X

Moyen Orient et Monde

Pas de réédition du scénario Qalamoun ; Zabadani serait une guerre d’extermination

Décryptage

L'armée syrienne et ses alliés du Hezbollah poursuivent les combats dans la ville de Zabadani, où ils ont pris le contrôle de trois quartiers et d'une zone de 7 km sur 26. Cette fois, le combat décisif semble déjà programmé.

09/07/2015

Depuis quelques jours, la ville de Zabadani est sous les feux de l'armée syrienne et de ses alliés, mais la vraie bataille ne s'est pas encore déroulée. La décision tactique semble prise, la réédition du scénario du Qalamoun (il y a deux ans, en 2013) ne devrait pas avoir lieu. Les combattants de l'armée syrienne et du Hezbollah positionnés sur le flanc ouest ne concéderont pas de passage pour les rebelles qui se trouvent sur le flanc est de cette région. Nombre de rebelles qui se retrouvent aujourd'hui engagés dans la bataille de Zabadani viennent du Qalamoun. Si les combattants de l'armée syrienne et leurs alliés reproduisaient la même « erreur » en laissant un droit de passage aux rebelles qui battent en retraite, ils leur ouvriraient la voie vers le Sud, à savoir la route de Kuneitra et du mont Hermon, soit vers des régions à forte composante druze où ils peinent à neutraliser leurs ennemis. Cette configuration serait alors extrêmement critique pour les forces du régime qui seraient contraintes d'agir dans une zone où les rebelles seraient en effectifs importants et où ils ne disposent pas de véritable assise locale. La bataille de Zabadani doit donc être une guerre décisive : se rendre ou être exterminé.

Dans ce conflit, la 4e division blindée de l'armée syrienne aux côtés des forces spéciales du Hezbollah devra faire face à 72 combattants du Front al-Nosra, 28 combattants du groupe État islamique, et entre 1 000 et 1 200 de Ahrar ech-Cham. Mais seuls ces derniers ont une capacité d'agression importante. L'opération la plus délicate consisterait moins dans la prise de la zone urbaine de Zabadani, qui ne présente aucune valeur stratégique, que dans la percée vers le mont Hermon, où les forces de Ahrar ech-Cham sont durablement installées et ont pu fortifier leur positions. Les troupes du régime et leurs alliés se préparent donc à un combat prolongé, le but étant d'avancer lentement mais sûrement, avec comme objectif de nettoyer l'ensemble de la zone pour empêcher les rebelles islamistes de fuir ou de battre en retraite. Si cette bataille est remportée, elle devrait accentuer la pression sur le camp adverse dans un contexte où le fameux programme d'entraînement de cinq mille « miliciens modérés syriens » se trouve compromis.

Des candidats « modérés » fichés aux États-Unis
Il semble dans ce cadre que la coopération active entre Washington et Ankara pour mettre en œuvre le programme de formation et d'équipement de 5 000 membres de l'opposition prétendument « modérée » soit difficile à mettre en œuvre. De source informelle, L'Orient-Le Jour a appris que sur les milliers de noms proposés par la Turquie, seuls moins de 300 candidats présentaient un profil acceptable. La liste des candidats fichés aux États-Unis pour leur implication dans des affaires de terrorisme et de trafics en tout genre porte sérieusement atteinte à la crédibilité du programme.


(Lire aussi : Pourquoi une intervention turque en Syrie reste aujourd'hui improbable)


Par ailleurs, le général Michael Nagata, chef des opérations spéciales du Commandement central américain en charge de sélectionner et d'entraîner les rebelles pour constituer cette force modérée, a fini lui-même par démissionner le jour du lancement du programme. Or il n'a pas encore été remplacé pour l'instant. Mais on sait surtout par expérience que de nombreuses forces présentées comme « modérées », entraînées et armées par Washington et ses alliés, ont fini par rejoindre les organisations terroristes comme le groupe al-Nosra ou l'État islamique, ou se sont tout simplement volatilisés laissant le champ libre à ces groupes. Le cas de Jamal Maarouf reste un exemple édifiant. Les armes fournies par Washington et Riyad à ce chef de l'ancien Front des révolutionnaires syriens (FRS), qui avait vocation à devenir le fer de lance de la chute du régime de Bachar el-Assad, notamment les missiles Tow, finiront entre les mains d'al-Nosra après la défaite militaire qui conduira à la dislocation de ce groupe, dont une partie des membres se recyclera dans les rangs de l'organisation terroriste.

Non seulement la stratégie américaine pour mettre sur pied « une force modérée » a été jusque-là un échec, mais en pratique, elle n'a servi qu'à alimenter les groupes terroristes qui ont pu se saisir de l'armement livré aux « miliciens » modérés adoubés par les États-Unis. Peut-être est-ce là la finalité recherchée dans une configuration que de nombreux analystes ont identifiée comme celle de la « gestion internationale des crises ».

 

Lire aussi
« Beaucoup de Syriens ont déjà intégré l'idée d'une partition du pays »

Du Qalamoun à Ersal, la bataille de l'Anti-Liban décryptée

Face à l’EI, les tribus sunnites plus divisées que jamais

 

Repère
Damas ne contrôle plus que sa frontière avec le Liban

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ou, le Choc des Barbares....

ACE-AN-NAS

Quand on disait sur ces colonnes depuis la nuit des temps que l'aide apportée aux mignons gentils pour contrer les forces loyalistes étaient de la pure fumisterie.
Tout comme les frappes aériennes sur les alliés daechistes des bensaouds aux ordres des sionistes disrarecel.
Heureusement que la résistance libanaise du hezb résistant à pris les choses en main de maître.
Les bactéries seront définitivement nettoyées de nos frontières et en dedans de nos frontières.
Allez les jeunes vous ne mourrez pas pour rien.
NON JAMAIS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OU : LE CHOC DES DAESCHS...

Halim Abou Chacra

Sous la photo d'Obama ci-dessus, on lit la légende suivante : "Le président américain Barack Obama a annoncé lundi une intensification de la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie".
Cela m'a rappelé immédiatement le vers du poète arabe Jarir, se moquant de la lâcheté de son rival al-Farazdaq et qui dit : "al-Farazdaq prétend tuer Mirbaa, alors réjouis-toi, Mirabaa, tu auras longue vie".
زعم الفرزدق ان سيقتل مربعا فابشر بطول سلامة يا مربع

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué