Thomas Barrack, envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie et l’Irak, s’adresse aux médias au siège des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2026. REUTERS/Jeenah Moon/Photo d’archives
Thomas Barrack, envoyé spécial du président américain Donald Trump en Irak et en Syrie et ambassadeur en Turquie, serait intervenu auprès de responsables irakiens et syriens pour favoriser la participation d’une société liée à son partenaire d’affaires à un projet d’oléoduc de 15 milliards de dollars entre l’Irak et la Syrie. Ses démarches soulèvent des questions sur le respect des règles américaines en matière de conflits d’intérêts.
En juillet, l’Irak et la Syrie ont signé des protocoles d’accord avec un consortium réunissant TI Capital, une société d’investissement californienne, le groupe pétrolier américain Chevron et l’entreprise qatarie UCC Holding. L’objectif est d’étudier la remise en service de l’oléoduc Kirkouk-Banias, qui permettrait d’acheminer le pétrole irakien vers la Méditerranée sans passer par le détroit d’Ormuz.
Or Thomas Barrack entretient depuis plusieurs années des relations d’affaires avec Ziad Ghandour, le fondateur de TI Capital, selon une enquête de l'agence Reuters. Il détient notamment une participation dans un projet immobilier près de San Francisco, géré par cette société, qui lui donne droit à une part des bénéfices pouvant atteindre 20 %.
Selon plusieurs sources concordantes, après le déclenchement de la guerre en Iran, M. Barrack a plaidé auprès de responsables irakiens et syriens pour que TI Capital soit associée au projet d’oléoduc. Dans un communiqué conjoint avec le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi le 16 juin, il a salué la décision de faire avancer un accord avec TI Capital sur la remise en état de l’infrastructure. Ni Chevron ni UCC Holding n’étaient mentionnés dans ce communiqué.
Aucun élément ne prouve à ce stade que Thomas Barrack tirerait directement un bénéfice financier du projet d’oléoduc. Ses liens avec Ghandour et son intervention en faveur de TI Capital soulèvent néanmoins des interrogations sur son impartialité, selon des experts en éthique.
Richard Painter, ancien responsable des questions d’éthique à la Maison-Blanche et professeur de droit à l’Université du Minnesota, a qualifié cette intervention de « problème sérieux » au regard des règles encadrant les conflits d’intérêts dans la fonction publique américaine. Interrogé sur la conduite que M. Barrack aurait dû adopter, il a répondu : « Ne rien avoir à faire avec cet oléoduc. Se récuser complètement. Dire : ''Ce dossier ne relève pas de ma participation.'' »
Ann Skeet, spécialiste de l’éthique à l’Université de Santa Clara, estime de son côté que le problème tient à « l’apparence d’un conflit d’intérêts ». Don Fox, ancien directeur juridique et directeur par intérim de l’Office of Government Ethics, l’organisme fédéral chargé de veiller au respect des règles d’éthique, considère pour sa part que la promotion de TI Capital par Thomas Barrack pourrait contrevenir aux règles interdisant aux responsables publics d’utiliser leurs fonctions au profit d’intérêts privés.
D’après les documents consultés, le diplomate américain n’a sollicité aucune dérogation officielle pour intervenir dans ce dossier malgré ses liens avec TI Capital. Son bureau a refusé de commenter.
Le département d’État américain a toutefois affirmé que M. Barrack n’avait « aucun lien, aucun rôle ni aucun intérêt financier dans le projet d’oléoduc Kirkouk-Banias ». Il a ajouté que ses déclarations reflétaient l’intérêt de longue date des États-Unis pour une meilleure intégration énergétique au Moyen-Orient et que l’ambassadeur respectait les règles d’éthique.
Un projet stratégique face aux tensions à Ormuz
Hors service depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, l’oléoduc Kirkouk-Banias pourrait offrir à l’Irak une voie d’exportation de son pétrole vers la Méditerranée en contournant le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. Les restrictions du trafic dans le détroit par l’Iran, dans le contexte de la guerre avec les États-Unis, ont ravivé l’intérêt pour cette infrastructure. Sa remise en service nécessiterait au moins quatre ans de travaux et coûterait environ 15 milliards de dollars.
Les liens d’affaires entre Thomas Barrack et Ziad Ghandour remontent au moins à 2020. Cette année-là, les deux hommes avaient créé une société d’investissement dotée de 250 millions de dollars. Celle-ci a ensuite été dissoute après l’arrestation du diplomate américain en 2021, dans une affaire portant sur ses relations avec les Émirats arabes unis. Il a été acquitté en 2022.
Cet article est une traduction d'une dépêche diffusée par Reuters en anglais.