Des Palestiniens assistant aux funérailles de 112 membres des familles Hassayna et Abou Sharia, tués lors d'une frappe israélienne en 2023 et dont les dépouilles ont été retrouvées sous les décombres, selon la Défense civile de Gaza, le 4 août 2026. Photo Dawoud Abou Alkas/Reuters
Elles étaient ensevelies sous les décombres et ont été récemment retrouvées. Au milieu d'immeubles éventrés par des frappes israéliennes à Gaza-ville, des dizaines de dépouilles de Palestiniens sont alignées sur un terrain avant leur mise en terre.
Ces 112 personnes, pour la plupart membres des familles Hassayna et Abou Sharia, avaient été tuées dans un bombardement israélien en novembre 2023, avant que leurs dépouilles restent introuvables pendant près de trois ans.
Des centaines de personnes ont assisté mardi à ces obsèques collectives, parmi les plus importantes jamais organisées à Gaza.
Pour Ahmed Abou Sharia, un proche de victimes, ces funérailles vont permettre aux familles de faire enfin leur deuil. « Nous sommes venus pleurer nos martyrs, nos enfants, nos femmes et nos personnes âgées. C'est un enterrement pour le peuple palestinien », a-t-il dit à l'AFP. « Des personnes sont toujours sous les décombres », rappelle-t-il. « Elles n'ont pas combattu et ne portaient pas d'armes ».
Parmi les 112 corps retrouvés en juillet, 44 étaient des enfants, membres d'une même famille élargie, selon le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, qui estime à plus de 8 000 le nombre de cadavres encore ensevelis à Gaza.
« Nos équipes ont travaillé sans interruption pendant 17 jours », a relaté Mohammad al-Moughayyir, directeur des opérations de cet organisme, avec l'aide de deux excavatrices mises à disposition par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Dans certains cas, des squelettes complets étaient restés intacts, maintenus ensemble uniquement par les vêtements », a-t-il précisé.
La Défense civile de Gaza et des organisations comme le CICR dénoncent depuis longtemps le fait qu'Israël, qui contrôle tous les points d'entrée du territoire palestinien, n'autorise pas l'entrée d'un nombre suffisant d'engins et de matériels de construction nécessaires à la récupération des corps.
Depuis la trêve entrée en vigueur le 10 octobre 2025 entre Israël et le Hamas à Gaza, les équipes de recherche de Gaza ont retrouvé 804 dépouilles sous les décombres de l'enclave dévastée et assiégée après plus de deux ans d'offensive israélienne.
« Corps pulvérisés »
Malgré ce « cessez-le-feu », l'armée israélienne a poursuivi quotidiennement ses frappes aériennes et ses tirs d'artillerie contre l'enclave ces dix derniers mois. Depuis cette date, au moins 1 254 Palestiniens ont été tués et 4 121 autres ont été blessés par le feu israélien, selon les estimations du ministère de la Santé du territoire.
Lors des funérailles mardi, des hommes se sont alignés pour accomplir la prière funéraire. Pour les victimes qui ont pu être identifiées, une photo a été déposée sur leur corps.
Un membre de la famille al-Husseini, qui compte plusieurs morts, a perdu tout espoir de retrouver les dépouilles encore manquantes. « Les corps des autres victimes ont été pulvérisés, et leurs os ainsi que leurs chairs se sont mêlés aux décombres de béton », a déclaré cet homme, qui a souhaité conserver l'anonymat pour des raisons de sécurité.
Dans un rapport publié en avril, la Banque mondiale, l'Union européenne et les Nations unies, estiment que la bande de Gaza compte 68 millions de tonnes de gravats provenant de bâtiments détruits ou endommagés.
L'étude ajoute que plus de 60% des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont perdu leur logement depuis le début du conflit.
Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à la bande de Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans humains ou de couvrir librement les violences sur le terrain.



