Le groupe de heavy metal irakien Acrassicauda. DON EMMERT/AFP
Pour un groupe de réfugiés irakiens établis à New York, le heavy métal est une manière de faire entendre sa voix et de crier sa rage... sans violence.
Acrassicauda était l'un des principaux groupes de la scène métal de Bagdad quand beaucoup de restrictions sociales ont disparu après l'invasion américaine de 2003. Le groupe disposait d'un public jeune confronté à des maux et à une colère autrement plus intenses que l'habituel public des groupes de hard rock des pays occidentaux.
"On ne voulait pas avoir des armes et tirer sur des gens. La violence n'a jamais été une solution", dit Marwan Hussein, bassiste et parolier du groupe. A la place, le hard rock a constitué "une manière à la fois passive et agressive de faire entendre notre voix", ajoute-t-il.
Mais les quatre musiciens ont dû fuir l'Irak après que la cave où ils répétaient a été bombardée. Cela a pris du temps, mais le groupe a enfin pu sortir son premier album studio complet en avril, "Gilgamesh", 15 ans après ses débuts.
Pour le chanteur Faisal Mustafa, blouson de cuir et bouc poivre et sel, le heavy metal a été "thérapeutique": on peut exprimer ses sentiments de rage, mais d'une manière socialement acceptable. "Vous pouvez les exprimer par la musique, à travers votre âme, et une fois que vous libérez cette rage sur la scène, vous montrez qui vous êtes, mais on vous reconnaîtra comme un artiste", explique-t-il.
On retrouve dans "Gilgamesh" les influences de Metallica, Slayer ou Testament, groupe dont le guitariste Alex Skolnick a coproduit ce premier album.
Les membres d'Acrassicauda, un ancien mot latin qui désigne un scorpion noir d'Irak, insistent sur le fait que leur musique parle d'elle-même et refusent de donner leur opinion sur ce qui se passe en Irak.
"Nous avons toujours dit que nous ne voulions pas être un groupe politique, et encore, c'est un euphémisme, parce que je ne dirais pas que la politique a ruiné nos vies, mais elle a ruiné les vies de beaucoup de gens", reprend Marwan Hussein.
"La même passion"
Acrassicauda a fui l'Irak en 2006, ses membres constamment menacés par les membres les plus radicaux du régime, qui les accusaient de satanisme ou, au moins, de diffuser des valeurs dégénérées de l'Occident.
Mais les musiciens se considèrent chanceux: ils n'ont pas été blessés dans l'attaque de leur local. Ils ont fui d'abord vers la Syrie, puis en Turquie, avant d'arriver aux Etats-Unis en 2009.
Les membres du groupe sont suivis par une base d'inconditionnels dans le monde arabe et sont même parfois reconnus dans les aéroports. Mais la niche dans laquelle ils évoluent ne leur permet toutefois pas de pouvoir vivre de leur musique.
"Les opportunités sont là mais vous devez travailler plus fort que vous ne l'auriez jamais imaginé. On a tous bossé dans des restaurants, fait toutes sortes de petits boulots, parce qu'on voulait jouer de la musique", résumé Moe Al Hamawandi, guitariste à l'imposante tignasse.
"Ceux qui ne vivent pas aux Etats-Unis pensent que c'est facile la vie ici, que vous gagnez des paquets d'argent et que vous avez une vie incroyable et une super maison... Mais quand vous arrivez ici, la réalité est bien différente", ajoute-t-il.
Pour sortir son album, qu'on peut se procurer sur leur site internet, les hard rockers ont donc dû faire appel au site de financement participatif Kickstarter, pour enfin pouvoir enregistrer leurs chansons écrites depuis longtemps.
"On ne rajeunit pas mais on a toujours la même passion qu'il y a 15 ans", sourit Faisal Mustafa.
Et si le groupe ne veut pas parler politique, les cinq membres ne rêvent que d'une chose, pouvoir retourner jouer en Irak: "ça a pris 15 ans au groupe pour sortir un album, ça prendra peut-être encore 15 ans pour retourner en Irak... Je pense que toute l'histoire de ce groupe est à propos de rêves à long terme. Il y a toujours de la lumière à la fin du tunnel", conclut Marwan Hussein.
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04 h 48, le 24 mai 2015