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Liban

La forêt de Baabda sauvée des ordures

Crise des déchets

Un sit-in a été observé dès lundi soir, suite aux rumeurs selon lesquelles le bois, propriété de l'ordre antonin, devait accueillir les déchets de la localité. Demain, c'est un autre site-in qui commence au port de Beyrouth.

19/08/2015

Comme prévu, la crise des déchets, résultant de la fermeture, sans alternative, de la principale décharge du pays, à Naamé, le 17 juillet, se transforme progressivement en crise sociale aiguë. Les sit-in contre l'ouverture de décharges dans les régions se succèdent toujours, doublés de protestations sur le déchargement illégal, et dans le plus grand secret, de charges d'ordures dans des contrées éloignées.

Lundi, c'était au tour d'une forêt, celle de Baabda (« Khandaq el-Rouhbane »), d'être pressentie pour accueillir les déchets de la localité, qui s'amoncellent depuis un mois exactement dans les rues. Le conseil municipal de Baabda étant démissionnaire, il revient donc au mohafez de donner son accord pour le choix de n'importe quel site.
Une copie de la décision du couvent Saint-Antoine – qui a mis le feu aux poudres – invoque l'amoncellement des déchets dans les rues et la volonté de porter assistance à la population en offrant un terrain pour le stockage « temporaire » des déchets. On y parle d'un tri des ordures sur un terrain de 4 000 mètres carrés environ, qui serait conduit par l'association arcenciel, et demande à ce que « ces déchets soient ôtés avant le 14 septembre 2015 et qu'ils soient traités dans le respect des critères environnementaux ». L'Orient-Le Jour a tenté de contacter hier le père Georges Sadaka, supérieur du couvent Saint-Antoine (propriétaire de la forêt), pour avoir son point de vue sur la question, mais sans succès.

Dès que cette nouvelle a été connue, des membres de Terre-Liban, l'association qui gère cette forêt depuis vingt ans en vertu d'un accord avec le couvent, des militants écologistes de tous bords et des membres de la campagne « Vous puez ! » ont lancé un sit-in, lundi soir, à l'entrée de la forêt pour protester contre son utilisation comme lieu de stockage temporaire des déchets. Hier, l'ambiance était plus détendue, alors que circulait une information selon laquelle le site ne serait plus envisagé comme un lieu de stockage, selon le président de Terre-Liban, Paul Abi Rached. Le sit-in a d'ailleurs pris fin durant la journée, « même si la vigilance est toujours de mise », a ajouté le militant.

 

(Lire aussi : « Il faut tout miser sur les municipalités », estime un activiste de Terre-Liban)


Ces informations ont été confirmées à L'Orient-Le Jour par le mohafez du Mont- Liban, Fouad Fleifel, qui assure qu'en raison du refus exprimé, ce site n'est plus considéré parmi les options de lieux de stockage temporaire et que les recherches se poursuivent. « Il faut savoir qu'il n'y avait pas moins de quatre sites proposés à Baabda, explique-t-il. Tous ont été rejetés par les habitants. Nous avons un problème dans cette localité très fortement urbanisée et dont les seuls terrains vides sont recouverts de forêts. » Le mohafez assure être lui-même « très soucieux de l'environnement », tout en précisant que « ces sites serviront pour le stockage temporaire, pas pour des décharges ». « Mais à un certain moment, il faut décider de ce qui cause le moins de dégâts possible, dit-il. Après tout, les municipalités ont été mises devant le fait accompli sans aucune préparation. Il faut de la coopération de la part de tous, c'est une responsabilité partagée. »

Par ailleurs, une source d'arcenciel, dont le nom a été cité dans cette affaire comme la partie devant se charger du tri et du traitement des ordures de Baabda, précise à L'Orient-Le Jour qu'il y a eu un « malentendu » concernant la forêt. « D'une part, il faut souligner que l'association n'a aucune responsabilité dans le choix du site, dit-elle. D'autre part, arcenciel fournit actuellement une aide aux municipalités désireuses de mettre en place un système de tri à la source et de traitement. Mais nous ne nous occupons pas en tant que tels des déchets qui se sont amoncelés dans les rues et qui ne sont plus en état d'être triés, même si nous sommes prêts à aider les municipalités à régler le problème avec le moins de dégâts possible. Nous distribuons d'ailleurs un kit à l'intention des municipalités, qui détaille le rôle de celles-ci dans la sensibilisation, l'instauration d'un système de collecte sélective, de transport, etc. » Cette source rappelle que l'association milite depuis longtemps pour l'adoption de bonnes pratiques, voyant cette crise venir.

 

(Lire aussi : À Roumieh, le tri des déchets n'est plus une option, mais une obligation)

 

« Le seul espace qui nous sauve de la pollution »
Présente hier dans la forêt de Baabda, Claudine, une habitante de la région, se dit « outrée que l'on veuille transformer en décharge le seul espace vert qui nous protégeait encore de la pollution ». « C'est une décision aléatoire qui n'aurait pas dû être prise », affirme-t-elle. Pour elle, « même si la forêt est une propriété privée, cela n'en fait pas moins un espace d'intérêt public, ils ne peuvent pas en disposer de cette manière-là ».
Ajwad Bou Hamdane, militant au sein de la campagne « Vous puez ! » (née en marge de la dernière crise des déchets), affirme que les militants sont venus des quatre coins du Liban pour lutter contre l'utilisation de cette forêt protégée comme lieu de stockage.
Quant à Paul Abi Rached, il assure que cette partie de la forêt, pressentie pour accueillir les déchets, n'a jamais été brûlée et qu'elle est caractérisée par une biodiversité remarquable. Pour sa part, Hafez Jreige, militant écologiste, déplore que « ce soit toujours les espaces publics qui paient le prix des solutions aléatoires ».

Nouvelle grève au port
Par ailleurs, un autre mouvement de protestation est en préparation : le syndicat des employés et des ouvriers du port a appelé hier à une grève générale aujourd'hui mercredi et demain jeudi, en signe de protestation contre l'utilisation d'un terrain du port pour l'entreposage des déchets de la capitale, le terrain connu sous le nom de AB. Dans son communiqué, le syndicat précise que son action a été initiée par les préparations constatées dans le terrain AB, pressenti pour accueillir les déchets. Il affirme avoir tenu une réunion à l'issue de laquelle la grève de deux jours, une grève « préventive », a été décidée. Les participants à cette réunion ont évoqué « l'impact négatif sur la santé de tous ceux qui travaillent ou fréquentent le port », déplorant qu'on veuille « transformer l'une des façades maritimes de Beyrouth en dépotoir ».
Les manifestants, toujours selon le communiqué, planifient de se rendre aujourd'hui au terrain AB, d'y arrêter le travail des tracteurs, d'observer une grève de deux jours, de garder les réunions du comité exécutif du syndicat ouvertes et de convier tous les employés et les ouvriers à un sit-in, durant les deux jours, devant le bâtiment de l'administration.

 

(Infos pratiques : Qui contacter pour recycler les déchets triés)



Sur un autre plan, le ballet nocturne des camions de déchets se poursuit lui aussi. Les habitants du village de Ballanet el-Hissé, au Akkar, ont eu la désagréable surprise de constater qu'un grand volume de déchets était jeté dans un terrain vague près du village. Le président de la Fédération des municipalités du littoral du Akkar, Khaled el-Khaled, a affirmé que « des papiers trouvés au milieu de ces déchets prouvent qu'ils sont en provenance d'Adma (Kesrouan) ». « Nous demandons au ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk de nous protéger et de protéger nos propriétés, a-t-il poursuivi. Nous pensons transporter ces déchets et les ramener d'où ils viennent, et nous nous réservons le droit de porter plainte contre tous ceux reconnus coupables de ces agissements. »
Autre tragédie en cours : celle des incendies de bennes à déchets. Partout, des feux naissent là où les déchets s'amoncellent, dégageant des fumées toxiques. Hier, des habitants de Jal el-Dib se sont plaints d'un nuage qui a enveloppé la localité en soirée.
Dans une conférence de presse, le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, a pour sa part détaillé l'impact de l'amoncellement des déchets sur les forêts.

 

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