Diaspora

Des combinaisons familiales compliquées et de la mixité

Les histoires des familles Abdel Massih, Zreik et Tarraf sont un exemple d'imbrication socioculturelle et religieuse, éparpillée aux quatre coins du monde, reflétant une facette de l'émigration libanaise dans le monde.

01/06/2015

Tout commence dans une ville de Colombie, où Ibrahim Zreik, l'un des employés préférés d'un riche commerçant de la famille Abdel Massih du Akkar, vient lui demander la main de sa fille, Sara. Conscient des qualités d'Ibrahim, son patron acquiesce mais lui demande de ne pas dévoiler sa religion et de se marier à l'église. Ibrahim, de confession musulmane chiite, n'hésite pas à accepter, et le voilà fondant, avec Sara, une famille chrétienne de quatre garçons et cinq filles : Luis, Servando, Abrancito et Georges, et Orita, Sarita, Nadimé, Alice et Adèle.
De nombreuses années plus tard, Ibrahim rentre au Liban avec sa femme Sara pour lui faire visiter son village et sa famille d'origine. Elle se retrouve à Debbine, près de Marjeyoun, et se rend compte que toute la famille de son mari est musulmane. Elle prend la chose dans la bonne humeur, et devient très populaire car elle servait dans l'humanitaire et apportait une aide médicale aux femmes. Mais lorsque l'une de ses filles, Nadimé, demande à se marier avec un prétendant local, Sadek Tarraf, elle lui pose comme condition : « Tu vas baptiser tous tes enfants. »
Nadimé a eu six garçons et trois filles, dont Hajj Mikhaïl Samir Tarraf. Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, le rencontra à l'ambassade du Liban à Dakar lors d'un récent voyage au Sénégal. Amusé par son histoire familiale, il l'a invité à participer à la conférence sur les émigrés libanais qui s'est tenue à Beyrouth il y a dix jours. C'est son cousin Abdel Amir Tarraf, ou Abou Carlos, un grand ami du Brésil très influent dans la ville de Foz de Iguaçu, qui m'a fait faire sa connaissance. Il ne l'avait plus vu depuis quarante ans ! Leurs pères respectifs, Sadek et Youssef, sont pourtant frères, mais l'éloignement est compréhensible dans le cas des familles nombreuses, obligées de s'éparpiller dans tous les continents pour se forger une place honorable dans la société.
Samir Tarraf a profité de ce voyage pour revoir sa sœur Leila et sa famille, ainsi que sa maman Nadimé, aujourd'hui âgée de 99 ans, mais toujours en pleine forme. Elle a habité un an avec sa fille à Tyr, et vient de repartir avec son fils pour la ville de Mbour à Dakar au Sénégal, où elle a toujours vécu.
Chacun des frères et sœurs de Nadimé a bien sûr sa propre histoire, pouvant servir d'exemple à de nombreux cas de mixité. Deux des sœurs, Alice et Adèle, ont épousé deux frères, cousins de son mari, Abdel-Hassan et Ahmad. Alice a eu plusieurs enfants, mais a tenu à baptiser le dernier. Elles ont vécu entre la Sierre Leone et le Liban. Leur frère Georges a épousé une femme de Nabatiyé, avec laquelle il a eu Hassan et Hussein, ainsi que deux filles. Abrancito a vécu au Liban mais ses enfants sont partis pour la Côte d'Ivoire, où vivait leur oncle Servando et ses enfants, dont Carlos, un médecin renommé.
Si la famille Zreik est championne de la mixité religieuse, la famille Tarraf (à l'origine Caracalla, de Baalbeck) n'est pas en reste, mais cela nécessite un chapitre à part. En voici un petit aperçu, à travers les enfants de Nadimé : le mari de l'une des filles, Georgette, est de la famille Rebeiz d'Achrafieh ; le mari de Souad est de la famille Haïdar, cette dernière vit comme ses frères Samir et Adel à Dakar où elle a fondé une école ; Leila, dont le mari est de la famille Moussa Ahmad de Hariss, vit au Liban ; trois des garçons, Nassim, Fawzi et Johnny Riad, sont établis à Calgary, au Canada ; Saleh vit dans le Minnesota aux États-Unis avec son épouse américaine et leurs enfants, et il est devenu pasteur protestant après avoir pris sa retraite.
Et les combinaisons religieuses se multiplient avec la prolifération d'enfants de tous bords dont ceux descendant des familles Zreik et Tarraf. Lors d'un voyage en novembre 2012 au Brésil, je rencontrai pour la première fois à Foz de Iguaçu Abdel Amir Tarraf, venu accueillir la délégation du ministre du Tourisme Fadi Abboud. Je lui demandai aussitôt s'il connaissait Amal Tarraf, fille d'Adèle et mariée à Akram Saïdi de Tyr. Il sursauta, me disant que c'était sa cousine. Tout content, je lui répondis que sa fille Hiba, rencontrée il y a vingt ans à Paris lors d'une grande soirée libanaise, est devenue mon épouse.

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