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Culture - Sortir À Beyrouth

Sabaya Beirut, le 23 octobre au Monnot : quand elles donnent le la, les clichés déchantent

Au théâtre Monnot le 23 octobre, cet ensemble féminin fait dialoguer oud, darbouka et voix autour du répertoire oriental. Avec une ambition : que le talent mène la danse.

Sabaya Beirut, le 23 octobre au Monnot : quand elles donnent le la, les clichés déchantent

Sur scène, les chanteuses et musiciennes de Sabaya Beirut conjuguent leurs talents autour du répertoire oriental. Photo fournie par le groupe

Au oud, Elsa Rahmé. À la darbouka, Christy Mondalak. Aux claviers, Patricia Abou Serhal. Avec les chanteuses et les autres musiciennes de Sabaya Beirut, elles partagent un répertoire oriental et une même envie de scène. Que leur présence surprenne encore en dit long sur les habitudes du milieu. Mais leur ambition se joue ailleurs : dans la musique, l’écoute et le plaisir de faire chanter une salle.

« Les femmes de notre pays, et plus largement de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, sont toujours, d’une manière ou d’une autre, sous-estimées », constate Jessica Msan. Cofondatrice et directrice générale de JAW Production and Management, qui accompagne l’ensemble, elle défend un projet où les artistes peuvent être reconnues pour leur voix, leur maîtrise d’un instrument et leur présence scénique.

L’idée remonte à 2015. Après deux saisons sur LBCI, Sabaya Beirut renaît en 2024. Revenir après une longue interruption, trouver sa place dans le spectacle et convaincre qu’un ensemble exclusivement féminin peut rencontrer son public : les obstacles ne manquent pas. Jessica Msan reste pourtant convaincue de la pertinence du projet. « Nous voulions proposer un véritable travail artistique, dans lequel les femmes seraient reconnues pour leurs compétences musicales plutôt que jugées à travers leur genre. »

Les chanteuses et musiciennes de Sabaya Beirut. Photo fournie par le groupe

Des musiciennes à part entière

Cette volonté se lit d’abord dans la place accordée aux instrumentistes. Oud, darbouka, riqq, piano, claviers : les femmes occupent ici tous les pupitres. Leur présence déplace les attentes, particulièrement lorsqu’elles s’emparent d’instruments que le public associe encore volontiers aux hommes.

« La société est généralement habituée à voir des hommes dans ces rôles, notamment lorsqu’il s’agit de jouer de certains instruments, observe Christy Mondalak auprès de L’Orient-Le Jour. C’est donc merveilleux de pouvoir, en tant que femmes, interpréter cette musique et surprendre le public avec quelque chose auquel il ne s’attendait peut-être pas. »

Pour la percussionniste, l’aventure a aussi changé la manière d’habiter la scène. Au sein de Sabaya Beirut, les échanges avec la salle font partie du spectacle. Cette proximité, avec laquelle elle s’est progressivement familiarisée, est devenue l’un de ses plaisirs de musicienne.

Patricia Abou Serhal a, elle aussi, gagné en assurance. Longtemps, le trac a accompagné la claviériste, consciente de la concentration et de la responsabilité qu’exige son instrument. Le travail au sein de l’ensemble l’a aidée à trouver ses appuis. Elle tient toutefois à préciser ce qu’elle attend du regard des autres : « Je ne veux pas que l’on me trouve forte simplement parce que je suis une fille qui joue d’un instrument. Je veux être reconnue comme une musicienne de talent. »

Jessica Msan entend également contester l’idée selon laquelle une femme ne pourrait réussir dans le spectacle sans jouer de la séduction ou de sa sexualité. Avec Sabaya Beirut, elle souhaite donner à chacune les moyens de s’affirmer par son travail artistique.

Un son commun, des personnalités distinctes

Deux fois par semaine, les répétitions réunissent des parcours, des tempéraments et des façons de jouer différents. Il faut les accorder, puis adapter le programme aux événements et aux publics. Construire un son d’ensemble demande de la rigueur, sans pour autant effacer ce que chacune apporte.

« Jouer seule et participer à un travail collectif sont deux choses différentes, souligne Elsa Rahma. Cette expérience m’a enrichie aussi bien musicalement que personnellement. »

Nivine Damaj, qui joue du riqq – un tambour sur cadre traditionnel arabe à cymbalettes – et de la darbouka, voit dans cette diversité une ressource. « Nous n’avons pas besoin de nous ressembler pour créer un son commun. Ce qui compte, c’est de nous comprendre et de partager le même esprit et le même objectif. »

Du côté des voix, Rola Cheaib, Serena Chemaly et Farah Ramadan suivent la même démarche. Dans sa troisième année avec Sabaya Beirut, Rola Cheaib mesure ce que cette pratique lui a appris : écouter davantage, laisser respirer une phrase, ménager une place aux autres voix comme aux instruments. « Nous ne cherchons pas à être des copies les unes des autres, dit-elle. Nous travaillons à rendre nos différences complémentaires. »

Jessica Msan veille à cet équilibre. Elle souhaite que chaque artiste trouve son moment sur scène et puisse y conserver son caractère. « Je veille à ce qu’elles ne perdent pas leur personnalité. Nous essayons de leur donner le plus d’autonomie et d’assurance possible. » Selon les spectacles, la formation peut réunir jusqu’à quatorze artistes, danseuses comprises.

Quand la salle prend le relais

C’est au contact du public que ce travail prend toute sa mesure. Christy Mondalak évoque le bonheur de voir les visages s’éclairer : « Rien n’est plus beau que de voir les gens heureux devant moi et de sentir que notre musique leur va droit au cœur. »

Patricia Abou Serhal se souvient d’un concert récent où les spectateurs ont chanté sans relâche. Même lorsque les artistes se taisaient, la salle poursuivait. Elles ont fini par lui laisser le relais.

Au Liban, ces moments ont une saveur particulière. Les difficultés économiques et l’instabilité pèsent sur les possibilités de travailler, de se produire et de se projeter. Elsa Rahmé explique que les membres continuent parce qu’elles croient au projet et veulent le voir grandir. La solidarité qui s’est nouée entre elles compte aussi dans cette persévérance.

« Être ensemble nous donne de la force. Nous nous encourageons et célébrons les réussites de chacune. Cela fait une immense différence », confie Nivine Damaj. Ces liens les aident à affronter les pressions professionnelles autant que les difficultés personnelles.

Pour Christy Mondalak, le contexte donne aussi tout son sens à leur présence sur scène. « C’est peut-être précisément dans ces circonstances que les gens ont le plus besoin de ces moments. Ils ont besoin de se réunir, de chanter, de danser et d’oublier un peu leurs soucis. »

L’écho rencontré encourage désormais Jessica Msan à regarder au-delà du Liban. Des demandes de spectacles lui sont parvenues notamment du Maroc, d’Irak et de Jordanie. Elle cherche à ouvrir ces perspectives tout en préservant ce qui fait l’identité de Sabaya Beirut.

Trouver les moyens de durer

Reste à faire vivre l’ensemble dans la durée. Financer les répétitions, construire une image, assurer une continuité : la société de production doit consentir un investissement important, sur un marché où les budgets et les débouchés demeurent incertains. « Cela demande beaucoup d’engagement, de détermination et de courage, reconnaît Jessica Msan. Il faut du courage pour être différente. »

Le développement du groupe passe également par la création. Avec Tolli Ya 3arous, dont la sortie était annoncée pour le 16 octobre, Sabaya Beirut puise dans le répertoire nuptial pour proposer un titre original. Aux chansons orientales familières du public viennent ainsi s’ajouter des morceaux qui lui permettent de préciser sa propre identité musicale, dans le prolongement des traditions qui ont bercé ses membres.

Pour les artistes, l’enjeu reste de créer ensemble, de progresser au contact les unes des autres et d’encourager d’autres femmes à se lancer. À celles qui hésitent, Rola Cheaib adresse un conseil : « N’ayez pas peur de votre voix et n’attendez pas que toutes les conditions soient réunies pour commencer. »

Le 23 octobre, au théâtre Monnot, à Beyrouth, Sabaya Beirut retrouvera le public pour un concert qui lui fera une large place. Aux musiciennes de donner le la. À la salle, si le cœur lui en dit, de reprendre le refrain.

Sabaya Beirut, au théâtre Le Monnot, le 23 octobre à 20 h 30. Réservations à partir de 15 dollars sur Antoineticketing.com ou par téléphone au +961 70 62 62 00.

Au oud, Elsa Rahmé. À la darbouka, Christy Mondalak. Aux claviers, Patricia Abou Serhal. Avec les chanteuses et les autres musiciennes de Sabaya Beirut, elles partagent un répertoire oriental et une même envie de scène. Que leur présence surprenne encore en dit long sur les habitudes du milieu. Mais leur ambition se joue ailleurs : dans la musique, l’écoute et le plaisir de faire chanter une salle.« Les femmes de notre pays, et plus largement de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, sont toujours, d’une manière ou d’une autre, sous-estimées », constate Jessica Msan. Cofondatrice et directrice générale de JAW Production and Management, qui accompagne l’ensemble, elle défend un projet où les artistes peuvent être reconnues pour leur voix, leur maîtrise d’un instrument et leur présence scénique.L’idée...
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