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Liban

Prendre la mer, risquer la noyade, qu’importe ! L’important est de partir...

Réfugiés syriens

Fayda, dans la banlieue de Zahlé, abrite l'un des plus importants camps-champignons de la Békaa. Ici comme ailleurs, des réfugiés syriens sont prêts à tout pour gagner l'Europe.

28/09/2015

C'est en mai 2011, quelques mois après le début des troubles en Syrie, que les premières tentes ont été dressées à Fayda, sur un immense terrain agricole appartenant à des familles originaires pour la plupart de Zahlé. « Il y avait une dizaine de tentes. Aujourd'hui, le camp compte 1 700 familles de réfugiés syriens. Et il faut compter en moyenne sept personnes par famille », indique Abdelsattar, un réfugié de 27 ans, originaire du district d'Alep. « J'étais parmi les premiers arrivants. J'étudiais l'économie à l'Université d'Alep. Quand les troubles ont commencé, j'ai pensé que je viendrais au Liban pour quelques mois seulement et que tout rentrerait dans l'ordre par la suite, que nous arriverions à nos fins, que je finirais par vivre dans une Syrie libre et démocratique... Hélas. Je suis au Liban depuis quatre ans, et les choses n'ont pas l'air de vouloir s'arranger de sitôt », ajoute-t-il.
Le camp s'est donc agrandi et désormais chacun de ses quartiers porte un nom : Dabbagha, Allaoui... Ils sont reliés entre eux par des chemins en terre battue praticables en voiture. Il est bien loin le temps – il y a un peu plus de deux ans – où ces divers campements étaient nommés uniquement par des chiffres afin qu'ils soient reconnaissables par les agences de l'Onu.

 

(Lire aussi : En Jordanie, des demandeurs d'asile irakiens s'impatientent en rêvant d'Europe)

 

Des tentes numérotées
Au fil des mois, en effet, l'armée a fini par numéroter chaque tente, comme si c'était des habitations en ville. Chaque réfugié syrien enregistré auprès des autorités libanaises donne diverses informations le concernant, notamment une adresse, et cela même s'il vit dans un camp-champignon ; ces chiffres sur les tentes font partie de l'adresse. « Ça permet aux autorités libanaises de nous trouver si jamais il y a un problème. Si quelqu'un est recherché, ce n'est pas tout le camp qui sera perquisitionné mais la tente de la personne qui a des ennuis avec la police », explique Abdelsattar.
Lui n'a jamais eu de problèmes avec les autorités libanaises. Ses papiers sont en règle, il attend même qu'un passeport lui soit bientôt délivré.
« J'ai quitté la Syrie parce que, comme tout jeune qui a fait son service militaire, j'étais considéré de facto comme réserviste. Cela fait quatre ans que je n'ai pas vu ma famille », raconte-t-il.
Le jeune homme s'est marié et confie qu'il ne travaille que trois à quatre jours par mois. « Au Liban, il y a du travail pour les ouvriers et les artisans syriens mais pas pour les personnes comme moi, qui avaient misé sur les études avant la guerre dans le pays », note-t-il.
Son rêve est de partir en Europe. D'ailleurs, tout comme son ami et voisin, Samy 23 ans, il a été la victime d'un passeur malveillant qui leur a pris 400 dollars chacun afin de faciliter leur départ en Europe. « Il nous a dit qu'il présenterait notre dossier aux Nations unies à Beyrouth, garantissant que l'organisation nous choisirait pour l'émigration », raconte Samy. L'homme a disparu après avoir empoché l'argent.

 

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Vers la Turquie en avion
Samy, qui est arrivé lui aussi au Liban en 2011, est marié et père d'un enfant de neuf mois. Il a suivi des cours de lettres arabes durant une année à l'Université libanaise, mais il a rapidement épuisé ses économies. Il parle avec un accent presque libanais, semblable à celui des habitants de la Békaa. Il évoque le racisme des Libanais mais aussi leur bonté, notamment celle « des habitants de Zahlé qui ont souffert de l'occupation syrienne mais qui restent malgré tout très tolérants vis-à-vis des réfugiés », indique-t-il.
Aujourd'hui, Samy affirme qu'il n'hésitera pas à mettre sa vie et celle de son fils en danger pour partir. Les deux jeunes hommes se préparent à quitter le Liban pour l'Europe.
« Nous recevrons bientôt nos passeports. Nous irons en Turquie en avion, à partir de là-bas nous prendrons un bateau pour la Grèce. Quand on a l'argent, c'est facile de trouver des passeurs. Si nous n'arrivons pas à obtenir des passeports, nous partirons de Tripoli vers les côtes turques, mais c'est de loin plus risqué », confie Samy, qui comme Abdelsattar ne sait pas nager.
Les deux jeunes ont du mal à imaginer de passer le reste de leur vie dans un camp de réfugiés du Liban. « Je veux un avenir, une vie pour mon fils. Je veux mener une vie normale, avoir une maison et du travail. Je veux même poursuivre mes études. Et il n'y a que l'Europe qui m'assurera tout cela ; je mettrai ma vie en danger car le jeu vaut la chandelle », martèle-t-il. À ses côtés, son camarade acquiesce.
Abdelsattar imagine l'Europe : « C'est un endroit vert où il pleut tout le temps. Je connais Londres, la ville du brouillard, même si je n'y ai jamais mis les pieds. Je suis un supporter de l'équipe Manchester United », dit-il, estimant que « la seule difficulté qu'il aura en Europe sera la langue ». « C'est pour cela qu'il vaut mieux partir dans un pays où l'on parle anglais, car je connais un peu... »
Quant à Samy, dont la femme âgée de 21 ans ne sait ni lire ni écrire, il indique que « tout ira pour le mieux en Europe. Là-bas au moins, on respecte la démocratie, la liberté et surtout les droits de l'homme ».

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LORSQU'ON JOUE SA VIE EN PARTANT... CAR EN RESTANT ON LA PERD À COUP SÛR...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Juste une petite compensation des torts faits durant 40 ans au Cher Grand-Liban.

Halim Abou Chacra

Pauvre jeunes Syriens qui rêvaient d'"une Syrie libre et démocratique" ! Et maudit régime fascisto-nazi qui a écrasé leur rêve ! Que peut-on dire d'autre ?

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