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Liban

Lutte antitabac : coup d’envoi des ateliers de travail sur la « justice et la loi 174 »

OLJ
13/11/2014

Un simple tour dans les pubs, cafés et restaurants, principalement ceux qui offrent la cuisine libanaise et le narguilé, permet de constater que la loi 174 pour la lutte antitabac est loin d'être appliquée. « De quelle loi parlez-vous ? Après tout, vous êtes au Liban ! Ici rien ne marche », rétorque-t-on systématiquement aux clients dérangés par la fumée du tabac.
Et pourtant, la nécessité d'une application rigoureuse de ladite loi ne s'est jamais fait autant ressentir, le Liban comptant le taux le plus élevé de fumeurs dans la région. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en fait, près de 45 % des hommes et 35 % des femmes âgés de plus de 18 ans fument contre 38 % des hommes et 7 % des femmes dans la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord).
Conscients de cette réalité et vu l'application inégale de la loi, les ministres de la Justice et de la Santé, respectivement Achraf Rifi et Waël Bou Faour, ont donné hier le coup d'envoi d'une série d'ateliers de travail, destinés aux magistrats, sur le rôle de la justice dans l'explication et l'application de la loi. Ceux-ci sont organisés par le Programme national de lutte antitabac, en collaboration avec le bureau de l'OMS du Liban.
« Malgré toute la controverse dont elle a fait l'objet, la loi 174 est sans doute une loi pionnière et moderne au Liban », affirme d'emblée le directeur du Programme national de lutte antitabac, Fadi Snan, qui met l'accent en outre sur l'application inégale de cette loi. Une étude menée l'an dernier par le Programme montre ainsi que celle-ci est appliquée à 100 % dans les centres médico-sociaux et les salles de cinéma, ainsi que d'un point de vue promotionnel, tout genre de publicité sur les produits tabagiques ayant été banni. Selon l'étude également, la loi est appliquée à 90 % dans les universités et centres commerciaux, à 88 % dans les hôpitaux et les franchises, à 84 % dans les écoles et les hôtels, et à 43 % dans les restaurants de cuisine libanaise.
Mais ce qui est « grave » et « inquiétant », c'est le taux de fumeurs parmi les enfants âgés de 13 à 15 ans, note M. Snan. Selon l'étude, 38,4 % d'entre eux fument : 17,7 % des garçons et 6 % des filles fument la cigarette et 39,3 % des garçons et 31 % des filles consomment le narguilé.
« Or il a été démontré que le tabagisme à cet âge constitue un environnement propice à la drogue », indique M. Snan, qui affirme que le programme, en collaboration avec le comité national de lutte antitabac, œuvre à sensibiliser l'opinion publique, notamment les enfants et les jeunes, aux méfaits du tabagisme. « Nous œuvrons à créer un environnement favorable à l'application de la loi, comme à assurer le soutien et la formation nécessaires aux services judiciaires aux ministères de la Santé, de l'Économie et du Commerce, et du Tourisme », note-t-il. Il insiste en outre sur le fait que tous les efforts déployés dans ce sens « ne serviront à rien si la taxe sur le tabac n'est pas considérablement élevée ». Et de préciser que le programme lancera dans un avenir proche « une stratégie nationale » pour la mise en place de centres de tabacologie dans les hôpitaux gouvernementaux. Il a enfin signalé que les mises en garde visuelles seront apposées sur les paquets de cigarettes.

Un décès toutes les six secondes
De son côté, le Dr Elissar Radi, représentant la directrice de l'OMS au Liban, a fait remarquer que le tabac est à l'origine de 6 millions de décès par an dans le monde. « Chaque six secondes, une personne décède des suites du tabagisme », insiste-t-elle, faisant remarquer qu'au Liban 150 000 enfants et adolescents, et 350 000 adultes « aujourd'hui en vie succomberont à des maladies liées au tabagisme actif et passif, si aucune action n'est entreprise pour renforcer les politiques de lutte antitabac et les mesures d'application de la loi ». Et le Dr Radi d'appeler les autorités concernées, au nom de l'OMS, à mettre en œuvre tous les moyens pour « une application effective de la loi 174 ».
M. Rifi a pour sa part réitéré l'engagement de son ministère à faire appliquer la loi, prenant ainsi le contre-pied de tous ceux qui « ont pensé que ce texte est tombé à l'eau, en raison des lacunes observées au niveau de son application ». « Le laxisme » observé dans l'application des lois au Liban est certes inquiétant et porte atteinte au prestige de l'État », constate-t-il, ajoutant que « la santé publique prime sur tous les intérêts économiques » et que le tourisme dans ses « dimensions culturelle et civile » ne peut être conçu que dans « un environnement sain ».
Le ministre de la Santé a, quant à lui, noté qu'un « amendement de la loi serait probablement nécessaire, pour une application effective de la loi ». « Je suis favorable à cette proposition pour créer des zones fumeurs dans les restaurants », a-t-il déclaré, soulignant que « cela ne veut pas dire pour autant que la loi ne sera pas entre-temps appliquée ». Bien au contraire, d'autant que « plus de 3 500 personnes meurent chaque année au Liban de maladies liées au tabagisme actif et passif ».
La proposition de M. Bou Faour a suscité l'indignation de la société civile qui œuvre pour une application effective de la loi, et qui s'est dit « catégoriquement opposée à tout amendement de la loi 174 ». « Il a été prouvé que la division des espaces publics en zones fumeurs et non-fumeurs est inefficace, surtout au niveau de la sensibilisation », explique à L'Orient-Le Jour Rima Khalil, de la société civile. « Seule une loi ferme peut mener à un changement de comportement », poursuit-elle, notant qu'une telle démarche est susceptible de faire saboter la loi, « toute entreprise pouvant trouver un prétexte pour créer un espace fumeurs ».

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