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Liban

Les Kataëb dans la rue : « La Constitution n’est pas une serpillière »

Manifestation

Samy Gemayel et les députés de son bloc quittent la séance parlementaire et rejoignent les protestataires.

Nada MERHI | OLJ
13/11/2015

Sous le signe du refus de la violation de la Constitution, de nombreux partisans des Kataëb ont observé hier un sit-in dans le centre-ville, face à l'immeuble an-Nahar, parallèlement à la tenue de la séance parlementaire que le parti estime être anticonstitutionnelle. Pour lui, le statut actuel de la Chambre est exclusivement limité à celui d'un corps électoral et non de corps législatif, conformément aux articles 74 et 75 de la Constitution.

Dès 9h, les manifestants ont commencé à se rassembler devant le siège central du parti, à Saïfi. Des chants patriotiques s'élevaient, entrecoupés par des slogans dénonçant la violation de la Constitution.
« La Constitution n'est pas une serpillière », « Puisque vous êtes réunis, élisez un président », « Un pays sans président est une cour des miracles » ... autant de slogans clamés haut et fort par les manifestants.

Brandissant le drapeau libanais et le fanion des Kataëb, la foule s'est par la suite dirigée, à 10h30, vers la place de l'Étoile, sécurisée grâce à un important déploiement des forces de l'ordre. Un fauteuil vide, en allusion à la vacance présidentielle qui dure depuis près de dix-huit mois, était également porté, ainsi qu'un cercueil drapé du drapeau libanais. On pouvait y lire : la Constitution libanaise 1926-2015.
« Qui leur a donné le droit de légiférer en l'absence d'un président de la République ? », s'indigne Joseph, la quarantaine. « Les parlementaires ont prêté serment pour préserver la Constitution, pourquoi alors la violent-ils ? poursuit-il. Désormais, ils exécutent la volonté de l'Iran et de l'Arabie saoudite ? »

Michel, 16 ans, est venu réclamer l'élection d'un chef de l'État, « pour que le Liban redevienne un beau pays ». Idem pour Georges, 18 ans, qui appelle en plus les dirigeants à « débarrasser » le peuple des déchets.
« Lorsqu'on voit que nos parlementaires sont en train de légiférer contrairement aux dispositions de la Constitution, on ne peut que se demander vers où va le pays, déplore de son côté Tatiana, 24 ans. Le peuple aspire à une seule chose. Il veut vivre tranquillement dans un État de droit. »

« Un coup d'État contre la République »
La manifestation, qui se déroulait dans une ambiance bon enfant, a failli déraper lorsque des membres du collectif « Nous demandons des comptes », qui observaient également un sit-in dans cette zone, se sont mis à insulter le président de la Chambre, Nabih Berry, et l'ancien chef de l'État et leader des Kataëb, Amine Gemayel, les traitant, à l'instar de tous les parlementaires d'ailleurs, de « voleurs ». Des propos qui ont suscité l'ire de plusieurs partisans des Kataëb. S'ensuivit alors une altercation verbale entre les deux parties. Celle-ci fut de courte durée, des militants Kataëb étant intervenus auprès de leurs confrères, les calmant et les éloignant des membres du collectif.

Peu après le début de la séance parlementaire, à 11h, le chef du parti, Samy Gemayel, est sorti de l'hémicycle, accompagné des membres de son bloc, et a rejoint les manifestants. Ils protestaient contre une séance qu'il a qualifiée d' « anticonstitutionnelle » si elle n'aboutissait pas à l'élection d'un chef de l'État.
« Il n'y a aucun obstacle législatif qui nous empêche d'élire un chef de l'État », a déclaré M. Gemayel, qui a relu devant ses partisans le discours qu'il avait prononcé quelques minutes plus tôt dans l'hémicycle. « L'élection d'un président n'est-elle pas nécessaire ? » s'est interrogé M. Gemayel. « Est-il plus simple de réunir le Parlement en violant la Constitution ? Cela signifie-t-il que le respect de la Constitution n'est plus de mise ? » s'est interrogé le jeune député, soulignant que « conformément aux articles 74 et 75 de la Constitution, la Chambre des députés devient collège électoral (en cas de vacance présidentielle) et se doit d'élire un président avant de légiférer ».
« Après que le chef du législatif, Nabih Berry, eut refusé la tenue de l'élection d'un chef de l'État lors de cette séance, les députés Kataëb ont décidé de se retirer », a-t-il expliqué, estimant que « ce Parlement est responsable d'un coup d'État contre la République ».

« Ma nationalité » et les locataires...
Il est à souligner que la campagne Ma nationalité a également observé un sit-in, en guise de protestation contre la séance qu'elle a aussi qualifiée d'« anticonstitutionnelle ». Dans un communiqué, elle a expliqué que « le fait de permettre à des personnes d'origine libanaise qui ne connaissent pas le Liban de recouvrer leur nationalité, du simple fait qu'on a abouti à un compromis avec deux blocs parlementaires d'une certaine communauté, et de priver la femme libanaise de transmettre sa nationalité est une violation de la Constitution ». La campagne a souligné dans ce cadre qu'elle recourra à l'escalade si la loi de recouvrement de la nationalité libanaise était votée. Ce qui a été le cas.
Le comité de défense des droits des locataires a également observé un sit-in.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ah ! A propos : Ils se croient encore à Gémmaïyzéh en 58 !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Pure" esbroufe ! Ça a toujours été leur "mussolinienne" façon.... "Sacrés" Katéééïbs !

Bery tus

oui les KATAEB ont raisons, cependant devrions nous risquer des altercations vraiment sérieuses et grave? en descendant au parlement on a eviter une catastrophe sans precedent (faut pas oublier les millions du FMI ET BM)

maintenant que l'on a passer ce cap on peut reprendre les negoc pour la presidence

si les chrétiens n'etaient pas aller au parlement tous les autres acteurs econo, politique allaient leurs faire porter le chapeau de se fiasco assez cataclysmique !!

Dounia Mansour Abdelnour

Les Kataeb ont raison. Cela fait belle lurette que certaines parties ont fait de la constitution une serpillière!

Yves Prevost

Les manifestants auraient dû bloquer les portes du Parlement pour empêcher les députés de quitter le bâtiment tant qu'ils n'auraient pas élu un président.

Yves Prevost

Mais si la Constitution est une serpillière! Il y belle lurette que le président de l'Assemblée s'essuie les pieds dessus en pénétrant au Parlement.

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