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Liban - Tempête de sable

Trois morts dans la Békaa et des centaines de cas de suffocation

Le vent désertique continuera de souffler aujourd'hui au Liban. Les administrations publiques, les écoles et les garderies seront fermées.

La visibilité était particulièrement médiocre dans la région de Baalbeck-Hermel en raison de la tempête de sable. Photo Wissam Ismail

Du jamais-vu ou presque au Liban : au moins trois personnes sont mortes hier dans ce pays du fait de la tempête de sable sans précédent qui frappe le Proche-Orient et des centaines de personnes ont été traitées pour suffocation. La tempête a été la plus forte dans la Békaa, et notamment dans la région de Baalbeck, mais ses effets ont été ressentis sur presque la totalité du territoire libanais où les températures étaient particulièrement élevées.

Le nombre de cas de suffocation et de troubles respiratoires en raison de la tempête de sable s'est élevé à 1 725, a indiqué dans un communiqué le ministère de la Santé après une réunion urgente en fin d'après-midi, qui a regroupé les cadres médicaux avec le représentant du ministre de la Santé, Waël Bou Faour. Deux femmes, dont l'une souffrait d'asthme, sont mortes dans les hôpitaux de Baalbeck et de Temnine (caza de Baalbeck). Un homme de 70 ans qui dormait sur le toit de sa maison, dans la même région, a connu le même sort.
« La poussière n'est pas seulement responsable des cas de suffocation ou des maladies pulmonaires ? Mais elle peut aussi propager les virus et les bactéries rapidement », peut-on lire dans le communiqué. Le ministère a de même publié une liste de recommandations préventives invitant la population à ne pas céder à la panique : ne pas sortir de sa maison, mettre en marche l'air conditionné, ne pas exercer une activité sportive, ne pas manger des aliments laissés à découvert, se protéger par des masques et/ou des serviettes humides, se protéger les yeux, hydrater le corps autant que possible en buvant des liquides en permanence et enfin inhaler de la vapeur d'eau pour nettoyer le nez de la poussière ou se laver le visage fréquemment.

Le ministère de la Santé qui a ordonné la fermeture des garderies aujourd'hui ajoute qu'en cas de difficultés respiratoires ou d'hypotension, le public est appelé à se rendre au centre médical le plus proche et à contacter un médecin. Le ministère demande en outre aux conducteurs de faire attention en cas de détérioration de la visibilité. Deux numéros ont été mis à la disposition du public : le 1214 et le 03-538878.

 

 

 

Distribution de masques
Plus tôt dans la journée, le ministre de la Santé avait annoncé « l'état d'alerte » en raison des conditions météo au Liban, demandant notamment aux « personnes souffrant d'asthme, d'allergies et de maladies cardio-vasculaires et pulmonaires chroniques, ainsi qu'aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes de rester chez eux » ou de porter des masques s'ils devaient sortir. Plusieurs polices municipales, notamment celle de Baalbeck, ont distribué hier des masques dans les rues afin de réduire les atteintes.

Les hôpitaux à Baalbeck, à la Békaa-Ouest, à Marjeyoun, à Hasbaya, à Saïda, à Tripoli et au Akkar ont été mis en état d'alerte après avoir reçu des malades souffrant de difficultés respiratoires et d'asthme. L'hôpital gouvernemental de Marjeyoun, débordé, a lancé un appel hier aux habitants de la région de ne plus sortir de leurs maisons et de poser des serviettes humides sur les fenêtres et sous les portes.
Selon le service météo, la tempête qui vient d'Irak, devrait baisser en intensité à partir de ce soir pour se rétracter demain et laisser place dans les jours à venir à des pluies boueuses qui rendront les chaussées glissantes.
L'impact de la tempête est d'autant plus grave pour les réfugiés syriens vivant dans des camps de misère, notamment dans la Békaa.
L'aéroport international Rafic Hariri a annoncé que les vols n'étaient pas encore affectés pour le moment. Le ministre de l'Éducation Élias Bou Saab a de son côté ordonné la fermeture aujourd'hui des écoles privées. Le Premier ministre, Tammam Salam, a annoncé la fermeture des administrations publiques aujourd'hui.


(Lire aussi : Appels à la prudence pour au moins une nouvelle journée de poussière et de fortes chaleurs)

 

« C'est devenu insupportable ! »
Dans tout le pays, les habitants se sont réveillés sur une scène apocalyptique, avec la poussière de sable couvrant leurs voitures et réduisant leur champ de visibilité.
En plus des ordures entassées dans les rues de Beyrouth et du Mont-Liban, les gens se sont plaints de la chaleur et des coupures du courant. « Depuis plusieurs jours, la décharge près de notre maison était en feu et je devais fermer les fenêtres, ne pas nettoyer la maison ni étendre la lessive qui s'empile de jour en jour », raconte Mona, une femme au foyer dont le salaire ajouté à celui de son mari ne leur permet pas de louer une maison à la montagne ou un chalet au bord de la mer.
« Aujourd'hui, avec ce climat désertique, je me vois contrainte de laisser tout fermé et de ne plus permettre aux enfants de sortir. Le problème, c'est que si on les enferme, ils doivent rester dans la seule chambre équipée d'un climatiseur et qui ne fonctionne qu'au moment où le courant électrique nous est fourni par notre chère EDL. C'est devenu insupportable! Je me demande comment font les personnes démunies et privées du courant électrique et donc sans même un ventilateur pour les rafraîchir! » dit-elle.

Sur la route de Damas, la visibilité est particulièrement médiocre, notamment au niveau de Dahr el-Baïdar. Presque la totalité des conducteurs et des passagers sont munis de masques ou de foulards imbibés d'eau. Les agents des Forces de sécurité intérieure déployés dans la région à bord de leurs motocycles ainsi que les soldats de l'armée aux différents barrages se couvrent eux aussi les narines.
Au niveau de Chtaura-Zahlé et sur la route menant à Baalbeck, le vent poussiéreux se fait de plus en plus ressentir, soulevant sacs et cartons dans l'air, et peignant les arbres d'une poussière jaunâtre qui retombe sur la chaussée et sur le toit des voitures. Les rues sont presque désertes et les rares piétons qui se déplacent sont pour la plupart protégés par des masques ou des pièces de tissus humides. D'autres habitants de la région ne semblent cependant nullement affectés par tout ce tintamarre, inconscients même du danger qui guette leurs poumons.

« Aujourd'hui c'est vraiment le pic, malgré le climatiseur, les clients se font rares et l'air ambiant devient pesant et irrespirable, même à l'intérieur du magasin », explique un marchand de fusils de chasse à Chtaura. « À chaque fois que nous faisons sortir un fusil nous devons tout essuyer à nouveau, la poussière est partout, elle rentre de n'importe quelle petite ouverture », explique un ouvrier dans la même entreprise. « Ma bouche est un peu sèche, mes yeux me brûlent aussi », se plaint un employé syrien chargé de servir le café aux clients dans un commerce adjacent.

 

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commentaires (1)

Comme dit M. Goraieb : "Et c'est dans un océan de mauvaise foi, d'hypocrisie et de mensonge qu'un nouveau round de dialogue national sera engagé aujourd'hui au Parlement, sous les huées et vociférations des manifestants. Bien plus malsaine, en vérité, toute cette gadoue, que le jaune manteau de sable et de poussière qui, depuis hier, recouvre un Liban que naguère l'on disait vert." ! Et bien, qu'il suffoque et qu'il étouffe ce Liban-là une bonne fois pour toutes, qu'on en finisse et qu'on reconstruise un autre.... cette fois plus viable !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 16, le 09 septembre 2015

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Commentaires (1)

  • Comme dit M. Goraieb : "Et c'est dans un océan de mauvaise foi, d'hypocrisie et de mensonge qu'un nouveau round de dialogue national sera engagé aujourd'hui au Parlement, sous les huées et vociférations des manifestants. Bien plus malsaine, en vérité, toute cette gadoue, que le jaune manteau de sable et de poussière qui, depuis hier, recouvre un Liban que naguère l'on disait vert." ! Et bien, qu'il suffoque et qu'il étouffe ce Liban-là une bonne fois pour toutes, qu'on en finisse et qu'on reconstruise un autre.... cette fois plus viable !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 16, le 09 septembre 2015

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