Liban

L’historiographie libanaise vivante de nos valeurs et identité

Tribune
12/01/2016

Quelles sont nos valeurs nationales communes et partagées, exprimées et concrétisées par des pères fondateurs du Liban, aux périodes charnières de 1920 lors de la proclamation du Grand Liban, et de 1943 lors du pacte national et de l'indépendance ?
La question ne s'adresse pas cette fois à des académiques, intellectuels et spécialistes, mais à des élèves du secondaire de plus de quarante écoles qui vont, avec l'aide pas trop directive de leurs professeurs, découvrir par eux-mêmes ces valeurs fondamentales aujourd'hui méconnues, violées et souvent polluées dans des discours polémiques.
Apprendre l'histoire ? Non. Il s'agit de la découvrir par soi-même, la vivre, se l'intégrer, la revivre, avec concentration sur des acteurs, figures vivantes, pionnières et ceux et celles les plus modestes, pour construire une mémoire mieux immunisée du Liban des 10 452 km2 et de nos grands engagements nationaux.
Dans la continuité des objectifs de l'association Gladic (Groupement libanais d'amitié et de dialogue islamo-chrétien), créée en 2012, la table ronde organisée dans le cadre du « master en relations islamo-chrétiennes » à l'USJ et qui a groupé plus de quarante enseignants de tous les mohafazats vise à faire participer les élèves du secondaire à une investigation personnalisée sur notre histoire mouvementée et glorieuse des années 1920-1943. Le tout débouchera sur une séance collective à l'USJ, pour la présentation des travaux et la publication ultérieure des productions dans un document collectif qui servira de soutien pédagogique pour la diffusion et l'extension de l'expérience. Les acteurs et bénéficiaires sont donc les jeunes libanais assoiffés de repères et le plus souvent déboussolés et dégoûtés par des palabres et des cogitations polémiques.
Le noyau d'enseignants réunis est appelé à s'étendre, en partant de la conviction que souligne le recteur de l'USJ et président de Gladic, le Pr Salim Daccache : « Le Liban uni est bien ici, avec la capacité de briser les murailles, vous êtes en effet avec nous, par acte volontaire, endogène et déterminé, pour apporter une plus-value culturelle nationale, une édification en profondeur de l'être libanais, du tissu dont les mailles sont entremêlées. »
Il ressort de la table ronde une pédagogie d'investigation et des perspectives de productions collectives en 2016.
1. Identité et valeurs nationales partagées : le programme interscolaire de Gladic peut dévier de sa finalité s'il est réduit à une recherche historique, même fort scientifique, mais conventionnelle. Le problème est celui de la mémoire. Le plus souvent l'élève libanais mémorise dans un livre dans un but utilitaire et déverse le savoir (est-ce vraiment son savoir ?) à l'examen, alors qu'il acquiert sa mémoire dans sa famille, son milieu, la rue, le groupe des pairs, les événements de chaque jour...
La consolidation de l'identité libanaise pour demain, de la libanité profonde, comporte quatre composantes : 1) l'amour et la fidélité pour la patrie même quand elle est mal gouvernée, du fait que la patrie n'est pas les gouvernants, et surtout pas un hôtel haut standing ; 2) la perception psychologique globale de tout le Liban des 10 452 km2 ; 3) l'attachement aux grands « engagements nationaux » (ta'ahudât wataniya), suivant l'expression vers la fin de sa vie d'Edmond Rabbath, c'est-à-dire aux Pactes et à la Constitution ;
4) la perception commune du danger extérieur, perception génératrice de solidarité au-delà de tous les clivages.
On relève dans cette perspective que face à « l'état de fragmentation et de dégradation des valeurs » (Ahmad Hoteit), il faudra « humaniser l'histoire vécue, en considérant non seulement des données, mais les acteurs, ceux animés par la liberté et la volonté d'indépendance » (Souad al-Hakim), « l'histoire n'étant pas exclusivement militaire et politique » (Ghada Daher). Des approches contextualisées et pluridimentionnelles (Lamia Hitti) permettent d'aller au-delà des divergences et « d'appréhender les questions controversées » (Ali Hallak).
2. La redécouverte par les jeunes de notre alphabet national : grâce à un processus de suivi par les membres du Comité exécutif de Gladic et du master en relations islamo-chrétiennes à l'USJ et des étudiants du master, sous la direction de la coordonnatrice du master, Roula Talhouk, les élèves du secondaire de plus de quarante écoles au Liban vont découvrir des figures pionnières (sont-elles vraiment connues des jeunes ?),
et celles qui, modestement, ont forgé les valeurs libanaises de solidarité et de convivialité entre les années 1920-1943. On rapporte au cours de la séance le sentiment de désarroi quand, dans une enceinte universitaire, il y a quelques années, des étudiants ont brandi les armes !
Qu'avons-nous donc appris ? (Lamia Hitti).
Gladic poursuit un programme sociopédagogique pour cela, mais sans programmation et directivité des élèves suivant des formes préétablies. Les professeurs aident, stimulent, proposent, suggèrent... mais c'est la créativité et l'expérimentation personnelle qui vont forger la mémoire immunisée, collective et partagée de nos valeurs nationales. Enseignants et élèves seront des partenaires dans des investigations sur l'histoire vivante, l'histoire orale, celle peut-être du grand-père et de la grand-mère... pour déboucher sur une conviction commune (Ahmad Hoteit). La production sera « riche, normative et servira de modèle à d'autres productions didactiques et culturelles de soutien » (Miriam Hassan). C'est ainsi que nous allons vers la réconciliation (Saints-Cœurs, Baalbeck). Les conditions du programme interscolaire fournissent des détails sur les objectifs et les conditions (Ziad Chalhoub).

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel
Titulaire de la chaire Unesco d'étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue, USJ

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES CHOSES SONT DÉPASSÉES ! PLUS DE SENS NI DE SENTIMENTS NATIONAUX CHEZ PLUS D'UNE PARTIE DE CET AMALGAME QU'EST NOTRE PEUPLE !
LA TAKOL ASLI WA FASLI ABADAN INA ASLIL FATA MA KAD HASAL...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Qu'est-ce qu’une "libanaise" société ? Le produit de l'action de ces Libanais. Sont-ils libres de choisir laquelle ? Non.
Qu’on pose un certain stade de leur développement, et on aura telle forme de rapports sociaux entre eux. Poser ces degrés de développement, et on aura telle sorte de formes sociales ; telle société civile. Poser celle-ci, et on aura tel état politique qui n'est que l'expression de celle-ci. Voilà ce que nous ne comprendront jamais, car nous croyons faire grande chose quand nous en appelons de l'État à la Société, i.e. du résumé officiel de la société à la société officielle.
Les Libanais ne sont pas les libres arbitres de leur état de développement, car il est le produit, lui, d'une activité antérieure. Le résultat de leur énergie ; circonscrite par les conditions dans lesquelles ils sont ; jaillit par leur acquis, la forme sociale qui existe avant eux, qui leur est antérieure. Du fait que leur génération postérieure trouve un développement acquis par leur génération antérieure ; matière pour un nouveau développement ; se forme une connexité dans leur histoire qui est d'autant plus l'histoire des Libanais que ce même développement a grandi.
Leur histoire globale n'est jamais que l'histoire de leur développement individuel, conscient ou pas. Leurs rapports sociaux forment la base de tous leurs rapports, qui ne sont que les formes dans lesquelles l’activité individuelle de chacun d’entre eux se réalise.

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