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Moyen Orient et Monde

Qui peut vaincre l’État islamique sur le terrain ?

Repère

La coalition internationale a fait de la lutte contre le groupe jihadiste sa priorité ultime. Une lutte qui ne pourra se faire sans des alliances avec certains acteurs déjà présents sur le terrain. Certes, mais qui ?

27/11/2015

« Je pense que la coalition mondiale doit aider tous ceux qui, sur le terrain, sont capables de battre l'État islamique, qui sont des forces hétéroclites, qui ne sont pas toutes faciles à défendre compte tenu de leur comportement passé, puisque ces forces, c'est les Kurdes, qu'on aide mais pas suffisamment et qui par ailleurs se font bombarder par les Turcs, c'est le Hezbollah, qui combat l'État islamique avec le soutien de l'Iran (...), l'armée nationale syrienne et dans une moindre mesure l'armée irakienne. » En jetant un pavé dans la mare, lors d'une interview il y a deux jours, sur France-Inter, l'ancien Premier ministre français François Fillon a relancé, d'une façon particulièrement contestable, le débat : quels peuvent être les alliés au sol de la coalition internationale pour vaincre l'EI ?

En France, de plus en plus de voix prônent un rapprochement avec la Russie et un soutien à l'armée syrienne et à ses alliés. S'il s'est sensiblement rapproché de Moscou depuis les attentats du 13 novembre à Paris, le président français François Hollande reste totalement opposé à une coopération avec Damas. Il l'a d'ailleurs répété hier au Kremlin.

Au-delà des considérations éthiques et politiques, se pose surtout une question d'ordre opérationnelle. Autrement dit, une alliance de la coalition internationale avec l'armée syrienne et ses alliés se révélerait-elle être efficace pour vaincre l'EI ? Depuis les attentats de Paris survenus le 13 novembre dernier, la France, mais également le reste de la communauté internationale, a fait de la lutte contre l'EI sa priorité absolue. Malgré l'intervention aérienne de la coalition internationale comprenant une soixantaine de pays, il semble désormais indéniable que seul un allié, ou plusieurs, qui combattrai(en)t au sol, lui permettrait d'atteindre son but, c'est-à-dire annihiler un phénomène qui n'a cessé de gagner en puissance.

Nombre d'experts s'accordent à dire, depuis le début des bombardements américains contre l'EI en septembre 2014, que si les frappes aériennes contribuent à endiguer l'EI, celles-ci ne parviendront cependant jamais à l'éradiquer. Trouver les forces capables de s'opposer aux jihadistes, autrement dit, prêts à « faire le boulot », n'est pas une mince affaire. Deux facteurs doivent être pris en compte. Primo : l'efficacité militaire et opérationnelle de ces troupes. Deuzio : les enjeux sociopolitiques, c'est-à-dire comment sont perçus ces groupes armés par les populations locales (8 à 10 millions de personnes) vivant dans les zones contrôlées par l'EI. Comme des libérateurs, ou au contraire comme des bourreaux ? Les deux réponses sont déterminantes pour évaluer la capacité de ces groupes armés à détruire l'EI et à gérer la période qui suivra pour éviter que d'autres organisations jihadistes ne naissent à leur tour.

Voici les acteurs qui combattent déjà l'EI et qui seraient à même, ou pas, de vaincre l'organisation.

L'armée irakienne
En Irak, berceau de l'État islamique, le groupe n'a eu de cesse d'asseoir sa domination notamment grâce à l'allégeance de tribus sunnites, lasses des exactions des forces armées irakiennes, perçues comme des forces « d'occupation ». Ces dernières, entièrement dissoutes par Paul Bremer (directeur de la reconstruction en Irak, après l'invasion américaine de 2003), n'ont, depuis, jamais pu relever la tête, apparaissant aussi inefficaces que corrompues. Le gouvernement a fait face, notamment ces deux dernières années, à une pénurie de recrues et à un manque de cohésion certain. C'est la raison principale pour laquelle l'armée n'a pas été capable de reprendre des territoires des mains de l'EI sans l'appui des nombreuses milices chiites.

Les milices chiites
Les nombreuses milices chiites, dont les agendas diffèrent indéniablement, sont en grande partie au service de l'Iran. Elles affaiblissent l'État irakien et semblent alimenter les tensions communautaires en marginalisant les sunnites. Or c'est de cela que se nourrit l'hydre jihadiste. Ainsi, avec une armée irakienne en proie à la débandade, et des milices chiites affairées à défendre leurs fiefs, tel que Karbala et la capitale, il est difficile d'imaginer reprendre avec certitude Mossoul (capitale du califat autoproclamé de l'EI).


(Lire aussi : Quand l'Arabie et le Qatar deviennent des alliés encombrants pour la France...)

 

Les Kurdes
Entre les peshmergas du Kurdistan irakien, commandés par Moustafa Barzani, et le PYD (Parti de l'Union démocratique), branche syrienne du PKK, les divisions politiques persistent, malgré une volonté commune de détruire Daech (acronyme arabe de l'EI). En 2014, s'affirmant comme un rempart contre les jihadistes, les deux clans semblaient avoir mis leurs griefs de côté. Mais, depuis, les Kurdes d'Irak n'ont qu'une obsession : obtenir leur autonomie vis-à-vis de Bagdad. Le PYD, pour sa part, court après (l'utopique) Rojava, c'est-à-dire l'union des trois cantons : Affrin, Jazira et Kobané. Par ailleurs, tous deux ont profité de l'émergence de l'EI pour accroître leur territoire (Kirkouk et Sinjar en Irak, et Tall Abyad en Syrie). Il est difficilement envisageable que les Kurdes quittent leurs territoires pour aller combattre l'EI en terres sunnites arabes, d'autant plus qu'ils ne seraient certainement pas accueillis à bras ouverts par la population locale. À moins d'obtenir une réelle indépendance ou une autonomie en retour, ce que les Turcs n'accepteront jamais. Pourtant, les Occidentaux espèrent s'appuyer sur les Kurdes, même si les positions du PKK en Syrie et en Irak sont bombardés par la Turquie, membre de l'Otan, et de la coalition anti-EI. Selon l'AFP, des soldats des forces spéciales américaines sont d'ailleurs arrivés hier à Kobané pour entraîner et assister les combattants kurdes luttant contre Daech. Leur mission consisterait à « planifier » des offensives contre Jerablus et Raqqa, qu'ils encerclent depuis l'été. Avec plus de 200 000 habitants très majoritairement sunnites à Raqqa, autant dire que la tâche risque d'être plus qu'ardue.

L'armée syrienne et ses alliés
Inutile de rappeler que l'armée syrienne loyaliste manque cruellement d'hommes (178 000 hommes en 2015 selon l'International Institute for Strategic Studies – IISS), sans parler de la démotivation ambiante, malgré la reprise de l'aéroport militaire de Kweires, près d'Alep. En outre, cette armée ne peut efficacement mener deux fronts en même temps, alors qu'elle est engagée contre les rebelles. Reste à savoir si les alaouites et les chiites (comme le Hezbollah, qui a 8 000 hommes sur place, et les forces iraniennes el-Qods) seraient prêts à continuer à donner leur vie pour reprendre des villes majoritairement sunnites (comme Raqqa). Tout comme c'est le cas pour l'armée et les milices chiites irakiennes, une offensive du régime syrien pourrait être très mal perçue par les populations sunnites, et renforcer l'emprise de l'EI à leur égard. Pour l'instant, les populations sous le joug de l'EI semblent toujours préférer l'organisation jihadiste aux régimes de Bagdad et de Damas.


(Lire aussi : Il faut renouer avec les services syriens, estiment d'anciens responsables français)

 

Les rebelles syriens
« Je n'ai jamais vu l'opposition syrienne se battre contre l'État islamique. L'opposition syrienne se bat principalement contre le régime d'Assad », a affirmé François Fillon sur France-Inter. Les groupes rebelles mènent cependant bel et bien deux fronts à la fois. Ils défendent leurs positions contre l'EI, même s'ils ne lancent pas de grande offensive contre l'organisation, préférant utiliser leur force pour leur objectif premier : faire tomber le régime. Et si un manque d'unité entre les différentes factions rebelles est palpable, leur efficacité à repousser l'EI a été prouvée à maintes reprises, que ce soit dans la région d'Alep ou dans la banlieue de Damas.
Sur le plan sociopolitique, le fait que ces groupes soient très majoritairement composés de sunnites est un avantage incontestable pour avoir l'aval de la population vivant dans les territoires contrôlées par l'EI, en cas d'offensive. Ils sont peut-être les seuls à pouvoir être perçus par ces populations comme des libérateurs. Mais ces derniers ne lanceront pas de grande offensive contre l'EI tant que le pouvoir restera aux mains du président Bachar el-Assad à Damas. Reste à savoir si une alliance entre la coalition et les principaux groupes sur le terrain, Ahrar al-Cham, le Front al-Nosra, Jaïch al-Islam, et autres groupes salafistes voire jihadistes, est envisageable, car frôlant la limite de « l'éthiquement concevable ».

Intervention étrangère
Pour le moment, aucun pays ne semble prêt à envoyer ses troupes au sol. Les monarchies du Golfe n'ont en ce moment ni les moyens ni la volonté de s'y engager. Les Russes ne souhaitent en aucun cas voir rejaillir le spectre afghan. Les Européens quant à eux sont alignés sur la stratégie des Américains, et ces derniers ne se sont toujours pas psychologiquement dépêtrés des bourbiers irakien et afghan...

Et alors ?
Résultat des courses : l'anéantissement de l'EI ne semble pas pour demain...

 

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M.V.

La coalition naturelle des Kurdes, Yazidis , Alaouites, Druzes , Chrétiens, Hébreux,Ismaéliens ,Hindous , Taôistes...c'est déjà pas mal comme options....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CERTES PAS LES AYATOLLAHS ET LEURS COMPARSES... QUI TREMBLENT À L'IDÉE DE LES VOIR APPROCHER À PLUS DE 40 KMS DE LEURS FRONTIÈRES...

ACQUIS À QUI

Cette question est d'une indécence coupable .
Qui "peut" battre etc...???

Mais ceux qui se battent déjà depuis 5 ans contre ces types de bactéries !!!pardi , nom de Diouuu !! ...

Faut juste que ceux qui regardent et bla blatte et pra pratte ne leur mettent pas des cailloux dans la chaussure ... puffff ..

HABIBI FRANCAIS

quid de la republique islamiste d iran?qu elle envoie toute sa puissante armee contre Daesh....et non seulement le hezbollah ou al Qods...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE COALITION DES GRANDES PUISSANCES AVEC UNE ARMÉE DE LA NORMANDIE... AUTREMENT LES HYDRES DANS LA RÉGION FINANCÉES ET MANIPULÉES PAR LES DEUX FACES DE LA MÊME MONNAIE... AUXQUELLES LA TURQUIE FAIT PARTIE INTÉGRALE... SE MULTIPLIERAIENT...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Résultat des courses : l'anéantissement de l'EI ne semble pas pour demain...." ! Alors que l'anéantissement du bääSSyrien, juste avant l'intervention du Mongolo-sibérien Nain,.... était à portée de main ! Quelle belle occasion perdue ! Mahééék n'est-ce pas ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Je n'ai jamais vu l'opposition syrienne se battre contre l'État islamique. L'opposition syrienne se bat principalement contre le régime d'Assad", a affirmé le Fi ll on." ! Les groupes rebelles "mènent cependant bel et bien deux fronts à la fois. Ils défendent leurs positions contre l'EI, même s'ils ne lancent pas de grande offensive contre l'organisation, préférant utiliser leur force pour leur objectif premier : faire tomber le régime. Et leur efficacité à repousser l'EI a été prouvée." ! "Sacré" Fi ll on, va !
"Sur le plan sociopolitique, le fait que ces groupes soient très majoritairement composés de sunnites est un avantage incontestable pour avoir l'aval de la population vivant dans les territoires contrôlées par l'EI. Ils sont peut-être les seuls à pouvoir être perçus par ces populations comme des libérateurs. Mais ces derniers ne lanceront pas de grande offensive contre l'EI tant que le pouvoir restera aux mains de cet aSSaSSin aSSadique." ! CQFD.
"Reste à savoir si une alliance entre la coalition et ces groupes sur le terrain est envisageable, car frôlant la limite de « l'éthiquement concevable »." ! Pourquoi donc ? L'alliance avec le Nain poutinien allié lui-même de l'aSSadique, de la RII et de son héZébbb est "éthiquement plus conCevable", yâ harâm ?

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