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Réfugiés syriens: en Jordanie, l'approche sécuritaire prime sur l'humanitaire

Crise

L'ONU estime que quelque 600.000 réfugiés syriens vivent en Jordanie tandis que le gouvernement affirme que leur nombre est de 1,4 million, soit 20% de la population du royaume.

OLJ/AFP/ Imed LAMLOUM
13/09/2015

Après avoir ouvert les portes à des centaines de milliers de réfugiés syriens, la Jordanie a restreint l'accès à son territoire devant la montée en puissance des groupes jihadistes en Syrie voisine.

"Dès le déclenchement de la crise en Syrie, l'intérêt de l'armée était focalisé sur le volet humanitaire", a expliqué le chef des garde-frontières jordaniens, le général Saber Al-Mahayra. "Mais après la montée en puissance des groupes extrémistes, comme l'organisation Etat islamique ou le Front Al-Nosra (branche d'el-Qaëda en Syrie), et l'élargissement de leurs zones d'influence, nous nous concentrons sur la sécurité, sans oublier le volet humanitaire", a-t-il ajouté.

Installé au centre de commandement de Zarqa, à une trentaine de kilomètres à l'est d'Amman, le général évoque le risque que des éléments extrémistes tentent de s'infiltrer au milieu des réfugiés ou même que des réseaux criminels fassent passer des armes ou de la drogue. A ce jour, la justice n'a toutefois fait état d'aucune affaire d'infiltration extrémiste. Le royaume jordanien a malgré tout renforcé sa vigilance et réduit les points de passage.

(Lire aussi : Elle vendait des canots aux réfugiés : une consule honoraire en Turquie suspendue par le Quai d'Orsay)

Après le déclenchement en mars 2011 du conflit en Syrie, lorsque le régime du président Bachar el-Assad réprima dans le sang des manifestations pacifiques pour davantage de démocratie, la Jordanie a accueilli plus de 400.000 Syriens en 2012 et 2013.

Le général Al-Mahayra ironise sur la crise que traverse l'Europe à cause de "quelques milliers" de réfugiés. "Que disons-nous alors, nous qui en avons accueilli des centaines de milliers?"

Compte-goutte

Mais en 2014, alors que le conflit s'est mis à opposer une multitude d'acteurs dont des groupes extrémistes comme l'EI, seuls 90.000 Syriens ont trouvé refuge en Jordanie. En 2015, ils ne sont que 10.323 ayant réussi à traverser la frontière, selon les chiffres de l'armée.
Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) estime qu'au total, quelque 600.000 réfugiés syriens vivent en Jordanie tandis que le gouvernement affirme que leur nombre est de 1,4 million, soit 20% de la population du royaume.

La baisse des arrivées de réfugiés s'explique principalement par la réduction des points de passage depuis la Syrie. Selon le général Al-Mahayra, durant les deux premières années du conflit syrien, 45 points de passages étaient ouverts sur les 378 km de frontière séparant les deux pays. Aujourd'hui il n'y en a plus que trois dans l'est du royaume et les réfugiés y passent au compte-goutte. A l'ouest, seuls les blessés peuvent franchir la frontière.

Réfugiés 'coincés'

Les trois points de passage toujours ouverts aux réfugiés à l'est sont situés dans des no man's land désertiques, loin des infrastructures routières. Un choix qui vise à rendre plus difficile leur périple, selon des experts, mais qui permet quand même au général Al-Mahayra de marteler que "les frontières de la Jordanie sont toujours ouvertes" aux Syriens. Les contrôles renforcés aboutissent de fait à une limitation des entrées.

(Lire aussi : Milliardaires ou non, les citoyens s'investissent en faveur des réfugiés)

Avant d'arriver dans un des camps de réfugiés, les Syriens voient leur identité vérifiée et leurs bagages fouillés. "Une commission sécuritaire effectue un enregistrement biométrique. Nous ne pouvons pas finaliser les procédures pour plus de 200 réfugiés par jour", a déclaré le commandant des gardes-frontières de la région de Rouiched (est), Mohamed Salim Al-Assahim.

Le représentant du HCR en Jordanie, Andrew Harper, affirme "comprendre" les préoccupations sécuritaires du gouvernement alors que la Jordanie est "située dans une zone difficile avec des extrémistes au nord et à l'est". Mais "nous voulons simplement faire en sorte que les réfugiés qui sont plus vulnérables soient en mesure d'entrer dans le pays", explique-t-il.
"Beaucoup de réfugiés sont coincés à la frontière orientale. La majorité sont des femmes et des enfants", a-t-il dit à l'AFP, sans pouvoir donner de chiffres précis.

Durant une visite de presse organisée par l'armée du côté des frontières est, les journalistes n'ont pas pu vérifier si des réfugiés étaient bloqués côté syrien. Mais un Syrien rencontré côté jordanien a indiqué à l'AFP avoir attendu trois jours avant d'entrer dans le royaume. "Notre situation était difficile mais quand nous sommes arrivés, l'armée jordanienne n'a pas démérité", a déclaré Ali, qui a fui les combats à Alep dans le nord syrien avec sa femme et son fils.


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