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Nos lecteurs ont la parole

Ne taillez pas les arbres


Je lance une pensée provocatrice. Les arbres grandissent, vers la lumière, vers le ciel et l’infinie liberté qui y existe. Ne les taillez pas, ne les limitez pas dans leur rêve.

Je suis bien conscient que laisser des arbres grandir indéfiniment n’est pas toujours pratique, ou possible. Nous avons été habitués dès tout petits à vouloir tout contrôler, et cette notion de contrôle s’étend à notre environnement direct et indirect. À la maison et à l’école, nous apprenons l’importance de l’ordre. Et l’ordre, tel qu’on le comprend, implique une certaine uniformisation.

Observez une route de Beyrouth. Malgré tout le désordre qui y règne, tous les arbres sont généralement parfaitement taillés, en carrés ou en boules.

Observez également un champ agricole moderne : tous les arbres ont quasiment la même taille, et appartiennent généralement à la même espèce.

Et pourtant... cette uniformisation nous a fait perdre une grande partie de la biodiversité qui existait, au Liban et dans le monde.

Quelle est la dernière fois que vous avez ramassé un très grand coquillage ou un oursin sur une plage ? Il y a 20 ans peut-être ? Et vous savez pourquoi ? Simplement parce que l’être humain considère que le paysage qui l’entoure lui appartient, et qu’il peut en faire ce qu’il veut. La notion de « tailler les arbres » s’étend à beaucoup d’autres domaines, y compris la préservation d’un littoral sauvage. Les champs situés à côté des plages sont remplacés par des parkings ; ports, digues, navires et pêche intensive ont eu raison de milliers d’espèces de poissons et coquillages qui autrefois peuplaient nos côtes.

J’effectue cette analogie parce que ce besoin instinctif que beaucoup d’êtres humains ont de tailler les arbres est erroné. Et c’est la science qui le prouve : le monde émet beaucoup plus de dioxyde de carbone que la terre ne peut en absorber, les températures grimpent, et de vastes régions autrefois tempérées deviennent arides. Peut-être que nous ne voyons pas encore toutes les conséquences de ce bouleversement écologique avec nos propres yeux, mais lorsque nous serons directement touchés il sera probablement trop tard pour agir.

Et entre-temps les grands pays du monde perdent leur temps et dilapident leurs ressources dans une foule de choses inutiles et délétères, comme le sont les conflits par exemple. Nous ressemblons à une classe d’école qui ne veut pas travailler sérieusement et qui chahute pour éviter d’écouter ce que le professeur dit – et dans ce cas le professeur représente notre conscience, notre notion du bien et du mal, qui est tout à fait sous-développée.

En outre les lois (localement et internationalement) peinent à suivre l’avancée de notre civilisation. Est-il possible qu’en 2026 tuer un autre être humain soit encore une chose admissible pour un soldat par exemple ? Un jour dans un futur lointain, nos descendants nous considéreront avec autant de dégoût que nous avons pour les sociétés humaines primitives où le cannibalisme était admis.

Malheureusement, les lois ne peuvent pas changer toutes seules. Ce sont les êtres humains de tous les pays qui doivent se mettre d’accord pour le faire. Et en réalité il faudrait que la terre entière soit gérée par un gouvernement uni, qui met sous tutelle chaque peuple, chaque pays, mais également chaque forêt et chaque paradis naturel, petit ou grand qu’il soit. Cela semble utopique, et pourtant il s’agit d’une nécessité si l’on veut sortir du schéma actuel de rivalités délétères.

Mais quel lien entre la coupe des arbres et tout ce raisonnement géopolitique et utopique ? C’est l’état d’esprit que nous avons actuellement qui est erroné, et parfois considérer une petite chose (comme un arbre) de manière différente peut nous amener à modifier notre vision du monde.

L’arbre est une créature innocente, essentielle à la vie. Sur terre, sans arbres, rien de ce que nous connaissons n’existerait. Laissez les arbres grandir, et découvrez des moyens créatifs de les utiliser. Si vous souhaitez augmenter votre rendement agricole, faites grimper des fruits de la passion, des vignes ou des kiwis dedans. Ou essayez d’y construire une cabane. L’observation de la nature fait énormément de bien : nous vivons dans un monde qui avance (et pas toujours dans la bonne direction) à une vitesse vertigineuse. Nous sommes constamment exposés au stress et à la pollution. Un petit jardin peut devenir un lieu enchanté et magique, à condition que les arbres qu’il contient l’enveloppent, le cachent et le transforment en une petite île hors du temps.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Je lance une pensée provocatrice. Les arbres grandissent, vers la lumière, vers le ciel et l’infinie liberté qui y existe. Ne les taillez pas, ne les limitez pas dans leur rêve.Je suis bien conscient que laisser des arbres grandir indéfiniment n’est pas toujours pratique, ou possible. Nous avons été habitués dès tout petits à vouloir tout contrôler, et cette notion de contrôle s’étend à notre environnement direct et indirect. À la maison et à l’école, nous apprenons l’importance de l’ordre. Et l’ordre, tel qu’on le comprend, implique une certaine uniformisation.Observez une route de Beyrouth. Malgré tout le désordre qui y règne, tous les arbres sont généralement parfaitement taillés, en carrés ou en boules.Observez également un champ agricole moderne : tous les arbres ont quasiment la même...
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