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Diaspora

L’« odyssée » de Bertoldo Salum au Brésil

Portrait

Un avocat et entrepreneur brésilien d'origine libanaise raconte l'histoire de l'émigration de sa famille dans un livre.

07/09/2015

Bertoldo Salum, avocat et entrepreneur brésilien, est de ceux dont la famille a enrichi l'histoire des épopées libanaises dans le monde. En 2012, à l'âge de 80 ans, ce fils d'émigrés a écrit et publié un livre intitulé Tem que ser "Dautor" (Il faut être docteur), racontant l'histoire de sa famille, autant à l'intention des descendants qu'en hommage aux ancêtres.
Dans son livre, Bertoldo Salum commence par décrire le lieu où tout a commencé pour sa famille: le Liban, plus particulièrement Rachaya, où est né son père Adib Salum (1902-1994), fils de Salum Salum et Nádia Salum. Dans sa jeunesse, Adib a servi dans l'armée française au Liban, avant de prendre le chemin de l'émigration.
Après un long périple, il est arrivé au port de Santos, Brésil, en 1926, à l'âge de 24 ans, avec dix dollars en poche. Comme tous les émigrés, il a vite cherché à s'adapter au nouveau pays et à apprendre la langue portugaise. Il a commencé à travailler comme colporteur dans la ville de Colina, au cœur de l'État de São Paulo. Il s'est rendu ensuite à Severinia, où il a ouvert un magasin et a commencé aussi à voyager en train pour vendre sa marchandise dans les villes et villages de la région, se créant par le fait même un important réseau de clientèle.
Dès que sa situation économique s'est stabilisée, en 1931, Adib Salum a épousé Cecília Daud, également originaire de Rachaya, une femme remarquable qui a cherché à conserver toutes les traditions familiales libanaises. Ils ont eu trois enfants: Bertoldo, Magnólia et Fuad.

« Mon fils, il faut être docteur »
Bertoldo Salum est né à Severinia, São Paulo en 1933. Il relate dans ses Mémoires les souvenirs de sa famille, toujours très unie, recevant les amis autour de sa table sur fond de gastronomie libanaise, d'histoires et de musiques du Liban. Il a toujours en tête la figure du père qui travaillait dur pour assurer la sécurité de sa famille. Bertoldo dit qu'un jour où ils étaient assis sur le banc d'un jardin public, il a proposé à son père de l'aider, en dépit de sa jeunesse, étant donné que ce dernier travaillait très dur. Bertoldo se souvient que son père, d'un geste empreint de tendresse, a passé la main sur sa tête et lui a dit, avec un drôle de dialecte mêlant portugais libanais et français: «Papa, veux seulement que mon fils soit docteur... il faut être docteur.» Après cela, le père et le fils se sont embrassés et ont pleuré. Bertoldo a fait de cette phrase comme un but à atteindre: travailler pour connaître le succès.
Grâce aux efforts des parents, les enfants ont poursuivi de hautes études. Bertoldo, lui, s'est fait connaître pour son talent d'orateur. Sa manière de parler a impressionné autant le public que les autorités : il a eu la chance d'aller étudier dans la capitale São Paulo. En 1954, il a été invité par le « Clube Monte Líbano » de São Paulo pour prononcer un discours à l'occasion de la visite du président libanais de l'époque, Camille Chamoun, au Brésil.
En 1957, à l'âge de 24 ans, Bertoldo a suivi des études de droit à l'Université pontificale catholique de São Paulo. Une nouvelle voie s'est ouverte à cet homme intelligent, qui a su nouer des contacts importants.
En 1969, il s'est marié avec Arlete Chamas Salum, une femme exceptionnelle qu'il qualifiait de «timonière» de la famille. Ils ont eu trois enfants: Roberta, Juliana et Bertoldo Jr.

Nationalité libanaise
Avec les années, Bertoldo est également devenu entrepreneur. Il a occupé plusieurs postes dans des entreprises privées et gouvernementales. Il a ainsi été président de la compagnie municipale du transport public, chef du cabinet du directeur de la direction du service de transit de São Paulo, surintendant général de la compagnie téléphonique brésilienne, directeur des communications de la Telesp (télécommunication de São Paulo) et conseiller de la Petrobrás-Interbrás (pétrole brésilien). En tant qu'entrepreneur, Bertoldo a été président de la Transauto, une entreprise de
transport des véhicules, directeur d'Investbanc, directeur de la Banque União Comerical, directeur de Cevekol – industrie et commerce de produits chimiques –, vice-président pour l'Amérique latine de la Sultana Shipping Lines... Bertoldo s'est également illustré dans le domaine social. Il a été durant 22 ans directeur de plusieurs départements du Clube Monte Líbano de São Paulo.
Toute sa vie, le Liban a fait partie intégrante de l'existence de cet homme exceptionnel. Il n'a pas oublié la langue arabe ni les traditions transmises par ses parents. En 1990, il était fier d'obtenir la nationalité libanaise à laquelle il a droit de par son père et son grand-père. Il a visité le Liban quatre fois avec sa famille. En mai dernier, il est revenu avec une délégation du Clube Monte Libano pour participer au congrès sur l'énergie dans la diaspora libanaise, organisé par le ministère des Affaires étrangères. Durant ce congrès, il a rencontré le ministre Gebran Bassil et lui a offert le recueil de ses Mémoires.
Aujourd'hui, Bertoldo a 82 ans. Il mène une vie calme dans la métropole de São Paulo, auprès de son épouse Arlete, de ses trois enfants et de ses six petits-enfants. Il affirme: «C'est à Arlete que je dois la plupart des honneurs... J'écoute toujours son avis avant de prendre mes décisions... C'est ensemble que nous sommes arrivés à créer une atmosphère familiale idéale pour élever nos enfants, que nous avons réussi à transmettre aussi à nos petits-enfants. »

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