Rechercher
Rechercher

À La Une - Crise

Les migrants stoppés net à la frontière serbo-hongroise, l'Allemagne en colère

Au moins 22 migrants, dont quatre enfants, tués dans le naufrage de leur embarcation surchargée entre la Turquie et la Grèce.

Des centaines de migrants étaient bloqués mardi matin à la frontière serbo-hongroise, fermée par Budapest pour stopper le flot de réfugiés. AFP / ARMEND NIMANI

Plusieurs centaines de migrants étaient bloqués mardi en mi-journée à la frontière serbo-hongroise après sa fermeture par Budapest, illustrant la discorde entre les Européens sur une politique commune d'asile qui a provoqué la colère de l'Allemagne.
"L'Europe s'est une nouvelle fois couverte de honte", a jugé mardi le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, au lendemain de l'échec d'une réunion d'urgence à Bruxelles sur la répartition des réfugiés.


Cette crise migratoire, la plus grave pour l'Europe depuis 1945, a vu plus de 500.000 migrants traverser les frontières extérieures de l'Union européenne entre janvier et août de cette année, contre 280.000 pour l'ensemble de 2014, a annoncé mardi l'agence européenne Frontex, précisant toutefois que certains pouvaient avoir été comptés deux fois.

La Hongrie, principal pays de transit pour ceux qui veulent gagner l'Allemagne, a mis en place mardi comme prévu une législation restrictive. Les deux postes officiels de Asothalom et de Roszke-Horgos ont été fermés, scellant ainsi la frontière pour les migrants après la fermeture lundi du principal point de passage situé à deux kilomètres à l'est, le long d'une voie ferrée.


Mardi matin, environ 300 migrants, parmi lesquels des enfants, attendaient, dans la confusion et parfois dans les larmes, en espérant une réouverture du point de passage officiel entre la Serbie et la Hongrie. Celle-ci ne sera envisagée, selon la police des frontières hongroise, que "si les conditions sont réunies".
"Pourquoi ils font ça?", demandait à une travailleuse humanitaire une femme afghane tenant par la main un garçonnet.
"Je suis arrivé à une heure du matin. Je n'ai vraiment pas eu de chance", disait Bachar, 17 ans, afghan également, résigné en racontant avoir appris que la frontière avait fermé une heure avant.

Certains migrants ont passé la nuit dans des tentes dressées à même l'asphalte. Du côté hongrois, une vingtaine de policiers des forces antiémeutes étaient placés derrière un grillage haut de deux mètres mis en travers des deux voies, d'habitude empruntées par les voitures.
Lundi, un nombre record de 9.380 migrants avaient réussi à franchir la frontière, portant à 200.000 le nombre de migrants entrés en Hongrie depuis le début de l'année, selon la police.
La Hongrie a annoncé mardi avoir engagé une procédure pénale contre 60 migrants accusés d'avoir "endommagé" la clôture barbelée érigée à la frontière avec la Serbie, un délit désormais passible de cinq ans de prison.

(Repère : Crise migratoire en Europe : les chiffres et les principales routes )

 

"Moyens de pression"
Malgré l'émotion et l'élan de solidarité suscités par l'exode de ces dizaines de milliers de réfugiés, pour moitié des Syriens fuyant la guerre, selon l'Onu, les 28 de l'Union européenne ont échoué lundi à s'entendre sur une répartition contraignante des 120.000 réfugiés supplémentaires, en plus des 40.000 déjà acceptés en juillet.

Un désaccord déploré par l'Allemagne, qui s'attend à recevoir jusqu'à un million de réfugiés d'ici la fin de l'année, et a évoqué la possibilité de réduire les fonds structurels versés par l'UE aux pays - Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque -, opposés aux quotas.

"Nous devons parler de moyens de pression", a dit le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière. Les pays qui refusent la répartition par quotas "sont souvent des pays qui reçoivent beaucoup de fonds structurels" européens, a-t-il ajouté, regrettant le "manque de solidarité d'une minorité".
La Commission européenne a d'ores-et-déjà précisé ne pas être favorable à une telle option.

De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a indiqué mardi à Genève, par la voix de son porte-parole Leonard Doyle, "craindre que l'indécision de l'Europe n'entraîne des morts supplémentaires".

Mardi un nouveau naufrage a fait 22 morts au large des côtes du sud-ouest de la Turquie alors qu'une embarcation surchargée de migrants et partie pour l'île grecque de Kos, a chaviré. 211 personnes ont été secourues. Ce naufrage survient moins de deux semaines après celui qui avait coûté la vie au petit Aylan, 3 ans, dont la photo du corps échoué sur une plage a suscité une vague d'indignation planétaire, contraignant l'UE à entrouvrir ses frontières.

Débordée par l'afflux de dizaines de milliers de réfugiés, parfois contraints de dormir dehors faute de structures d'accueil, notamment à Münich (sud), l'Allemagne avait annoncé dimanche soir le rétablissement des contrôles à la frontière, entraînant dans son sillage, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, et la Pologne se disant prête elle aussi à le faire.
La réintroduction des contrôles à la frontière germano-autrichienne a soulagé Munich de son flot incessant de migrants, mais c'est désormais Freilassing, petite bourgade pittoresque de Bavière (sud), qui est devenu un point de passage pour ceux cherchant refuge en Allemagne. Environ 2.000 migrants sont arrivés lundi en Bavière.

 

Lire aussi

La crise des réfugiés n'est que "la pointe de l'iceberg", estime François

Milliardaires ou non, les citoyens s'investissent en faveur des réfugiés

A Rio, un prêtre accueille des dizaines de réfugiés syriens dans son église

Réfugiés syriens: en Jordanie, l'approche sécuritaire prime sur l'humanitaire

Entre les pays du Golfe et les réfugiés, un désintérêt mutuel

Les réfugiés palestiniens au Liban et en Syrie rêvent aussi d’Europe

Plusieurs centaines de migrants étaient bloqués mardi en mi-journée à la frontière serbo-hongroise après sa fermeture par Budapest, illustrant la discorde entre les Européens sur une politique commune d'asile qui a provoqué la colère de l'Allemagne."L'Europe s'est une nouvelle fois couverte de honte", a jugé mardi le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, au lendemain de...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut