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Économie

EDL : la Banque mondiale dénonce une facture considérable pour l'économie

Liban - Rapport

Avec une offre couvrant moins des deux-tiers de la demande, une distribution anarchique et inégalitaire et des transferts massifs de fonds publics à son opérateur, le secteur de l'électricité grève fortement la croissance libanaise selon la Banque mondiale.

04/05/2015

Sous-performant depuis des décennies et classé à l'avant-dernier rang mondial en termes de qualité de service par le Forum économique mondial, le secteur libanais de l'électricité et sa gestion constituent un handicap considérable pour l'économie du pays. C'est l'énième constat alarmant dressé par la Banque mondiale dans la dernière édition de son rapport semestriel sur l'économie libanaise.

Le rapport commence par rappeler le déficit structurel de la production électrique nationale : il atteignait ainsi 36 % de la demande totale en 2013, Électricité du Liban (EDL) ne produisant que 2 019 des 3 165 MW nécessaires. Si « rien n'est fait d'ici 2018 », alertent ses auteurs, cette proportion pourrait atteindre les 50 % avec un approvisionnement quotidien en électricité qui passerait de 17 h en moyenne en 2013 à 12 h en 2018. Pour l'organisation internationale, la responsabilité principale de cette situation incombe à la gestion politico-confessionnelle du secteur : « La mauvaise qualité du service délivré peut être attribuée à la corruption, une mauvaise gestion, des rivalités politiques reflétant souvent des fractures confessionnelles ainsi que des conflits sociaux permanents où les travailleurs et les fournisseurs de services sont protégés par leurs responsables politiques respectifs, et n'ont donc de comptes à rendre qu'à ces derniers ».

 

(Lire aussi : Mobilisation citoyenne pour dire « non » à la fumée noire de Zouk)


Endettement public et iniquités
Pour la Banque mondiale, l'impact macro-économique de cette gestion calamiteuse a été massif. D'abord au niveau des finances publiques, dans la mesure où les transferts cumulés de l'État à EDL sont directement à l'origine de l'aggravation de la dette. Ils ont ainsi représenté en moyenne 2,3 % du PIB annuel entre 1992 et 2013, augmentant de façon régulière pour grimper à 4,4 % du PIB et 55 % du déficit budgétaire en moyenne annuelle sur la période 2006-2013. Conséquence, avec un ratio dette/PIB de 143,1 % en 2013, près de 40 % de la dette publique libanaise peut être imputée aux transferts à EDL. Sans eux, ce ratio n'aurait été que de 87,8 % selon la Banque mondiale.

« Lorsque l'approvisionnement électrique est chaotique et que ce service est excessivement cher, la croissance économique tend à ralentir voire à se contracter », souligne aussi la Banque mondiale, qui rappelle que la sous-performance du secteur est à l'origine de nombreuses iniquités. D'abord parce que les contribuables et clients payant effectivement leur facture subventionnent de fait la consommation de ceux qui ne sont pas facturés. Ensuite, du fait de l'inégalité sociale et territoriale de la distribution : « le rationnement de l'électricité est très pro-riches, les régions les plus pauvres étant privées d'électricité publique jusqu'à 12 heures par jour, tandis que les plus riches comme Beyrouth ne sont soumises qu'à 3 heures de panne quotidienne », rappelle le rapport. Enfin, ces inégalités dans l'approvisionnement entrainent un surcoût important pour l'ensemble des acteurs contraints d'avoir recours à des sources alternatives.

Selon un sondage effectué par la Banque mondiale, 75 % des entreprises libanaises estiment que l'électricité constitue le principal obstacle à leur compétitivité. Elles doivent ainsi attendre en moyenne 56 jours pour obtenir le courant après avoir soumis leur demande, contre respectivement 13 et 19 jours pour leurs homologues jordaniennes et marocaines. Ceci fait, elles doivent subir en moyenne 8,7 heures de coupure par jour ; ce qui oblige environ 91 % d'entre-elles à posséder ou partager un générateur privé qui leur coûtera en moyenne l'équivalent de 6 % de leurs ventes. La tendance étant sensiblement la même chez les ménages - ils sont plus de 92 % à être connectés à un générateur privé -, ce marché parallèle est devenu très lucratif avec des revenus estimés à 1,7 milliard de dollars annuels, soit 3,7 % du PIB.


Hausse des tarifs
Pour commencer à remédier à cette situation, la Banque mondiale préconise une accélération de la mise en œuvre du plan de redressement du secteur de l'électricité adopté par le gouvernement en juin 2010. D'un montant de 6,5 milliards de dollars, ce plan prévoit le renforcement de la production électrique dans le pays à travers plusieurs volets tels que la construction ou la réhabilitation de centrales électriques, l'évolution du mix énergétique, la réévaluation de la tarification et la « corporatisation » de l'opérateur. Mais l'institution met en garde les autorités contre la tentation d'une application partielle de ce programme : « Si les investissements pour renforcer la production électrique ne sont pas accompagnés de réformes visant à une concomitance entre ce volet, une baisse du prix du brut et une meilleure collecte des factures, la situation financière du secteur ne fera qu'empirer ». Elle rappelle à cet égard que la plupart des réformes promises n'ont pas été mises en œuvre en raison du caractère « hautement politisé » du secteur.

Côté infrastructures, la Banque mondiale appelle ainsi à une accélération des travaux d'extension de la centrale de Deir Ammar, qui devrait produire 540 MW supplémentaires, soit une augmentation de 20 % de sa capacité actuelle. Elle souligne également la nécessité d'achever rapidement les travaux à Zouk et Jiyeh. L'impact de ces investissements devrait par ailleurs être soutenu par l'augmentation de la part du gaz naturel dans la production, le développement du potentiel hydroélectrique national et une amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments publics.

 

(Lire aussi : Dix pour cent d’électricité photovoltaïque d’ici à 2020 ?)


L'autre volet majeur de réformes pour la Banque mondiale réside dans l'assainissement de ses finances. A cet égard, si elle estime que « les transferts publics à EDL seront sensiblement plus faibles compte tenu des prix actuels du pétrole » ; elle continue de plaider pour l'autonomisation gestionnaire et financière de la compagnie à travers un processus de « corporatisation » qu'elle a contribué à lancer avec le gouvernement en 2012 mais qui est depuis à l'arrêt. En attendant, le rapport plaide pour une hausse sensible des tarifs pratiqués par EDL, rappelant que ces derniers ont été fixés en 1996 sur la base du prix du baril de brut de 23 dollars. Selon un sondage cité dans le rapport, plus de la moitié des Libanais interrogés seraient prêts à payer le double de leur facture actuelle pour avoir du courant de façon continue.

 

 




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M.V.

Pire que cela...depuis 1990 combien de milliards d' USD d'aides multinationales l'EDL a reçu pour rénover ses unités de gestions/productions et de transport d'énergie et ou sont les résultats et le bilan 25 ans après ???!!!!...

George Sabat

04/05/2015
L’EDL et la Dette
J’ai beaucoup apprécié l’article de Pierre Sawaya sur le secteur de l’électricité qui met l’accent sur un des principaux anachronismes économiques et financiers de notre pays. Cependant, j’estime de mon devoir de soulever certaines remarques concernant certains chiffres et les pourcentages publies dans cet article.
Tout d’abord si les besoins sont de 3,165 MW et la fourniture de 2,019 MW ceci voudrait dire que 63.79% des besoins sont assures et non pas 34% comme indique dans l’article. Il semblerait qu’il y ait eu une erreur quelque part.
Assumer que le ratio dette/PIB aurait sérieusement diminue s’il n’y avait pas eu raison de transférer quelques deux milliards de dollars par an à EDL, est logique, quoique l’expérience nous ait malheureusement appris que, dans un tel cas, d’autres « dépenses »seraient intervenues pour « remplacer » l’EDL…..
D’autre part, pourquoi, depuis dix ans, les intérêts de la dette n’ont pas été régulièrement payes pour prévenir son effet boule de neige ?
Ceci ne veut pas dire, toutefois, que l’absence de construction des deux usines de génération prévues dans le Plan Bassil de 2009 ne soit pas la cause d’une bonne partie de nos déboires.
Une autre question majeure qui reste sous-entendue dans cet article serait : « Pourquoi les 2 usines n’ont pas été construites depuis cinq ans ? »

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET POURTANT... MAIS QU'EN EST-IL AUSSI DE NOS GISEMENTS PÉTROLIERS ET DE GAZ MARITIMES... Où EN EST-ON ? WALLA 3AYB ! 3AYB ! MAIS QUI COMPREND LE SENS DE CE MOT DANS CET ATOLL CRABIERS ???

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