits recyclables seront systématiquement triés, il est interdit qu'ils soient exportés avec le reste, il faut que l'industrie libanaise en profite. » Et à qui bénéficiera la revente de ces produits recyclables ? « À la compagnie, c'est normal, vu le prix réduit qu'elle a demandé pour la mise en fonctionnement de ces centres », répond-il.

Qui contrôle le processus en entier ? « C'est le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) qui va tout contrôler, car la Convention de Bâle n'a pas les outils exécutifs pour le faire », souligne-t-il. Qu'en est-il du contrôle du tonnage ? « Les déchets à exporter seront pesés au niveau des centres de tri, le contrôle du tonnage sera effectué par l'État libanais, notamment par les douanes, avant le transport par le port, précise le ministre de l'Agriculture. Il y aura aussi une compagnie internationale chargée du contrôle. » Quelle est cette compagnie et quel est son champ d'action ? « C'est le CDR qui s'en occupe et qui va lancer un appel d'offres pour cela », dit-il simplement.

(Lire aussi : Les ordures du Liban... vers la Russie)

 

Respect de la Convention de Bâle
Comment explique-t-il que le prix de l'exportation ait été accepté aussi facilement alors qu'il y a eu un tel tollé pour des prix plus bas en des circonstances précédentes ? « Soyons clairs, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, nous n'avions plus le choix que de nous diriger vers l'exportation », répond-il. Cependant, la commission a été critiquée pour ne pas avoir effectué d'appels d'offres. « Faire un appel d'offres et rédiger au préalable un cahier des charges aurait duré deux ans au plus bas mot, affirme-t-il. Toutefois, à défaut d'appels d'offres, nous avons organisé des négociations au niveau des prix (NDLR : il hésite en se remémorant le terme exact utilisé lors de la procédure). Au début, nous avions reçu une offre de l'Allemagne pour l'exportation des déchets à un prix de 80 à 100 euros la tonne, mais sans compter le transport vers le centre de traitement à Hambourg, ce qui nous aurait coûté environ 300 dollars la tonne. Il fallait donc trouver un prix plus raisonnable tout en nous assurant que la Convention de Bâle est respectée et que les intérêts du Liban sont protégés, car le prix n'est pas le seul paramètre à prendre en compte. Il faut rappeler que l'exportation des déchets se pratique dans le monde, mais qu'elle est soumise à des lois strictes. »

Le ministre se dit rassuré par rapport à la destination de la Russie, réitérant ce que le président du CDR Nabil el-Jisr a déjà dit, c'est-à-dire que le CDR s'assure des papiers présentés par Chinook au début de la présente semaine, avant de signer le contrat. Selon lui, « si aucun obstacle ne surgit d'ici là », l'exportation devra commencer le 28 février.
Les déchets amoncelés dans les rues seront-il inclus dans la solution ? « Chinook a fait appel à une compagnie française, spécialisée dans les déchets qui sont en état de décomposition. Cette compagnie a déjà effectué une inspection au Liban et estimé qu'elle pourrait traiter ces déchets à 75 %, étant donné que les 25 % qui restent sont soit jetés dans des ravins et des vallées, donc difficiles d'accès, soit incinérés. Si 75 % des déchets anciens seront ainsi exportés, nous déciderons ensuite quoi faire des autres », note-t-il.

 

(Lire aussi : Augmentation du taux de carcinogènes dans l’air d’au moins 2 300 %)

 

Décharges dans les régions, RDF à Beyrouth
L'exportation devrait se pratiquer durant 18 mois seulement. Étant donné l'historique de l'État dans le dossier des déchets (Naamé aurait dû fonctionner pour cinq ans, sans recevoir les déchets organiques, or la décharge est restée ouverte 18 ans en accueillant toutes sortes d'ordures), qu'est-ce qui garantit que les contrats particulièrement juteux de l'exportation ne seront pas renouvelés à l'infini ?

« Durant les 18 mois d'exportation, le Pnue a exprimé son intention de nous aider à préparer la période durable en nous transmettant le savoir-faire dont nous aurons besoin, assure M. Chehayeb. Les réunions commenceront bientôt. Nous allons œuvrer à créer des décharges devant desservir les régions en remplaçant les dépotoirs sauvages, comme au Akkar. Ces décharges ne devraient pas poser les mêmes problèmes car elles ne seront pas conçues pour accueillir les déchets du Liban, mais pour desservir une seule région. Pour le Grand-Beyrouth et certaines régions du littoral du Mont-Liban, très peuplées, nous devrions avoir recours au "Waste to Energy". Il s'agira de faire du RDF (Refused Derived Fuel ou combustible issu des déchets) pouvant être utilisé comme combustible dans les cimenteries par exemple. Ce n'est donc pas de l'incinération. Personnellement, j'aurais préféré un plan entièrement axé sur les décharges, mais la décision du Conseil des ministres (datant de 2010) est claire à ce sujet, d'autant plus qu'elle a été confirmée récemment par le gouvernement actuel. Il faut d'ailleurs reconnaître qu'avec des régions surpeuplées, nous n'avons pas vraiment le choix. »

 

Repères
Exportations des déchets par le Liban : une infographie pour faire le point sur ce que l'on sait

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Lire aussi
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Irene Said

Et j'ai oublié de poser la question principale:
combien de dollars dans les poches de tous ceux qui participeront à cette "exportation" qui lustre un peu plus la réputation de notre pays ?
Irène Saïd

Irene Said

Combien de projets...promesses détaillées et mirifiques depuis...6 mois ?
Combien de revirements...réunions...consultations encore avant d'être certains que ce problème sera résolu proprement et qui y croit vraiment ???
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUE SERA... SERA... WHAT EVER WILL BE... WILL BE...
C'EST L'ARGENT ET LES LATTAS QUI DÉCIDENT... QUE SERA... SERA !!!

Ziad Gabriel Habib

La fin du tunnel inchallah...
La solution RDF en cimenterie est pratiquée partout dans le monde. Elle nécessite du tri préalable et de préférence à la source pour optimiser rendement et coût. Aussi, elle n'absorbera pas la totalité des déchets.
Donc, quoiqu'il en soit, une solution durable c'est un tri à la source avec valorisation des recyclables (matière première et/ou combustible alternatif). Et fatalement, il faudra se pencher sur le sort du déchet ultime. Et il n'est pas trop tôt pour le faire!
Bruxelles, 01.02.16

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