Amal Khalil, journaliste d'al-Akhbar, tuée à Tiri au Liban-Sud, le 22 avril 2026, dans une frappe israélienne. Photo diffusée sur les réseaux sociaux,
Amnesty International a publié jeudi une déclaration concluant que la frappe israélienne ayant tué la journaliste libanaise Amal Khalil et grièvement blessé la vidéaste Zeinab Faraj dans le village de Tiri, au Liban-Sud, le 22 avril, « doit faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre ».
En parallèle, l'ONG libanaise Legal Agenda a mené une enquête qui conclut que l’État hébreu a délibérément tué Amal Khalil tout en étant conscient de son statut civil et journalistique. La reporter avait reçu de nombreuses menaces de mort provenant de sources israéliennes durant la période précédant son assassinat.
Jeudi matin, Legal Agenda a tenu une conférence de presse au cinéma Metropolis à Beyrouth pour présenter ses conclusions. Zeinab Faraj, des membres de la famille d’Amal Khalil, ainsi que d’autres journalistes locaux ayant survécu à de précédentes attaques ciblées de l’armée israélienne, étaient présents.
Le 22 avril, Amal et Zeinab se rendaient dans le Sud pour couvrir les attaques israéliennes en territoire libanais. La première frappe israélienne, à 14h25, a visé une voiture et tué deux hommes : le moukhtar de Bint Jbeil Ali Bazzi ainsi qu’un jeune homme l’accompagnant, Mohammad Hourani. Amal et Zeinab, qui suivaient la voiture des deux individus, sont alors sorties de leur véhicule et se sont abritées dans un bâtiment voisin. Environ une heure plus tard, l'armée israélienne a ciblé leur voiture garée avec une seconde frappe, les blessant lors de l’explosion. Une heure supplémentaire s’est écoulée avant qu’Israël ne bombarde la maison où les journalistes avaient trouvé refuge, blessant grièvement les deux femmes. Amal Khalil a succombé à ses blessures environ trois heures après cette ultime frappe, durant lesquelles les premiers secours n’avaient pas obtenu l’autorisation d’atteindre et de sauver les victimes.
Ces frappes sont survenues lors du second mois de la recrudescence du conflit entre le Hezbollah et Israël. La localité de Tiri se situe dans la « zone tampon » qu'Israël a imposé au Liban-Sud, où elle occupe plus de 600km2. Les habitants de ces régions sont empêchés de retourner dans leurs villes et villages inclus dans cette « zone tampon », quiconque tentant d’y revenir s’exposant à un danger mortel.
« Assassinat et crime de guerre »
L’enquête de Legal Agenda, réalisée en partenariat avec l'Union libanaise des journalistes, indique que l’armée israélienne « a reconnu avoir frappé le bâtiment où Amal et Zeinab s’étaient réfugiées ». L’ONG qualifie aussi le meurtre d’Amal Khalil d'« assassinat et crime de guerre nécessitant une enquête en vue de poursuites ». D’après l’enquête, « le caractère intentionnel du meurtre d’Amal se démontre par trois éléments principaux : le ciblage de la journaliste par l’armée israélienne, la connaissance de son statut civil et journalistique, et les entraves à sa prise en charge par les secours ».
L’enquête relève, sur la base du récit de Zeinab Faraj, que les drones qui survolaient le bâtiment à moins d’un mètre des journalistes disposent d’un système de surveillance vidéo en temps réel, de ciblage précis et de capacité à suivre les cibles en mouvement avec rapidité et flexibilité. Ces drones auraient donc permis à l’armée israélienne d’identifier les journalistes présents dans le bâtiment, selon l’enquête.
L’armée israélienne était également informée du statut de journalistes des victimes via les canaux officiels utilisés pour la coordination sur le terrain avec la Force intérimaire des Nations unies et le comité de surveillance connu sous le nom de « Mécanisme ».
Entrave aux équipes de secours
« L’armée israélienne a entravé l’arrivée des équipes d’ambulanciers sur les lieux malgré avoir été dûment informée d’une demande d’évacuation de blessés parmi la presse. Elle a retardé l’accord d’autorisation pendant près d’une heure quarante-cinq, amenant les secours à se retirer sous la menace après avoir extrait Zeinab des décombres du bâtiment. L’équipe n’a donc pu sauver Amal », estime Legal Agenda. L’enquête précise que la reporter est restée vivante sous les décombres environ deux heures trente après avoir été atteinte par la frappe israélienne, et près d’une heure après le retrait forcé de l’équipe de secours, cette dernière n’ayant pu porter assistance en raison des obstacles imposés par Israël. « Les ambulanciers ont encore dû patienter près d’une heure quarante supplémentaires pour obtenir le feu vert israélien avant de pouvoir retourner sur les lieux et extraire le corps d’Amal des décombres. »
« La poursuite des frappes israéliennes nous donne des motifs raisonnables de penser qu’il s’agit d’une attaque directe contre des civils, révélant un mépris choquant pour le droit international humanitaire », a déclaré pour sa part Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dans un communiqué. « Le fait que les deux journalistes se trouvaient dans ce qu’Israël considère comme une zone interdite ne les rend en rien des cibles légitimes. Toutes les parties à un conflit ont l’obligation de distinguer à tout moment les civils des objectifs militaires et de cibler uniquement ces derniers. Rien ne saurait justifier une attaque contre des civils cherchant un abri pour se protéger. Cette attaque doit impérativement faire l’objet d’une enquête rapide, indépendante et impartiale pour crime de guerre », a-t-elle ajouté.
Selon les derniers chiffres du ministère libanais de la Santé, Israël a tué 4 334 personnes au Liban depuis le 2 mars. Les frappes du Hezbollah sur Israël ont pour leur part causé la mort d’au moins deux civils israéliens, tandis qu’au moins 39 soldats israéliens ont péri au Liban-Sud, rapporte Amnesty s’appuyant sur les médias israéliens.
Depuis le début de la guerre au Liban le 8 octobre 2023, dans le sillage du conflit de Gaza, après l’ouverture par le Hezbollah d’un front de soutien au Hamas, Israël a tué 22 journalistes et employés des médias au Liban.

Israel tue systématiquement journalistes, plus de 200 tués à Gaza et une dizaine au Liban, témoins des horreurs de leurs crimes, crimes de guerre, crimes contre l'humanité. Ils tuent des médecins, aides-médecins, secouristes, bombardent hôpitaux, écoles, tout cela en toute impunité. Ça n'est pas pour rien que Netanyahu et son ministre de la Défense sont accusé de génocide. Il faut que justice soit rendue et Israel ne peut plus se cacher derrière le principe d'auto-défense qui ne joue pas ici. Pourquoi Israel a tué plus de 20,000 enfants à Gaza ? Auto-défense ? Trop, c'est trop
10 h 48, le 06 août 2026