Liban

Pour les assyriens, le Liban est la dernière étape de leur périple avant de quitter le Moyen-Orient

La guerre en Syrie, l'occupation par l'État islamique du nord-est de l'Irak et l'exode de centaines de milliers de chrétiens vers le Kurdistan et divers pays d'accueil, dont le Liban, ont exacerbé le sentiment nationaliste des assyriens, l'une des plus vieilles communautés chrétiennes au Moyen-Orient.

03/04/2015

Au Liban, deux associations tentent tant bien que mal de faire entendre la voix des assyriens, la Ligue assyrienne sociale, présidée par Rowell Rowell, et le Mouvement patriotique assyrien, présidé par Ashour Giwargis. Les deux hommes craignent que les derniers développements marquent la fin de cette communauté au Moyen-Orient.

« Tous ceux qui quittent la Syrie et l'Irak pour arriver au Liban partiront inévitablement vers l'Europe, les États-Unis et l'Australie », souligne M. Giwargis.
M. Rowell, de son côté, indique que « les assyriens qui quittent leur pays d'origine s'adaptent très facilement aux pays hôtes ». « Ils s'intégrent rapidement dans les communautés d'accueil, précise-t-il. Cela est visible même au Liban. » Il explique dans ce cadre que les 5 000 assyriens libanais sont originaires pour la plupart des villages syriens du Khabour. Ils sont arrivés au Liban durant les années cinquante.
Les assyriens libanais n'ont pas d'évêque au Liban. « Notre évêque est aussi chargé de l'Australie et il siège là-bas, souligne M. Rowell. C'est donc un archimandrite qui est présent à Beyrouth. Et cela nous donne moins de poids vis-à-vis des autres communautés chrétiennes dans le pays. »

 

(Lire aussi : Le calvaire des exilés chrétiens du Khabour au Liban)


Le patriarche assyrien, responsable de toute la communauté dans le monde et qui est décédé la semaine dernière, ne siège plus au Moyen-Orient depuis les massacres de Simele en 1933, en Irak (qui avaient ciblé des assyriens dans divers villages de Dohuk et de Ninive) mais à Chicago, aux États-Unis, où la communauté est bien implantée.
« Les assyriens, riches d'une culture vieille de 6 000 ans, et connus pour avoir été de grands guerriers, sont devenus pacifistes avec le christianisme », disent certains.
M. Rowell l'explique d'une façon différente : « Nous n'avons jamais eu des partis politiques importants, à l'instar du Tachnag arménien qui a fait du génocide sa bataille. Or syriaques et assyriens ont été massacrés également en 1915 par les Turcs (massacres de Seyfo), et ce n'est qu'actuellement que l'on en parle vraiment. Durant 2 000 ans, nous avons préféré suivre l'Église au lieu de mettre en place des partis politiques. »

C'est donc avec le récent exode du Khabour syrien, et celui de l'Irak, qui a commencé en 2003 pour atteindre son paroxysme l'été dernier avec l'occupation par le groupe État islamique de la plaine de Ninive et de Mossoul, que le nationalisme assyrien a commencé à se réveiller.
« Actuellement, nombre d'assyriens, de syriaques et de chaldéens se réclament de la même communauté qui est la plus vieille d'Orient, malgré les divisions qui ont eu lieu... En fait, ces trois communautés ont la même histoire et culture. C'est une même nation », souligne de son côté M. Girwagis.

 

(Lire aussi : Le Liban, un pays de passage pour les syriaques et les assyriens de Hassaké)


Aujourd'hui, les requêtes de ces trois communautés, surtout parce qu'elles ont été chassées d'Irak, sont les mêmes : mettre en place des zones sécurisées en Irak, que ce soit à Ninive où à Dohuk.
Les deux responsables assyriens notent dans ce cadre que Dohuk est originairement assyrienne et non kurde. « Au siècle dernier, des Kurdes ont massacré des assyriens à Dohuk. La terre est la nôtre. De plus, ils parlent aujourd'hui de chrétiens kurdes. C'est une aberration. Nous sommes des assyriens et nous n'avons jamais été Kurdes », lance, un brin de colère dans la voix, M. Girwagis, accusant les États-Unis d'être responsables du chaos au Moyen-Orient.
M. Rowell note de son côté que « les assyriens auraient pu, dès 2003, avoir à l'instar des Kurdes un territoire autonome en Irak ». « Un plan pour la mise en place d'une province autonome à Ninive existait mais ce sont les quelques députés assyriens au Parlement irakien qui n'ont pas vraiment suivi l'affaire », accuse-t-il.

 

(Reportage : Rémy et Novart, assyriens des villages de Hassaké, racontent l'enfer)


Les deux responsables, tout comme les membres de la communauté, parlent avec hargne des Kurdes, qui avaient pris part aux massacres de Seyfo et de Simele. Ils évoquent aussi les maisons assyriennes récemment occupées et pillées par les Kurdes dans les villages du Khabour syrien.
Ni l'histoire ni le présent ne servent à apaiser les tensions...

MM. Rowell et Girwagis œuvrent avec le peu de moyens dont ils disposent à préserver les assyriens au Moyen-Orient. Le premier en encourageant les membres de sa communauté qui arrivent au Liban à rester sur place en attendant que la situation se calme en Irak et en Syrie et le second en se rendant en Russie et en Europe pour exposer le problème de la communauté afin d'encourager ses membres à rester sur place au lieu de les pousser à l'émigration.
Les deux responsables sont bien conscients que leur tâche est sur ce plan particulièrement difficile.

 

Lire aussi
La misère discrète des assyriens du Khabour réfugiés au Liban

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