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Culture - Rétrospective

Jacques Tati revient sur grand écran à Beyrouth avec cinq films restaurés

Metropolis marque les 30 ans du Festival du film européen au Liban en proposant un cycle consacré au réalisateur français, du 10 au 25 août.

Jacques Tati revient sur grand écran à Beyrouth avec cinq films restaurés

Jacques Tati incarne Monsieur Hulot dans son chef-d'œuvre satirique de 1967, « PlayTime », à l'affiche du Metropolis à Beyrouth. Photo Specta Films

Plus d’un demi-siècle après leur sortie, les films de Jacques Tati donnent parfois l'impression d'avoir été réalisés pour notre époque. Pour cette rétrospective, Metropolis rassemble cinq longs-métrages de Jacques Tati : Jour de fête (10 août), Les Vacances de Monsieur Hulot (11 août), PlayTime (17 août), Mon oncle (18 août) et Trafic (25 août), tous projetés à 20h. Ils offrent un parcours à travers une œuvre dont les interrogations sur la modernité n'ont rien perdu de leur actualité. Derrière leurs gags silencieux et leur humour visuel se dessine une réflexion étonnamment lucide sur la place de la technologie, l'uniformisation des villes, l'accélération des rythmes de vie et les transformations des rapports humains. Sans jamais céder au discours, le cinéaste français observait un monde en pleine mutation avec un regard qui, loin d'avoir vieilli, continue aujourd'hui de trouver un écho particulier.

« On a voulu consacrer trois cycles à trois cinéastes européens marquants. Tati était l'un de ces cinéastes, et il y avait en même temps de nouvelles restaurations de ses films », expliquent Nisrine Wehbe et Badih Massad, responsables de la programmation de Metropolis. Si le cinéma de Jacques Tati continue de traverser les générations, c'est parce que les questions qu'il soulève dépassent largement l'époque où ses films ont été tournés. Bien avant l'ère du numérique, le réalisateur observait déjà avec humour les effets de la modernisation. Chez lui, la modernité façonne les gestes, les déplacements, les échanges et transforme peu à peu la manière dont les individus habitent le monde. « Les sujets sont universels et intemporels. À chaque génération qui découvre ces films, on voit qu'ils restent d'actualité », résume Badih Massad. À travers les maladresses de Monsieur Hulot, Jacques Tati livre une réflexion sur notre manière d'habiter le monde, un regard qui n'a rien perdu de son actualité.

Sur les six longs-métrages réalisés par Jacques Tati, Metropolis en a retenu cinq. « Chaque film représente une innovation dans le genre », résume Badih Massad. Le parcours débute avec Jour de fête (1949), premier long-métrage du cinéaste, inspiré de son enfance. « C’est tout un exercice de son, de rythme et d’image », explique le programmateur. Tati y pose déjà les bases de son cinéma, fondé sur le geste, le mouvement et une attention particulière au rapport entre le visuel et le sonore, une approche qui influencera de nombreux réalisateurs par la suite.

Avec Les Vacances de Monsieur Hulot (1953), naît un personnage désormais indissociable du cinéma de Jacques Tati. Par sa démarche, sa silhouette et sa manière d’observer le monde, Monsieur Hulot devient le reflet des petites situations du quotidien. Tati transforme les vacances, les habitudes et les interactions les plus ordinaires en une comédie où, comme le souligne Badih Massad, « tout le monde peut se reconnaître ». Vient ensuite Mon oncle (1958), le film qui rencontre le plus grand succès auprès du public. Récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger, il permet au cinéaste de poursuivre un projet beaucoup plus ambitieux : PlayTime. Considéré par le programmateur comme « un des films les plus grandioses et ambitieux du cinéma français », le long-métrage pousse encore plus loin sa réflexion sur la modernité, la technologie et les transformations de la société. Pour le réaliser, Tati fait construire une ville entière, surnommée « Tativille », un chantier qui nécessite plusieurs années de travail avant d’être détruit après le tournage. Restauré récemment en 4K, PlayTime reste aujourd’hui une œuvre majeure de l’histoire du cinéma français.

La projection de ce film, le 17 août, sera accompagnée de Open the Door, Please, un court-métrage de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige réalisé dans le cadre du projet « Childhoods ». Les deux cinéastes y revisitent un épisode de l’enfance de Jacques Tati lorsque, à 12 ans, sa grande taille le distingue de ses camarades lors d’une photo scolaire. En faisant de ce corps différent le point de départ de leur récit, ils prolongent une réflexion sur l’individu face aux normes et aux transformations du monde moderne. Enfin, le cycle s’achève avec Trafic (1971), dernier long-métrage du réalisateur, dans lequel Tati poursuit son observation d’une société dominée par la vitesse, les déplacements et les objets.

Ces projections offrent aussi l'occasion de redécouvrir les films dans des copies restaurées. Ce travail cherche à restituer au plus près ce que la pellicule avait capté au moment du tournage, en corrigeant les dégradations accumulées au fil des décennies. « La restauration est très importante pour donner le maximum de ce que la pellicule avait capté à l'époque », explique Badih Massad. Les nouvelles copies permettent ainsi de retrouver « beaucoup plus de couleurs, de détails dans l'image » et de restituer une bande sonore plus fidèle. Pour les spectateurs qui découvrent Tati comme pour ceux qui connaissent déjà son œuvre, ces versions restaurées offrent ainsi « une deuxième expérience ».

Au-delà de l’hommage rendu à Jacques Tati, cette sélection témoigne aussi de la place que le cinéma classique continue d’occuper auprès du public libanais. Loin d’être réservé aux seuls cinéphiles, ce cycle attire un public curieux de redécouvrir des œuvres qui ont marqué l’histoire du cinéma. « Nous avons toujours des séances pleines pour les films classiques que nous reprojetons », souligne Nisrine Wehbe. Ces séances permettent autant de revoir sur grand écran des films familiers que d’en offrir une première découverte aux nouvelles générations. « Beaucoup de spectateurs viennent avec leurs enfants pour leur faire découvrir ce cinéma », poursuit la programmatrice. Ce cycle consacré à Jacques Tati s’inscrit ainsi dans cette volonté de faire circuler les œuvres entre les générations : ceux qui ont grandi avec ce cinéma peuvent le redécouvrir, tandis que les plus jeunes rencontrent des films dont l’humour et le regard sur la société restent encore actuels.

Cette rétrospective rappelle que certains films ne vieillissent pas avec leur époque, mais grandissent avec elle. En redonnant vie aux œuvres de Jacques Tati dans des copies restaurées, Metropolis offre aux classiques une nouvelle manière d’exister.

Rétrospective Jacques Tati au cinéma Metropolis, du 10 au 25 août, à 20h.

Plus d’un demi-siècle après leur sortie, les films de Jacques Tati donnent parfois l'impression d'avoir été réalisés pour notre époque. Pour cette rétrospective, Metropolis rassemble cinq longs-métrages de Jacques Tati : Jour de fête (10 août), Les Vacances de Monsieur Hulot (11 août), PlayTime (17 août), Mon oncle (18 août) et Trafic (25 août), tous projetés à 20h. Ils offrent un parcours à travers une œuvre dont les interrogations sur la modernité n'ont rien perdu de leur actualité. Derrière leurs gags silencieux et leur humour visuel se dessine une réflexion étonnamment lucide sur la place de la technologie, l'uniformisation des villes, l'accélération des rythmes de vie et les transformations des rapports humains. Sans jamais céder au discours, le cinéaste français observait un monde...
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