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Liban

Le mariage civil, un « droit fondamental »

Ils sont venus peu nombreux, mais de tout le pays. À l'appel de l'association Chaml (Jeunes citoyens libanais non sectaires et non violents), une cinquantaine de femmes, hommes et enfants s'est rendue vendredi place des Martyrs, au centre de Beyrouth, pour lancer un appel au Parlement. Œillet au col ou à la main, en signe d'amour, ils appelaient les députés à approuver une loi libanaise sur le statut personnel. Cette législation définirait les statuts individuels et familiaux tels que le mariage, la famille, les enfants, l'adoption, l'héritage... « C'est un droit fondamental, qui existe au Liban depuis 79 ans, mais qui n'est régulé par aucune loi. Du coup, les différentes communautés religieuses se le sont appropriées. Mais le mariage est un droit humain basique qui dépend de la volonté propre de chacun », martèle Mazen Abou Hamdan, responsable de l'association Chaml.

Chypre, « paradis » du mariage civil
En l'absence de loi reconnaissant le mariage civil, il est très compliqué pour les Libanais de contracter un mariage avec une personne d'une autre religion ou d'une autre communauté. Ainsi, beaucoup choisissent de s'unir à l'étranger. « Nous avons dû faire un aller-retour à Chypre dans la journée pour nous dire « oui » dans une autre langue, face à un juge étranger, en l'absence de notre famille qui n'a pas pu venir à cause du prix. C'était dur, mais c'est le seul moyen. Je ne veux pas appartenir à une religion, mais à un pays », lance Sandy Mteirek, qui n'est plus reconnue comme musulmane par sa communauté depuis qu'elle a épousé un chrétien. En retrait, Diana Assaf hoche la tête. Mariée elle aussi à Chypre il y a six mois, elle s'impatiente pour les générations futures. « C'est une honte de légaliser une loi étrangère en reconnaissant les mariages civils contractés hors du sol libanais, et d'être incapable d'avoir notre propre loi », affirme-t-elle.

Problèmes d'héritage
L'inexistence d'une loi sur le statut personnel entraîne aussi des problèmes au niveau de l'héritage.
« J'ai dû faire des pieds et des mains au niveau administratif pour que ma fille puisse hériter de mon appartement, car en tant que musulmane, elle ne peut pas hériter de moi. J'ai donc éliminé ma religion de mon état civil, même si je reste croyante », confie Zoubeida el-Hage, en montrant sa fille Nour. La prépondérance du confessionnalisme dans la politique libanaise est largement pointée du doigt. Pour les militants, le problème lié au statut personnel reflète quelque chose de plus global : « La situation était meilleure avant 1975. Maintenant, les gens ont peur des autres religions, notamment à cause des intégrismes qui agitent la région. La peur les pousse à se renfermer sur leur propre communauté religieuse, et les leaders en profitent largement », déplore Hala Abou Ali, organisatrice de l'événement. « Vous allez voir que pour élire le président, il va falloir aller à Chypre aussi ! » plaisante Yvonne Falhat, venue de la Békaa. Née en 1939, elle a pu assister à différentes évolutions de la société libanaise, et reste pessimiste : « Ça n'évoluera pas si le peuple ne prend pas les choses en main. Ils (les députés libanais, NDLR) ne nous feront pas de cadeau. »
Le jour s'essoufflant, la plupart des militants se dispersent, avec leurs rêves et leurs slogans. Pour eux, le combat pour l'osmose communautaire et la cohésion sociale ne fait que commencer. Et ils savent que ce sera un travail de longue haleine.


Ils sont venus peu nombreux, mais de tout le pays. À l'appel de l'association Chaml (Jeunes citoyens libanais non sectaires et non violents), une cinquantaine de femmes, hommes et enfants s'est rendue vendredi place des Martyrs, au centre de Beyrouth, pour lancer un appel au Parlement. Œillet au col ou à la main, en signe d'amour, ils appelaient les députés à approuver une loi libanaise...

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