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Moyen Orient et Monde

Pourquoi les réfugiés syriens cherchent à quitter la Turquie ?

Analyse
OLJ/Fulya OZERKAN/AFP
22/09/2015

Ils vivaient en Turquie depuis des mois, parfois des années. Mais récemment, de nombreux réfugiés syriens ont décidé de reprendre leur exode périlleux vers l'Europe, révélant au grand jour les limites d'un accueil qui fait la fierté d'Ankara.
Deux jours après la publication des photos qui ont choqué le monde du petit Aylan Kurdi, ce réfugié syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage turque, le président turc Recep Tayyip Erdogan a pris son téléphone et appelé le père de la victime. « Pourquoi êtes-vous partis ? » lui a-t-il demandé. « Si vous étiez restés chez nous, votre famille serait toujours en vie. » Cette question s'est imposée à tous, à la vue des flots de migrants qui prennent tous les risques en quittant les côtes turques à bord d'improbables rafiots pour rejoindre les îles grecques, porte d'entrée de l'Union européenne (UE). La plupart de ces candidats au départ sont syriens. La plupart ont quitté leur pays en guerre pour la Turquie et tenté d'y reconstruire leur vie. Mais pour beaucoup, l'heure d'un nouveau départ vers l'Europe a sonné comme une évidence. « Il y a deux millions de Syriens en Turquie. Est-ce qu'ils ont assez d'argent pour tout le monde ici ? Non », résume Hamid.
À 25 ans, ce diplômé en sciences politiques de l'université de Damas campe depuis plusieurs jours à Edirne avec l'espoir de franchir la frontière grecque, toute proche. « Économiquement la Turquie ne peut plus prendre en charge les Syriens, tranche-t-il. Nous allons tous devoir partir, je pense. » Pour le gouvernement islamo-conservateur turc, le constat est difficile à entendre. Depuis des années, M. Erdogan défend avec fierté sa politique d'accueil des réfugiés syriens et dénonce le manque de générosité de ses voisins européens. Après la mort d'Aylan, il les a accusés d'avoir fait de la Méditerranée un « cimetière de migrants ». Mais pour beaucoup de commentateurs, la Turquie n'est pas exempte de reproche dans cette nouvelle vague d'exode, faute d'avoir su offrir aux Syriens un statut ou des emplois.

 

(Lire aussi : Comment les musulmans de France viennent en aide aux réfugiés)

 

« Les invités n'ont pas de droits »
« L'accueil des réfugiés en Turquie, avec ses camps cinq étoiles et sa politique généreuse de porte ouverte, a débuté sur un succès. Mais ce succès est en train de se transformer en échec », résume Metin Corabatir, président du Centre de recherches sur l'asile et les migrations (Igam) d'Ankara. Le gouvernement assure avoir déjà consacré 6,6 milliards d'euros aux 2,2 millions de Syriens entrés en Turquie depuis 2011. Mais à ce jour, 260 000 à peine vivent dans 25 camps haut de gamme, avec écoles et accès Internet. Tous les autres ont investi les rues des principales villes, survivant de petits boulots et de la mendicité. Officiellement, ces Syriens sont des « invités ». Ankara n'accorde l'asile politique qu'aux Européens et n'applique aux autres qu'une version limitée de la convention de Genève sur le traitement des victimes de guerre.
« Les réfugiés ont des droits, pas les invités », explique Murat Erdogan, directeur du centre de recherches sur les migrations et la politique de l'université Hacettepe (Hugo). « Les Syriens ne bénéficient que d'une protection temporaire en Turquie, pas d'un statut légal. » Les autorités se défendent en expliquant que, du fait de sa situation géographique, la Turquie ne peut être qu'un pays de transit, pas de résidence. « Nous ne considérons pas ce statut temporaire comme un défaut, mais comme une protection », plaide un responsable turc. En retour, il met en cause les réticences des pays européens à traiter les dossiers d'asile transmis par la Turquie.
Outre celle du statut, la question de l'accès des Syriens à l'emploi, à l'éducation ou aux services de santé reste ouverte. Malgré ses promesses, le gouvernement n'a pas délivré de permis de travail aux Syriens, de crainte de se mettre à dos une population locale qui les accuse de leur prendre les emplois les moins qualifiés. Une hostilité montante, qui a achevé de convaincre de nombreux Syriens de tenter leur chance ailleurs.

 

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