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Économie

Le Casino du Liban attend toujours sa réforme

Focus

Depuis le licenciement d'un peu plus d'une centaine de salariés jugés improductifs par la direction de l'établissement, les autres réformes annoncées sont restées au point mort. Explications.

17/10/2015

2015 devait être une année charnière pour le Casino du Liban. Celui-ci avait connu l'année précédente une baisse de son chiffre d'affaires, estimée aux alentours de 5 % par une source proche de la direction de l'établissement qui n'a pas souhaité communiquer ses chiffres d'activité. Pour inverser la tendance, sa direction avait prévu un vaste plan de réformes censé mettre de l'ordre dans une gestion depuis longtemps minée par le clientélisme.
Un plan qui s'est rapidement avéré mal engagé, sa première étape ayant provoqué de nombreux remous. Tout commence fin janvier, lorsque, s'étant préalablement engagée à titulariser 250 employés qui travaillaient au Casino par l'intermédiaire de son sous-traitant Abela, la direction annonce son intention de licencier 191 salariés sur les 1 250 que compte alors l'établissement. Une décision motivée par le fait que la plupart d'entre eux ne venaient pas ou peu au Casino, tandis que les salariés d'Abela, pour la plupart croupiers, sont considérés comme essentiels à son activité.

Le mouvement de grève provoqué par cette annonce paralyse l'établissement pendant une semaine et lui coûte un demi-million de dollars par jour, selon la direction. De plus, la forte pression politique et sociale engendrée par la situation amène la direction à revoir significativement sa copie, avec un surcoût non négligeable. D'abord, en revoyant à 114 le nombre d'employés licenciés, après l'examen au cas par cas de leur situation par une commission ad hoc. Ensuite, en relevant significativement le montant des indemnités accordées, celles-ci pouvant finalement atteindre jusqu'à 60 mois de salaires, assortis d'un plafond de 250 000 dollars par employé, contre des enveloppes prévues initialement entre 12 et 36 mois en fonction de l'expérience et plafonnés à 200 000 dollars.

Gel des préretraites
Six mois plus tard, la santé financière de l'établissement semble toujours fragile, même si les différentes sources interrogées par L'Orient-Le Jour font état d'une hausse des bénéfices depuis cette période, sans pour autant communiquer son ampleur. Entre-temps, la direction aurait amorcé une seconde étape de réduction des effectifs à travers un plan de départ à la retraite, avorté dans des conditions mystérieuses. « Le Casino avait initialement tablé sur un plan de départs volontaires, ce qui ne permettait pas d'estimer le nombre de personnes concernées, et assortis de conditions proches de ce qui avait été proposé aux 114 employés licenciés en février dernier. Beaucoup de salariés se voyaient alors déjà partir avec un beau pactole, avant que, du jour au lendemain, la direction ne revienne sur sa décision, en gelant sans aucune explication ce projet. Depuis, les salariés ne savent plus sur quel pied danser et la productivité est en chute libre », raconte, sous le couvert de l'anonymat, une source proche de la direction.

L'une des raisons de ce revirement pourrait résider dans des désaccords autour de la facture de ces préretraites. « Nous réclamons depuis six ans ce plan de départs anticipés, mais il faut le mettre en place progressivement et en étudier le coût pour ne pas reproduire ce qui s'est passé en février et amputer ultérieurement la santé financière du Casino », affirme Georges Nakhlé qui siège au conseil d'administration du Casino. À l'instar de son collègue Hicham Nasser – également encarté au Courant patriotique libre –, il en avait brièvement démissionné pour protester contre les modalités initiales du plan de licenciement de janvier, avant de réintégrer ses fonctions. M. Nakhlé n'a néanmoins pas abordé le devenir de ce plan de préretraites, son calendrier et ses modalités de financement : « C'est un sujet délicat. »

Concurrence déloyale
« Mais la poursuite de la stratégie réformatrice ne se limite pas à la réduction des coûts », ajoute Georges Nakhlé qui fait état d'autres facteurs pénalisant l'établissement. Le premier concerne naturellement l'activité touristique du pays, dont dépend fortement celle du Casino. « Depuis le début de la crise régionale, nous avons perdu de gros joueurs syriens, jordaniens, et avons été privés des ressortissants arabes qui dépensaient d'importantes sommes », résume Georges Nakhlé.

Surtout, la direction se plaint de l'accentuation de ce qu'elle considère être une concurrence déloyale de la part de salles de jeux qui ont ouvert à proximité de l'établissement. « Il existe toutes sortes de salles de jeux illicites : des machines à sous, salles de poker, salles de jeux électroniques... Il doit bien exister des dizaines de milliers de machines illégales au Liban. L'État laisse faire car cela lui rapporte gros par le biais de taxes : le ministère des Finances doit se réserver un million de livres par machine, soit un beau pactole chaque année », accuse Georges Nakhlé qui considère que le Casino aurait ainsi perdu des dizaines de millions de dollars à cause du non-respect de son monopole des jeux sur le territoire libanais. Une concession qui court pourtant jusqu'en 2026 et vaut au Casino de reverser 40 % de ses revenus à l'État (en sus de l'impôt de 15 % sur les bénéfices). Une situation qui indigne d'autant plus la direction que ce niveau de ce prélèvement devrait être relevé à 50 % en 2017, et l'a amenée à saisir le Conseil d'État pour tenter d'y mettre un terme.

En attendant le verdict, la direction affirme continuer à repenser son modèle économique pour tenter de retrouver les fastes d'antan. « Le Casino a tout le potentiel pour redevenir ce qu'il était. Pour cela, il faudrait que les politiciens cessent d'interférer en nous obligeant à embaucher du personnel dont nous n'avons pas besoin (lire ci-contre). Afin que le premier plan social ne soit pas qu'un coup d'épée dans l'eau, il faudrait aussi que la paralysie institutionnelle prenne fin pour nous permettre de prendre les décisions nécessaires », plaide encore Georges Nakhlé. Autant de présupposés qui laissent sceptiques sur un redressement à moyen terme...

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Un recrutement très politisé

Depuis sa réouverture à la fin de la guerre civile, le Casino du Liban a dû composer avec une inflation constante de sa masse salariale, principalement suite à des pressions clientélistes.
L'établissement est né le 17 décembre 1959, d'une concession de trente ans accordée à la société Casino du Liban. Mais à l'expiration de celle-ci, la guerre civile avait entre-temps entraîné la fermeture du Casino. Un nouvel accord est conclu en 1995 entre l'État et la société du Casino, dont 52 % des actions appartiennent à Intra – une filiale de la Banque du Liban –, 15 % à Abela, et le reste à 10 000 petits actionnaires. L'établissement rouvre ses portes un an plus tard.
À cette date, le Casino du Liban compte déjà 900 employés. En 1997, une vague d'embauche entraîne l'intégration de 250 nouvelles recrues. « En 1997, la masse salariale était déjà beaucoup trop importante. Le conseil d'administration a alors décidé du gel des embauches », explique Georges Nakhlé. « Mais à l'élection de Michel Sleiman en 2011, 357 nouveaux employés sont recrutés, uniquement de manière clientéliste et à des fins politiques », avance une autre source proche de la direction. Résultat : « Le Casino compte aujourd'hui près de 1 500 employés, alors que nous pourrions très bien fonctionner à 800 personnes », considère Georges Nakhlé.

 

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