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Économie

Les start-up libanaises à la conquête de la grosse pomme

Économie numérique

Entrepreneurs et investisseurs libanais et internationaux se sont retrouvés pour la première fois à New York le 21 mai, lors d'une conférence destinée à tisser des liens entre les acteurs des deux pays.

23/05/2015

Plus de 200 participants se sont réunis jeudi à l'hôtel Plaza de New York pour Start Up Lebanon, la première conférence dédiée aux start-up libanaises organisée dans la ville américaine.
Jeunes et moins jeunes, entrepreneurs et bailleurs de fonds, Libanais et Américains, se sont joyeusement mélangés pour échanger leurs expériences sous la directive du maître de cérémonie Paul Papadimitriou, qui a presque réussi à faire respecter les horaires américains à une foule souvent encline à prolonger les apartés. « Je voulais partager mon expérience avec des entrepreneurs de la même nationalité et qui ont à relever les mêmes défis », témoigne Karim Atiyeh, qui a cofondé à New York Paribus, une plate-forme de garantie des prix des achats en ligne.
« L'objectif de Start Up Lebanon est de capitaliser sur le succès rencontré lors de la conférence BDL Accelerate organisée en novembre dernier pour accroître la visibilité internationale de la scène technologique libanaise et l'exporter aux États-Unis », explique Samer Karam, président de Startup Megaphone, coorganisateur de l'évènement avec la Chambre libano-américaine de commerce (AmCham). Startup Megaphone est une organisation chargée par la Banque du Liban (BDL) de promouvoir « l'économie de la connaissance » libanaise, dans le cadre de sa circulaire 331 qui permet aux banques libanaises d'investir dans le capital de sociétés œuvrant dans ce secteur, en garantissant à 75 % les montants des engagements. Potentiellement ce sont plus de 400 millions de dollars qui peuvent ainsi être injectés dans des start-up ou sociétés libanaises qui peinaient jusque-là à réunir les fonds nécessaires à leur croissance. À ce jour, huit sociétés libanaises ont déjà levé, directement ou par l'entremise de fonds d'investissement, plusieurs millions de dollars auprès des banques libanaises.

 

(Lire aussi : Leap Ventures, un nouveau fonds de 71 millions de dollars pour les sociétés technologiques)

 

Ressources et savoir-faire
Pour autant, les entrepreneurs libanais ont conscience qu'ils doivent se développer à l'international pour grandir, le marché local étant trop petit. Et pour cela, ils ont besoin de capitaux étrangers. La billetterie en ligne Presella – qui a été la première à bénéficier de la circulaire 331 – et la plate-forme de questions santé e-Tobb cherchent toutes deux à lever deux millions de dollars dans cet objectif. Mais, à l'instar de Brate, une plate-forme libanaise d'analyse des tendances en ligne, beaucoup sont surtout à la recherche d'un savoir-faire et de ressources qui faciliteront leur accès à de nouveaux marchés dont ils ne connaissent pas bien les rouages. Un constat partagé par Mike Prasad de VentureLab Growth Partners, un fonds d'investissement américain : « Le capital n'est pas le soutien le plus important que l'on peut leur apporter. » Expertise juridique, réseau local, expérience dans la gestion entrepreneuriale et financière... Autant d'ingrédients qui font parfois défaut aux jeunes pousses libanaises.
Elles suscitent pourtant un véritable intérêt de la part des fonds d'investissements spécialisés dans les marchés émergents, notamment en raison du niveau élevé d'éducation de leurs ressources humaines. Reste qu'il existe un réel choc culturel entre les deux mondes. Ayah Bdeir, qui a fondé LittleBits aux États-Unis, insiste par exemple sur la nécessité pour les Libanais d'aller plus en profondeur dans leurs démarches. Parker Thompson, partenaire de l'accélérateur américain 500 start-up, abonde en ce sens et raconte qu'une grande partie de son travail avec les entrepreneurs arabes est de les aider à sortir des contraintes imposées par une culture régionale généralement averse au risque en renouant avec leurs idées les plus folles.


(Lire aussi : Berytech Fund II : plus de 50 millions de dollars pour les start-up technologiques)

 

Tomber amoureux
Cette attitude prudente a été parfaitement illustrée lors d'un échange animé entre Henri Asseily, cofondateur du fonds d'investissement libanais Leap Ventures, et Rabih Khoury, le président de l'investisseur en capital-risque MEVP. Ce dernier, un financier de formation, affiche d'emblée son objectif de rentabiliser son investissement dans les start-up de la manière la plus rapide et efficace possible. Le premier, lui-même un entrepreneur, milite pour d'avantage de prises de risques. Un sens en lequel semblent abonder les participants de la conférence. « Nous investissons dans un modèle où la moitié de nos entreprises ne vont pas réussir », rappelle Thompson. Les critères qui les poussent à investir dans une start-up ou une autre ? Moins rationnels qu'on pourrait le penser au premier abord : « J'ai besoin de tomber amoureux de la personne et de l'idée », affirme Keith Teare, de l'incubateur américain Archimede Labs. « Un investissement dans une start-up est similaire à un mariage », confirme Michael Lints, de Golden Gate Ventures.
« La conférence est un bon début. Le Liban a besoin d'une bonne presse à l'étranger pour que les fonds de capital-risque américains investissent dans les start-up libanaises. Nous avons besoin d'eux pour espérer réaliser des "exit" intéressants, vu qu'il n'y a pas de réelles possibilités d'entrée en Bourse au Liban », conclut Rabih Nassar, fondateur de Script et ElementN.
Startup Megaphone prévoit de répliquer l'expérience dans d'autres villes des États-Unis et du monde, et prépare déjà la prochaine édition du BDL Accelerate au Liban.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BONNE INITIATIVE !

Badih Saikali

Excellente initiative de la part des organisateurs. Bravo a tous ceux qui ont participé, aidé, et voyagé jusqu'à New York pour montrer cet autre visage du Liban, celui dont on ambitionne tous de reconquérir grace à notre esprit entrepreneurial. Nous y arriverons pour sur.

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