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Nos lecteurs ont la parole - Ronald Barakat

Je t’envie, mon ami...

Avant de lire ce livre, je voudrais t'avouer que je t'envie, mon ami. Je t'envie de l'avoir inspiré à ton épouse, d'en être l'objet, le sujet et en quelque sorte le maître d'œuvre. Chose que je ne pourrai jamais faire, ni de mon vivant ni à ma mort. Chose que je n'aurai jamais le privilège d'avoir.
Je t'envie pour ton parcours impeccable, sans faute, sans tache, sans détours. Je t'envie d'avoir rendu une femme heureuse, d'avoir laissé une belle famille, une survivance radieuse de toi. Je t'envie d'avoir laissé un vide immense parmi les tiens, alors qu'il m'arrive de laisser un soulagement parmi les miens. Je t'enviais sur les bancs de l'école, toujours devant moi au classement, parfois même en français. Je t'envie surtout depuis que tu as obtenu ton bac (ou tes deux bacs) et que j'ai loupé le mien. Depuis, je ne pouvais plus te rattraper et l'écart s'est creusé. J'envie l'énergie, la vitalité, l'appétit de vivre que tu avais, qui te faisaient croquer la vie, toucher à tout, de sorte que tu es parti avec, pour reprendre Baudelaire, « plus de souvenirs que si tu avais mille ans ». Tu trouvais du temps pour tout explorer, tout découvrir, pour t'adonner à tous les loisirs, toutes les activités qui te tenaient à cœur : courir le marathon, apprendre l'espagnol, jouer du piano, participer à la dictée de Pivot, jouer aux échecs... Et là, je t'envie aussi. Tu trouvais toujours le moyen, dans les positions échiquéennes les plus désavantageuses, de renverser la vapeur et de me battre, avec le sourire. Ce sourire qui me faisait oublier ma défaite, tous mes revers, qui me faisait sourire et t'envier encore de te devoir mon sourire. Je t'envie de m'avoir rendu service, de m'avoir sorti de l'ornière un jour, et de n'avoir pu te le rendre. Je t'envie de t'être redevable sans retour. Je t'envie de n'avoir jamais envié qui que ce soit, signe de ton excellence. Je t'envie, oui, et je m'en veux de te l'avoir caché. Tu m'aurais débarrassé de ce complexe... mais je t'aurais envié de nouveau.
Je t'envie sachant que, même agnostique, tu as mérité le paradis. Il est impossible à un type comme toi de ne pas y être admis. Trop pur, trop bon, trop grand pour qu'on t'en refuse l'accès. Et je suis certain que tu n'as même pas demandé à y aller. On est venu te chercher au quai, pour te recevoir à bras ouverts. Tu es un plus pour le paradis. Un spécimen rare. Quelqu'un qui a su appliquer les principes sans se laisser endoctriner. Un humaniste dans l'acception la plus éthérée du terme. Et je t'envie de savoir que tu vas intercéder pour moi, le croyant, afin que je puisse te rejoindre, le moment venu. Car si je ne mérite pas l'enfer, je ne mérite pas non plus le paradis. Et il va me falloir solliciter ton aide, que tu apporteras sans te faire prier, comme d'habitude, comme sur terre. Je te serai redevable même là-haut, ce qui me fait t'envier davantage.
Non seulement je t'envie, mon ami, mais aussi je t'aime. Si je n'ai jamais eu le courage de te le dire plus tôt, je me console à l'idée de te l'avoir exprimé, quoique tardivement, par ce baiser fraternel sur ton front moite, avec la certitude que tu m'as vu le faire. Je t'aime, mon ami.

Ronald BARAKAT

Avant de lire ce livre, je voudrais t'avouer que je t'envie, mon ami. Je t'envie de l'avoir inspiré à ton épouse, d'en être l'objet, le sujet et en quelque sorte le maître d'œuvre. Chose que je ne pourrai jamais faire, ni de mon vivant ni à ma mort. Chose que je n'aurai jamais le privilège d'avoir.Je t'envie pour ton parcours impeccable, sans faute, sans tache, sans détours. Je t'envie d'avoir rendu une femme heureuse, d'avoir laissé une belle famille, une survivance radieuse de toi. Je t'envie d'avoir laissé un vide immense parmi les tiens, alors qu'il m'arrive de laisser un soulagement parmi les miens. Je t'enviais sur les bancs de l'école, toujours devant moi au classement, parfois même en français. Je t'envie surtout depuis que tu as obtenu ton bac (ou tes deux bacs) et que j'ai loupé le mien. Depuis, je ne pouvais...
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