Nos Lecteurs ont la Parole

Le barrage de Janné : incontournable !

Émile SFEIR
OLJ
26/08/2015

Nous avons dernièrement entendu beaucoup de bruit concernant le barrage de Janné dans la région de Jbeil, au cœur de la vallée de Nahr Ibrahim. Les études et les plans de ce projet traînaient devant les commissions d'études et de contrôle depuis des années jusqu'au point où il a fallu faire pression pour les mettre en marche.
Les avis qui sont formulés à propos de la construction de ce barrage sont contradictoires. Les uns provenant d'instances écologiques, culturelles ou professionnelles demandant l'arrêt des travaux et l'annulation du projet, les autres provenant des formations politiques et régionales de la région de Jbeil insistant sur son importance économique et vitale.
Devant cet état d'indécision concernant l'arrêt ou la poursuite des travaux déjà entamés depuis plusieurs mois, il y a lieu de trancher (à noter l'interférence des intérêts politiques et communautaires qui font obstacle à ce barrage en prévision à d'autres barrages, dans d'autres régions, qui seraient plus bénéfiques pour ceux qui sont derrière cette obstruction ! ).
Ceci dit, les avis des experts qui se sont penchés sur ce dossier se résument comme suit :
1- L'environnement naturel et l'équilibre climatique
Il est dit que les vastes étendues en dessus et en dessous du barrage déstabilisent l'équilibre climatique, et nuisent à l'environnement et à la biodiversité de la région par le fait de la disparition des espèces endémiques végétales et animales telles que les reptiles, les invertébrés, les amphibies, les mammifères et les oiseaux, etc. Comment peut-on croire que les étendues employées par ce barrage, qui se limitent à quelques centaines de milliers de mètres carrés sur tout le parcours du fleuve qui s'étend sur 32 km de long, sont les seules étendues qui abritent la biodiversité des espèces endémiques qui vivent sur le fleuve ?
2- Les dégâts que subit la vallée de l'impact environnemental du barrage
On parle des dégâts de l'emplacement du projet, des routes d'accès, de la station d'électricité ou de pompage... Quels sont ces dégâts que va subir la vallée du fleuve ? Quand on sait que, parallèlement à la construction de ce barrage, un réseau moderne de routes et de ponts va être érigé et remplacera les routes vétustes existantes. Sait-on qu'en amont du barrage, un lac navigable va se former autour duquel pourra être créée une zone de villégiature qui va donner à cette région, en plus de sa beauté, un attrait de charme particulier ?
3- Terre sainte des Phéniciens
C'est sûr que le site de Nahr Ibrahim est considéré comme étant le lieu où avaient vécu nos ancêtres les Phéniciens et que beaucoup de légendes les avaient suivis, dont la plus connue est celle d'Adonis et de Achtarout. Mais est-ce que c'est en ce lieu unique où va être construit le barrage que les Phéniciens ont vécu ? N'ont-ils pas laissé des traces en amont ou en aval de ce barrage ? La construction du barrage ne va pas anéantir les traces de la terre sainte des Phéniciens sur ce fleuve.
4- Le recensement de la population des alentours
En expliquant clairement à ces populations les énormes avantages que va leur procurer cet ouvrage, tels que l'eau d'irrigation, l'eau potable, l'électricité et les autres bienfaits du tourisme et de la villégiature, ils auront certainement d'autres opinions que celles relatées dans le rapport.
5- Les défaillances possibles du sol et du site
Toutes les études qui ont précédé la construction des milliers de barrages dans le monde entier avaient formulé des réserves et des craintes sur le site des ouvrages, sur la résistance du sol et de sa perméabilité ou aux failles qui s'y trouvent, ou sur la pression de l'eau que va contenir le lac artificiel qui va se former en amont du barrage, etc. Tous ces problèmes peuvent être étudiés par des cabinets professionnels qui peuvent émettre des avis parfois contradictoires bien souvent à deux groupes de gens : les pro et les antibarrage. Des travaux spéciaux d'étanchement des failles et d'étanchéité de la cuvette d'eau du barrage et de consolidation du terrain avoisinant peuvent être pratiqués pour assurer l'imperméabilité du sol de fondation et sa résistance. Le barrage peut être alors construit après avoir remédié à tous les problèmes soulevés dans les divers avis proposés.
6- Les risques sismiques
C'est vrai qu'il y a des risques sismiques auxquels le Liban est soumis périodiquement tous les 100 à 150 ans. Mais est-ce que cela est une raison suffisante pour rejeter la réalisation de ce projet ? Sachant que des études et des calculs poussés peuvent donner lieu à des ouvrages antisismiques qui les mettent à l'abri des tremblements de terre que nul ne peut prévoir leur lieu, leur date ou leur intensité. En 1981, le haut barrage d'Assouan en Haute-Égypte a résisté à un tremblement de terre de magnitude 6 sur l'échelle de Richter, sans avoir subi aucun dégât du fait de ses fondations antisismiques et de la consolidation de son terrain de base.
Face à tous ces avis semi-probants des antibarrage, il y a ceux des probarrage qui sont alimentés par le souci majeur de subvenir aux besoins urgents de toute une population de la région de Jbeil et de ses alentours qui sont restés près de 60 ans dans l'oubli et l'indifférence de l'État. À titre d'exemple, Jbeil, ville touristique de renommée mondiale, ne possède pas encore un réseau d'égouts urbains. Les habitants emploient des fosses septiques et sont soumis de la sorte à un régime astreignant de vidanger régulièrement ces fosses avec les contraintes qu'ils en subissent... Tout cela pour dire que les habitants de la région de Jbeil ont applaudi du fait que la Providence a voulu, pour une seule fois, leur donner satisfaction en leur donnant l'espoir de voir un jour réalisé un tel projet.
Ce projet, qui va pouvoir alimenter en eau potable les robinets secs, irriguer des champs entiers desséchés, assurer l'électricité permanente à des milliers de foyers qui plient sous le joug des factures prohibitives...
Ce projet qui va donner à cet espace de la vallée de Nahr Ibrahim la vraie signification de son nom de Janné (paradis) et le rendre une zone touristique par excellence.
Ce projet va donner à la région de Jbeil et du Kesrouan un élan vital et économique sans précédent attendu avec impatience depuis des décennies.
C'est un projet incontournable.

Émile SFEIR
Ingénieur

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