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Économie

Centrale de Jbeil : un premier pas vers la privatisation de l’électricité dans la région ?

Liban - Énergie

Envisagée depuis plus de 20 ans, la construction d'une nouvelle centrale électrique gérée par Électricité de Jbeil n'attend plus que le feu vert du gouvernement. Le concessionnaire envisage même ce projet comme un moyen d'assurer lui-même la production électrique nécessaire à tout ou partie du Kesrouan et du Liban-Nord.

05/06/2015

Électricité de Jbeil (EDJ) et Byblos Bank sont prêtes à engager environ 70 millions de dollars pour financer la construction d'une nouvelle centrale thermique au fuel lourd afin de répondre aux besoins croissants en électricité de la région. D'une puissance de 64 mégawatts (MW), cette centrale doit pouvoir assurer les besoins en électricité des habitants de la côte de Nahr Ibrahim à Helwé. « Il en faudrait actuellement 60 pour fournir du courant 24h/24 aux près de 30 000 abonnés d'EDJ, alors qu'Électricité du Liban (EDL) ne peut nous fournir que l'équivalent d'une quarantaine de MW. Résultat, la moyenne des heures de coupures avoisine actuellement les 7 heures par jour », déplore le directeur général d'EDJ, Élie Bassil. « À lui seul, le campus de la Lebanese American University (LAU) situé à Jbeil sollicitera près d'un cinquième de la production de la nouvelle centrale, sans compter les besoins des industries implantées dans la région », renchérit-il.

Un projet d'envergure
Élaboré dès 1994, ce projet se heurtait jusqu'à il y a peu à de nombreux obstacles. Juridiques d'abord, avec en premier chef le monopole de la production électrique que la loi de 1964 confère à EDL. Politiques ensuite : « Nous avons sollicité sans succès plusieurs élus et responsables politiques qui ne pouvaient pas concevoir que la région de Jbeil puisse être la seule du Liban à échapper au rationnement en électricité », lâche M. Bassil. « Mais la loi d'avril 2014 qui autorise le gouvernement à délivrer des permis de production d'électricité au secteur privé pendant les deux ans qui suivent sa publication crée désormais une réelle opportunité pour faire accepter ce projet », poursuit-il.

 

(Lire aussi : Dix pour cent d’électricité photovoltaïque d’ici à 2020 ?)


La centrale sera financée à hauteur de 20,5 millions de dollars par des fonds propres débloqués par EDJ et ses partenaires de la Byblos Bank et de la Société financière internationale (groupe Banque mondiale). Cet apport sera complété par des prêts en fonds de roulement (10 millions de dollars) et des crédits bancaires à moyen et long terme (38 millions de dollars). Le loyer du terrain de 30 000 m² qui accueillera le nouveau site coûtera à lui seul un demi-million de dollars par an.
La centrale emploiera 25 techniciens, sans compter le personnel qui sera embauché par EDJ pour effectuer les travaux de maintenance et de raccordement. Les travaux pourront être terminés dans les 18 mois suivant le feu vert du gouvernement. Les initiateurs du projet prévoient d'amortir 61 millions de dollars sur les 20 années qui suivront la mise en service de la centrale.


Les partenaires attendent désormais le résultat de l'étude d'impact sur l'environnement conduite par des experts afin de compléter le dossier qui devra ensuite être approuvé par le Conseil des ministres. « À lui seul, le traitement des émanations qui seront dégagées par la centrale absorbera près de 15 % du budget alloué à sa construction », précise M. Bassil. La pollution sonore ou encore l'esthétique du bâtiment font également partie des critères à prendre en compte, dans la mesure où les initiateurs du projet envisagent d'installer les unités de production sur la côte, en bordure de l'autoroute.

 

(Pour mémoire : Mobilisation citoyenne pour dire « non » à la fumée noire de Zouk)

 

Hausse des tarifs, baisse de la facture
« Cette centrale constitue la première étape d'un vaste projet d'infrastructure électrique estimé à plus de 200 millions de dollars et conçu pour alimenter en électricité tout ou partie du Kesrouan et du Liban-Nord », se réjouit M. Bassil. Selon les termes du projet, la production de la centrale de Jbeil doit, à terme, totalement être substituée à la fourniture d'électricité par EDL dans la région. Contrairement à la concession de Zahlé, dont les nouvelles unités de production mises en service au printemps ne fonctionnent que pendant les heures de rationnement, c'est donc une privatisation totale de la production et de la distribution d'électricité qui est ici envisagée.
Le prix de vente du kilowatt-heure (kWh) sera indexé sur celui du fuel lourd, qui se négocie aux environs de 600 dollars la tonne. Alors qu'EDL impose actuellement aux concessionnaires de facturer le prix du kWh à 130 livres en moyenne pour un coût de production moyen de 330 livres, ce qui correspond à la fourchette basse du prix des 5 ampères-heures imposé aux propriétaires des générateurs privés par le ministère de l'Énergie et de l'Eau. En proposant un prix légèrement plus bas (environ 289 livres), EDJ pense ainsi avoir trouvé un modèle économique acceptable pour le producteur comme pour le consommateur. « Les abonnés d'EDJ verront leur facture énergétique globale – celle émise par EDJ pour assurer la distribution du courant d'EDL et le coût des générateurs privés – baisser d'environ 33 %, à moins de 100 dollars en moyenne. Grâce à cette centrale, la région devrait réaliser des économies de l'ordre de 20 millions de dollars par an », avance M. Bassil, en se référant à une étude d'impact réalisée sous sa direction.

 

 

Contourner les contraintes légales de la concession


La concession pour la production et la distribution d'électricité octroyée en 1950 par l'État libanais à la société privée Électricité de Jbeil (EDJ) prendra fin le 31 décembre 2020. À partir de cette date, la gestion de la distribution d'électricité dans la région rentrera à nouveau dans le giron de l'État et sera alors directement assurée par le ministère de l'Énergie et de l'Eau.
Une perspective qui a conduit EDJ et ses partenaires à créer une société anonyme indépendante qui sera propriétaire de la future centrale.
Ce montage leur permet ainsi d'investir dans sa construction, à cinq ans de la fin de la concession, sans courir le risque de devoir la rétrocéder à l'État.
Actionnaires à part entière de cette nouvelle structure, les initiateurs du projet comptent par ailleurs ouvrir son capital à travers une introduction en Bourse, voire en distribuant des actions aux clients de la société.

 

Lire aussi
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Ziad Gabriel Habib

quelle est la teneur en soufre de ce fuel lourd? Et quel est le système de traitement de gaz envisagé? Et quelles règles vont-elles s'appliquer pour assurer une cheminée propre?

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