Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam (centre), à l'ouverture de la 67e édition du Salon arabe et international du livre de Beyrouth, le 9 octobre 2026 au Seaside Arena, dans la capitale libanaise. Photo Elie Bekhazi/L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a ouvert vendredi la 67e édition du Salon arabe et international du livre de Beyrouth par un discours aux consonances politiques, soulignant que le « combat pour le redressement du Liban est indissociable de notre combat contre l’ignorance, le fanatisme et le repli sur soi », tout en indiquant qu’« aucun renouveau national n’est possible sans le respect de la loi, la consolidation des institutions et l’affermissement de la citoyenneté ».
Il a ainsi appelé de ses vœux « une renaissance qui redonne sa place à la raison face au fanatisme, au savoir face à la désinformation, au dialogue face aux accusations de trahison et à la citoyenneté face aux divisions ». A l'heure de la polarisation de la société libanaise autour du dossier du monopole des armes, les partisans du Hezbollah accusent le pouvoir, notamment M. Salam, de « trahison ».
« Aucun livre ne peut, à lui seul, arrêter une guerre ; aucun roman ne peut reconstruire un village ; aucun poème ne peut redresser une économie. Mais les idées façonnent les choix, et les choix déterminent le destin des peuples », a poursuivi le chef du gouvernement, en présence du ministre de la Culture Ghassan Salamé et de la présidente du Club Culturel Arabe Salwa Siniora Baassiri.
Le Premier ministre a rappelé qu’« il ne peut y avoir de stabilité durable sans un État qui détient seul le pouvoir de décider de la guerre et de la paix ». Évoquant la restauration de l’autorité de l’État, les réformes économiques et la reconstruction, il a souligné que « ces chantiers sont liés et que la réussite de l’un ne dispense pas de progresser dans les autres ».
D'un point de vue culturel, M. Salam a par ailleurs tiré fierté du « rôle joué par Beyrouth ». « Pendant de longues décennies, Beyrouth a été bien plus qu’une ville où l’on imprimait des livres. Elle était un espace où les idées se rencontraient, où les langues se croisaient et où des écrivains et des penseurs arabes trouvaient des tribunes qui ne leur étaient pas accessibles dans leurs propres pays », a-t-il dit, rappelant que l’Unesco a choisi Beyrouth comme Capitale mondiale du livre en 2009, puis l’a consacrée Ville créative de littérature en 2019. Avant de prévenir : « Nous avons le droit d’être fiers de ce que Beyrouth a été, mais nous n’avons pas le droit de nous en contenter ». « Le monde arabe a changé, de nouveaux centres de recherche et d’édition ont vu le jour, les investissements dans les industries culturelles se sont développés, tandis que le Liban a été épuisé par les crises successives, allant de l’effondrement économique à l’explosion au port de Beyrouth, en passant par les guerres, les déplacements de population et l’émigration des talents », a-t-il déploré.
À l'heure de l'accélération de l'intelligence artificielle, le Premier ministre a encore affirmé que « notre besoin de pensée critique et de capacité à distinguer l’opinion de l’information, et la vérité de la désinformation, ne fait que croître ». « Beyrouth qui lit ne meurt pas, Beyrouth qui écrit ne peut être vaincue, et Beyrouth qui ouvre ses portes au livre restera, comme elle l’a toujours été, une ville de vie, une capitale de la parole libre et un phare arabe qui ne s’éteint pas », a-t-il conclu.
Le ministre syrien de la Culture à Beyrouth
« Beyrouth est absolument magnifique, c'est la sœur de Damas », s'est enthousiasmé pour sa part le ministre syrien de la Culture Mohammad Yassine Saleh, au micro de la chaîne al-Jadeed aux côtés de son homologue libanais Ghassan Salamé. « C'est un haut lieu de la littérature, de la culture et du livre », a poursuivi le responsable syrien, invité par M. Salamé à l'inauguration du Salon. Les deux responsables ont discuté du renforcement de la coopération culturelle et archéologique entre les deux pays voisins. « La culture arabe est une, et elle nous rassemble, a dit M. Salamé. Le moment est venu de donner à la coopération (culturelle) entre les deux pays une dimension pratique ».
Du 9 au 18 octobre 2026, cette nouvelle édition du Salon arabe et international du livre de Beyrouth accueillera au Seaside Arena la quatrième édition de Beyrouth Livres, organisée par l’Institut français du Liban.
