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Santé

Chez les fumeurs de narguilé, le taux de monoxyde de carbone explose

Cinq questions à...

Mirna Waked, présidente de la Société libanaise de pneumologie, concernant l'étude sur les effets du narguilé présentée récemment à Abou Dhabi dans le cadre de la conférence mondiale « Le tabac ou la santé » (voir par ailleurs), dont les travaux ont été conclus samedi.

Nada MERHI | OLJ
24/03/2015

Que sait-on vraiment du narguilé par rapport à la cigarette ?
Sur le plan international, les effets du narguilé sont nettement moins étudiés que ceux de la cigarette. Il n'existe pas, à ce jour, d'études qui permettent vraiment de comparer le contenu de la fumée du narguilé à celle des cigarettes. Les études effectuées dans ce sens sont, dans leur majorité, expérimentales. Rares sont celles menées en temps réel.
Au Liban toutefois, les Drs Zeina Aoun, présidente du comité de lutte antitabac de la Société libanaise de pneumologie, Pascale Salamé, pharmacienne épidémiologiste, chercheur et professeure des universités, et moi-même avons mené des études sur le narguilé. Publiées dans quatre journaux médicaux, Inhalation Toxicology, Nicotine and Tobacco Research, Eastern Mediterranean Health Journal et Women and Health, elles ont porté sur l'épidémiologie du narguilé au Liban, sur les fumeurs eux-mêmes et sur le taux de dépendance au narguilé (Lebanese Score for Dependance to Waterpipe).

Quels étaient les résultats ?
L'étude épidémiologique a montré que 57 % des personnes interrogées étaient des fumeurs : 19 % fument la cigarette, 17 % le narguilé et 20 % sont des fumeurs mixtes. En ce qui concerne la moyenne d'âge des fumeurs de narguilé, elle se situe autour de 35 ans, sachant que la majorité d'entre eux ont fumé leur premier narguilé à l'âge de 16 ans. Une personne interviewée a même confié avoir commencé à l'âge de 10 ans.
Selon cette étude également, les fumeurs de narguilé en consomment en moyenne un par jour, la majorité d'entre eux étant des universitaires. Près de 53 % d'entre eux fument le narguilé pour le plaisir, 25 % pour la convivialité et 11 % par habitude.
La deuxième étude a été effectuée en temps réel sur les fumeurs de narguilé et de cigarettes réunis dans un café. Un fumeur régulier de narguilé est tout individu qui en consomme au moins un par semaine. Nous avons mesuré le taux de monoxyde de carbone (CO) dans le sang et le taux de nicotine contenu dans l'exhalation des personnes en début et en fin de soirée.
Nous avons obtenu, en fin de soirée, le même taux de nicotine dans l'exhalation des fumeurs de cigarettes et de narguilé. Cela signifie que la nicotine du narguilé n'est pas assez filtrée dans l'eau comme on le pense. Chez les fumeurs de cigarettes, le taux de CO avait augmenté de 60 %, une heure après la consommation. Chez les fumeurs de narguilé, il avait augmenté de 300 %. Quant aux non-fumeurs, ils affichaient un taux de CO élevé, égal à celui trouvé dans l'environnement enfumé. Cela démontre l'effet polluant du narguilé.
La troisième étude, plus technique, a permis de construire et de valider pour la première fois le taux libanais de dépendance au narguilé. L'étude a montré que les femmes étaient plus dépendantes que les hommes au narguilé ; 51,6 % contre 35,9 %. Selon l'étude, elles sont plus nombreuses à le fumer soit pour décompresser, soit pour le plaisir. La dépendance au narguilé commence ainsi à émerger comme un facteur essentiel de sa nocivité.

Les arômes utilisés sont-ils nocifs ?
Généralement, le tabac utilisé dans le narguilé est à l'état pur. Or dans nos sociétés, le tabac miellé est le plus consommé. Celui-ci est très nocif parce que lorsque le sucre brûle, il dégage une grande quantité de monoxyde de carbone.

Quels sont les effets du narguilé sur la santé ?
Il faut savoir que le narguilé est tout aussi nocif que la cigarette. Les études le prouvent. Les personnes qui ont développé une dépendance au narguilé ont des risques similaires à ceux des fumeurs de cigarettes de souffrir d'une bronchite chronique ou d'une bronchite pulmonaire chronique obstructive (BPCO), une maladie liée dans plus de 85 % des cas au tabagisme. C'est une maladie qui se développe lentement. Elle est caractérisée par une obstruction permanente et progressive des voies aériennes qui se rétrécissent. Dans un premier temps, elle se manifeste par un essoufflement lors de grands efforts. Avec la progression de la maladie, l'essoufflement s'aggrave et le patient le ressent au moindre effort, aussi banal soit-il, comme le fait de s'habiller. Au Liban, quelque 10 % des personnes âgées de plus de 40 ans présentent une BPCO, selon une étude que nous avons menée sur 2 201 personnes.
Selon d'autres études, le narguilé, tout comme le tabac, serait aussi responsable de certaines formes de cancer, notamment celui du poumon, mais aussi de tuberculose.

À votre avis, quelles mesures doivent être prises ?
Il faut commencer par valider le taux libanais de dépendance au narguilé, ce qui permet d'avoir des niveaux de dépendance corrélée au nombre de pipes à eau consommées et les relier aux effets sur la santé.
Il est important de comprendre que le narguilé est un polluant atmosphérique plus puissant que la cigarette. Sur le plan médical, les études ont montré qu'il avait un effet consistant sur la santé respiratoire. Par conséquent, les praticiens doivent être vigilants et faire figurer la consommation de la cigarette et du narguilé dans l'interrogatoire de tout patient.
Par ailleurs, les autorités concernées doivent prendre conscience du problème de santé publique que pose le tabagisme et prendre des mesures en conséquence, à commencer par une application stricte de la loi.

 

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