Le Liban en 2015

De la résilience à la résignation

Economie
05/01/2016

Encore une année de perdue ? Faute de statistiques complètes et régulières, difficile de juger à ce stade si l’activité économique en 2015 a effleuré les deux points de croissance encore prédits par les augures internationaux ou si elle s’est enfoncée dans la stagnation anticipée au niveau local. Quoi qu’il en soit, cette piètre performance a des allures de pis-aller pour une économie toujours plus coincée entre le marteau de la situation régionale et l’enclume de la paralysie politique locale.

Les conséquences de la guerre en Syrie pèsent toujours aussi lourd. Notamment sur l’activité immobilière, en nette régression ; les comptes et services publics (ou leurs résidus) ; la demande anticipée des agents économiques ; ou les exportations libanaises vers le Golfe. Autant d’effets délétères que la sédentarisation de l’immense contingent de réfugiés syriens peine à compenser par son soutien à la demande. Quant à l’effet déflationniste que cette armée de réserve venue grossir les rangs de l’économie informelle a pu avoir sur les salaires, il reste bien plus délicat à mesurer que celui de la chute des cours du brut sur les prix à la consommation.

Certains moteurs traditionnels maintiennent néanmoins la cadence. L’activité bancaire confirme ainsi sa décorrélation avec l’économie réelle et continue d’enregistrer des performances singulières – bien qu’en léger ralentissement – soutenues par des taux d’intérêt toujours attractifs, les remises de la diaspora ou les conditions très avantageuses des plans de relance de la Banque centrale. Palliatif du vide gouvernemental, la poursuite de cette politique contracyclique risque néanmoins d’être compliquée par la nécessité d’éviter une bulle de la dette privée et par le resserrement de la politique monétaire de la Fed américaine.

Autre mamelle traditionnelle du pays du Cèdre, le tourisme affiche, lui, une réelle reprise par rapport aux sombres années précédentes, néanmoins freinée au second semestre par les conséquences de la crise des ordures. Depuis six mois, ses relents illustrent ad nauseam le pourrissement d’institutions publiques « capturées » – selon le terme fort à propos de la Banque mondiale – par l’irresponsabilité et la corruption des élites politiques. L’exécutif, incapable d’entreprendre une quelconque réforme d’ampleur – quelques mesures protectionnistes ne faisant pas une politique – ou de préserver l’octroi de marchés publics stratégiques de l’avidité des clans qui y sont représentés, a essentiellement limité son action à l’entretien du flux de dépenses publiques et de leur financement. Quitte à violer pour la dixième année consécutive les principes démocratiques fondamentaux en s’exonérant du quitus budgétaire. Certes, les députés autoprorogés étaient contraints de subordonner leur activité législative à l’élection d’un président de la République. Ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas fait. Reste que lorsqu’il s’est agi d’éviter in extremis au pays la perte de plus d’un milliard de dollars de prêts internationaux ou son excommunication par les organisations internationales luttant contre les fonds illicites, la « nécessité » économique a fait (35) lois…

Face au marasme, les représentants des principales organisations professionnelles ont bien exprimé leur ras-le-bol. Mais celui-ci s’est étrangement détourné sur les citoyens battant le pavé pour exiger le respect d’au moins quelques clauses d’un contrat social vidé de toute substance. En voie d’essoufflement, ce mouvement populaire ne paraît toutefois pas en mesure d’enfanter une véritable alternative pour l’avenir du pays. Difficile donc d’espérer que de cette crise jaillisse l’opportunité d’un changement de paradigmes pour l’économie libanaise. Une économie qui, même sans ressources pétrolières exploitables à court terme, continue de présenter les symptômes de la « maladie hollandaise » et semble désormais appelée à laisser sa fameuse « résilience » s’effacer progressivement derrière la résignation de ses forces vives.

 

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