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Moyen Orient et Monde

La résistible ascension de Marine Le Pen

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18/12/2015

En regardant, à la télévision, les résultats du second tour des élections régionales françaises, au soir du 13 décembre, entouré de ma famille, je me suis senti submergé par un sentiment de soulagement, et même de fierté. Le parti de la haine – le Front national de Marine Le Pen (FN) – n'était pas parvenu à remporter une seule région. La démocratie avait prévalu. Les valeurs de la République avaient triomphé.
Un mois jour pour jour après que les terroristes eurent tué cent trente personnes à Paris, les Français ont une fois encore démontré leur stoïcisme et leur lucidité. Tout comme mes compatriotes sont demeurés forts face au terrorisme, ils ont tenu bon contre les sirènes d'un populisme venimeux. Alors que les résultats du vote se précisaient, mon fils aîné s'est penché vers moi et m'a glissé à l'oreille : « C'est dans des moments pareils qu'il fait si bon être français. »

Si ces résultats sont les bienvenus, nous ne saurions pour autant leur permettre de nous aveugler sur le message du premier tour de l'élection, où le FN était arrivé premier dans six des treize régions du pays. Les électeurs français sont profondément déçus par les pouvoirs établis. Depuis l'élection présidentielle de 2012, Le Pen a triplé le soutien populaire à son parti, attirant presque sept millions d'électeurs cette fois-ci. Et pourtant, si inquiétante que soit sa rapide ascension, il y a beaucoup à apprendre de cette défaite décisive.
Pour commencer, les efforts du FN à se présenter comme un parti politique normal ont échoué. Malgré les tentatives de Le Pen pour adoucir le ton de son discours et pour élargir son audience, en se débarrassant – officiellement du moins – de ses éléments antisémites, le parti continue d'être perçu comme un risque par une majorité d'électeurs français.
« Nous ne sommes pas fous. » C'est ainsi que mes voisins, en Normandie – beaucoup sont fermiers ou artisans –, ont résumé les choses après les résultats du premier tour. Peut-être avaient-ils utilisé leur premier bulletin pour exprimer au gouvernement leur colère et au « système » leur mécontentement, mais ils savent que le FN est composé d'extrémistes incompétents. Ils ne veulent pas les voir en position de gouverner.
Même confrontés à la stagnation économique et au chômage de masse – spécialement parmi les jeunes –, les Français ne sont pas prêts à « renverser la table » au point d'abandonner l'euro ou l'Union européenne. Les gouvernements français – y compris celui qui est en exercice – n'ont sans doute pas su apporter la réponse adéquate à la crise économique qui ébranle le pays, mais cela ne signifie pas que les électeurs soient prêts à se jeter dans l'inconnu en accordant leur confiance à une bande de démagogues suffisants qui prospèrent sur le mécontentement et la peur.

Car la peur fut bien le facteur dominant de ces élections. Au premier tour, elle a donné l'avantage au FN, dont l'anxiété suscitée par les migrants, les terroristes, la mondialisation et l'ouverture au monde constitue la raison d'être. Mais au second tour, la peur fut la défaite de Le Pen. Les électeurs n'ont pas seulement craint de livrer des postes-clés aux contempteurs non qualifiés des élites ; ils ont craint de mettre en danger l'image de leur pays et de ruiner sa position en Europe et au-delà.
Après tout, l'identité internationale de la France est un élément constitutif de son identité nationale. La fierté du pays et son sens de la mission, hérités de l'Ancien Régime et renforcés par la Révolution française, n'ont peut-être pas pu le sauver de la collaboration avec l'Allemagne nazie, mais il avait fallu une désastreuse défaite pour forcer la France à plier le genou devant l'extrême droite.
La situation est aujourd'hui beaucoup moins désespérée. Le Pen peut essayer de se peindre en moderne Charles de Gaulle, conduisant la résistance contre les pouvoirs établis, l'opinion continue de regarder le FN comme l'héritier idéologique de la France de Vichy – un parti qui s'est tout juste débarrassé de ses habits collaborationnistes.

L'issue des élections régionales françaises doit être considérée non seulement en Europe, mais aussi de l'autre côté de l'Atlantique. Les électeurs français ont montré que les attaques contre sa légitimité ne condamnaient pas l'Union européenne à la destruction et que le populisme ne devait pas triompher. Si les responsables démocratiques – en Europe comme aux États-Unis – entendent ce message et prennent au sérieux leurs responsabilités, des politiciens comme Le Pen peuvent être défaits et le seront.

© Project syndicate, 2015.
Traduction François Boisivon.

Dominique Moïsi, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po), est conseiller spécial à l'Institut français des relations internationales (Ifri) et professeur invité au King's College, à Londres.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PLUTÔT L'IRRÉSISTIBLE ASCENSION... SI ON PREND EN COMPTE LES PERFORMANCES DES DERNIÈRES ANNÉES...

Ma Fi Metlo

Le FN EST UN PARTI FRANÇAIS QUI DÉFEND LA FRANCE ET LES FRANÇAIS.

S IL EST DIABOLISÉ C'EST SURTOUT POUR SES RELENTS ANTISÉMITES QU'ISLAMOPHOBE OU ARABOPHOBE.

ON A JAMAIS VU EN FRANCE UN INDIVIDU INQUIÉTÉ À CAUSE DE SES OPINIONS ISLAMOPHOBES, ALORS QU ANTISÉMITE ne vous y risquez pas même en rêve.

FAKHOURI

Rien à ajouter
C'est la description d'un faux parti bien analysé
qui fait braucoup de mal à la réputation de la France,
faux anti juif mais raciste à l'extrême concernant les arabes

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