Hossein Yekta, haut responsable au sein du Corps des gardiens de la révolution iraniens, lors d’un déplacement dans une école accueillant des déplacés au Liban. Capture d’écran d’une vidéo publiée sur le compte Instagram de Hossein Yekta
Il se serait rendu à Beyrouth et dans le Sud au début du mois, malgré l’étau qui se resserre sur son protégé, le Hezbollah, et la pression à laquelle est soumis l’État libanais de la part de Washington et Tel-Aviv. La visite de Hossein Yekta, général du Corps des gardiens de la révolution iraniens (CGRI), l’armée idéologique du régime, a été rapportée le 1er octobre par l’agence de presse iranienne Tasnim et certains sites d’information. L’intéressé a lui-même publié des vidéos sur ses réseaux sociaux pour documenter sa tournée. Mais au Liban, l’affaire ne semble avoir pris de l’ampleur dans la presse que ces derniers jours. Les autorités libanaises, elles, semblent aux abonnés absents. Quant au Hezbollah, il assure à L’Orient-Le Jour ne pas être au courant de cette visite.
Dans sa dépêche, l’agence Tasnim ne précise ni la date exacte ni la durée de la visite du haut gradé iranien. Mais elle explique que le déplacement de Hossein Yekta, qui accompagnait une délégation iranienne formée entre autres d’un dignitaire religieux, Alireza Panahian, qui fait partie des faucons iraniens selon le site d’information basé à Londres Middle East Monitor, « vise à réaffirmer le message de sympathie et de solidarité entre l’Iran et le Liban, ces deux piliers inébranlables de la résistance ». Tasnim accompagne son texte d’une vidéo de l’officier iranien prenant la parole sous des portraits de « martyrs » dans une rue qui semblerait se trouver dans la capitale Beyrouth, selon une analyse des images effectuée par notre publication.
Des cadeaux « bénis » par le guide suprême iranien
Une autre vidéo, publiée le jour même par la chaîne Iran International, montre Hossein Yekta en train de faire ses ablutions au-dessus d’un cours d’eau présenté comme étant le fleuve Litani au Liban-Sud, affirmant qu’il priera un jour « à Jérusalem ». Le responsable a également publié sur son compte Instagram il y a une semaine une vidéo tournée dans une école accueillant des déplacés au Liban et des proches de miliciens tombés sur le front. On le voit discutant avec des familles et offrant à certaines d’entre elles des keffiehs palestiniens, des cadeaux « bénis » par le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, selon Tasnim.
Né en 1967 à Qom, Hossein Yekta est un haut commandant jouant un rôle central dans le recrutement et l’endoctrinement idéologique au sein des gardiens de la révolution, qui a été dernièrement placé sur les registres des sanctions européennes. Selon le centre de recherche israélien Alma, considéré comme un outil de propagande de l’armée israélienne, l’officier iranien a rencontré de hauts responsables politiques et militaires du Hezbollah lors de sa visite et leur a transmis des directives iraniennes visant à raviver « l’unité des fronts » et à renforcer la coordination entre les « composantes de l’axe de la résistance ». Selon le média émirati Erem News, sa visite serait une tentative de « redynamiser le climat idéologique et moral du parti, parallèlement au processus de restructuration militaire supervisé par les gardiens de la révolution ».
En mars dernier, Reuters rapportait que le CGRI avait envoyé une centaine d’officiers au Liban après la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah afin d’aider à la restructuration militaire du parti chiite.
Le Hezbollah « pas au courant »
Contactée mardi au sujet de la tournée de Hossein Yekta, une source officielle libanaise n’était pas en mesure de confirmer si ce responsable s’est bien rendu au Liban ni comment il a pu entrer dans le pays. Mais elle affirme toutefois qu’il « n’est certainement pas entré en sa qualité d’officiel iranien ». Elle rappelle que les vols directs entre Beyrouth et Téhéran sont suspendus depuis début 2025 et que « les autorités sont très strictes quant aux entrées et sorties » des membres des autorités iraniennes. Le 5 mars dernier, trois jours après la décision du Hezbollah de rouvrir le front contre Israël pour soutenir l’Iran attaqué par l’État hébreu et les États-Unis, le gouvernement de Nawaf Salam avait décidé d’interdire toute activité des gardiens de la révolution sur le territoire libanais.
Sollicités par L’Orient-Le Jour, ni les renseignements de l’armée libanaise, ni la Sûreté générale, ni l’ambassade iranienne à Beyrouth n’étaient en mesure de fournir plus d’informations au sujet de la tournée de l’officier iranien.
Du côté du Hezbollah, un porte-parole du parti chiite contacté par notre publication affirme « ne pas être au courant de cette visite », malgré les vidéos et les informations qui circulent. « Est-il possible qu’Israël, qui surveille le Liban, ait remarqué la présence d’un officiel iranien au Liban-Sud sans chercher à l’éliminer ? » demande ce porte-parole. La perspective d’un tel déplacement semble même embarrasser la direction du parti-milice, à l’heure où il est accusé par ses détracteurs d’avoir entraîné le Liban dans des guerres successives et meurtrières pour le compte de l’Iran depuis le 7-Octobre. « Certains veulent déformer la vérité en disant que nous nous battons pour l’Iran », se défend le porte-parole, qui dénonce « une volonté de diaboliser le parti » sur la scène interne. « Israël dit que les gardiens de la révolution dirigent la bataille au Liban-Sud, mais cela m’étonnerait. Ce sont nos alliés, ils nous soutiennent, mais ils ne mènent pas la bataille sur le terrain. Nous sommes là pour défendre notre terre. Nous avons offert des martyrs à cette terre. L’Iran ne nous a jamais imposé aucune décision », martèle-t-il.
Mais pour le Middle East Monitor, « le timing et la composition de la délégation (iranienne) laissent fortement penser que Téhéran ne se soucie pas seulement de ravitailler l’arsenal (du Hezbollah). L’Iran pourrait chercher à reconstruire quelque chose de plus difficile à détruire : la résilience organisationnelle du Hezbollah ».
