Des policiers anti-émeute, avec un drapeau arc-en-ciel en arrière-plan, poursuivent des militants des droits LGBT alors qu'ils tentent de se rassembler pour une marche des fiertés, interdite par la préfecture, à Istanbul, Turquie, le 26 juin 2016. Photo d'archives REUTERS/Murad Sezer
La répression qui s'abat en Turquie sur les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias éloigne Ankara de ses projets d'intégration européenne, a estimé vendredi la commissaire à l'élargissement, Marta Kos, lors d'une visite officielle. « Les derniers développements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE », a-t-elle déclaré à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie. « Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflètera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement », a-t-elle ajouté.
La Turquie, toujours officiellement candidate, a déposé sa candidature en 1987 à la Communauté économique européenne et en 1999 à l'Union européenne. Mais les négociations d'adhésion entamées en 2005 sont complètement à l'arrêt depuis plusieurs années.
Les relations s'étaient très fortement tendues après la tentative manquée de putsch de juillet 2016 et les purges massives contre les opposants et des journalistes qui avaient suivi. Bruxelles demande notamment à Ankara d'accomplir des progrès en matière de démocratie. L'organisation européenne dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où Ankara a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule.
L'Union européenne souhaiterait qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, solution rejetée en juillet 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux États.
Dans le cadre d'une campagne appelée « Ma famille est en sécurité », une répression s'est abattue sur le milieu LGBT+ en Turquie à la mi-septembre, avec de nombreuses arrestations et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants. Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne anti-LGBT malgré les protestations de l'UE et de quelques ONG internationales.