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Liban - Interview

Bernard Cerquiglini : L’AUF se bat en faveur du plurilinguisme

À l'occasion du mois de la francophonie, le recteur de l'Agence universitaire de la francophonie, Bernard Cerquiglini, et le directeur du bureau du Moyen-Orient, Hervé Sabourin, se penchent sur le concept de la Francophonie. Ils font également part à « L'Orient-Le Jour » des défis que doivent encore relever la langue française et l'AUF.

Bernard Cerquiglini prononçant son discours au cours de la cérémonie marquant le coup d’envoi du Mois de la francophonie au Liban.

« Ce qui est formidable au Liban, c'est qu'on célèbre une année de la Francophonie tous les ans. » Le recteur de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), Bernard Cerquiglini, ne cache pas son admiration pour la valorisation de la francophonie dans le pays du Cèdre. En visite récemment à Beyrouth pour le coup d'envoi du mois de la francophonie qui se poursuivra tout au long de mars, il explique que « le Liban est la plus belle preuve que l'essor du français n'est pas uniquement lié à la colonisation ». « La francophonie libanaise provient des écoles, des échanges et des intellectuels. Elle tient beaucoup plus à Renan qu'aux militaires », insiste-t-il dans une interview accordée à L'Orient-Le Jour.

« Le Liban, la France et plusieurs pays francophones ont en commun cet amour de la culture et votre ministre de la Culture (Rony Araiji, NDLR) le défend bien », précise encore M. Cerquiglini. Parce qu'au-delà du simple fait de « parler français », la francophonie est surtout « un ensemble de valeurs intellectuelles, culturelles, humaines et sociétales », signale de son côté le directeur régional du bureau du Moyen-Orient de l'AUF, Hervé Sabourin. « C'est la raison pour laquelle d'ailleurs la francophonie est fortement présente dans de nombreux pays de la région, poursuit-il. En tant que directeur de l'AUF, je suis accueilli dans des universités qui n'ont pas le français comme langue majeure, parce que nous leur apportons du savoir et du savoir-faire, deux caractères très spécifiques au monde francophone. Ce sont ces valeurs que nous avons en partage qui font que la francophonie est appréciée dans un monde qui est porté vers le monde anglo-saxon. »

Renforcer les échanges
L'une des plus grandes associations d'universités dans le monde, avec 804 établissements membres dans 102 pays, « du Brésil à la Chine », l'AUF « a d'abord comme mission celle de tisser des liens et de renforcer les échanges, ce qui est essentiel pour la science », indique M. Cerquiglini. « L'AUF agit de manière à renforcer la présence d'une communauté scientifique de langue française, puisque nous tenons beaucoup au plurilinguisme du monde, y compris celui de la science, ajoute-t-il. Ces échanges doivent toutefois être le plus possible à parité, puisque chaque université a une place particulière dans la communauté scientifique. Or, certains établissements ont des besoins. Il est de notre devoir donc de les aider à atteindre les standards internationaux, d'où l'aide au développement accordé aux universités. Nous sommes convaincus que l'enseignement supérieur est un levier du développement. »

Cette mission d'accompagnement aux universités, l'AUF la mène haut la main dans le pays du Cèdre, depuis plus de vingt ans. Le Liban compte dix-huit établissements affiliés à l'AUF sur un ensemble de cinquante-cinq répartis sur treize pays de la région. « Nous menons également une action en faveur de la recherche universitaire, comme nous aidons ces établissements à améliorer leur système de gouvernance, explique M. Sabourin. Notre mission consiste aussi à valoriser tout ce qui est associatif et à promouvoir les valeurs culturelles. » Comme c'est le cas, à titre d'exemple, du prix littéraire « Choix de l'Orient », organisé par l'AUF en partenariat avec l'ambassade de France. Ce prix a pour particularité de « promouvoir la littérature francophone » en impliquant à la fois les étudiants, puisqu'ils « forment le jury », et « les professeurs d'universités qui aident leurs étudiants dans le choix de leurs livres ». Il s'adresse également au grand public, le prix étant présenté au cours du Salon du livre francophone.

À l'avant-garde...
Avec l'essor de l'anglais, notamment dans le secteur des affaires, quels défis doit encore relever la langue française ? « Le monolinguisme constitue un grand danger, répond M. Cerquiglini. Nous ne souhaitons pas passer d'un monolinguisme à un autre. C'est la raison pour laquelle l'AUF se bat en faveur d'un plurilinguisme, d'autant que le monde est divers et multipolaire. C'est le cas du monde de la science. »

Le recteur de l'AUF raconte dans ce cadre que lors d'une visite qu'il avait effectuée à Princeton, aux États-Unis, la directrice internationale de l'université lui avait confié que dans le domaine de la science, l'anglophonie prend du retard par rapport à la francophonie. Elle avait expliqué que pendant plus d'un siècle, la collaboration scientifique n'a pas changé et était axée sur un arc Nord-Nord (États-Unis, Europe, Union soviétique, Japon). Mais comme la recherche scientifique se développe depuis quelques années déjà dans d'autres pays du monde, en Amérique latine ou en Inde à titre d'exemple, l'anglais à lui seul ne suffit plus. « Or l'AUF a une antenne à São Paulo, indique M. Cerquiglini. La dernière assemblée s'est tenue au Brésil où les quatorze plus grandes universités sont membres de l'association. La francophonie a été avant-gardiste. »

Le Liban est le « parfait exemple » de ce plurilinguisme, renchérit M. Sabourin. « C'est un pays où trois langues se côtoient, explique-t-il. C'est une grande richesse. » Quid des défis à relever encore au Liban ? « Ils sont les mêmes dans tous les pays de la région, constate-t-il. Il s'agit en premier lieu de rapprocher le monde universitaire de celui professionnel dans l'intérêt des étudiants. Nous voulons aussi renforcer la recherche scientifique sur de grandes thématiques comme l'eau et les énergies. Nous allons essayer dans ce cadre de fédérer des consortiums d'universités qui rassembleraient des établissements du Liban et de la région. Nous voudrions également collaborer avec les universités anglophones, d'autant qu'elles reçoivent des élèves venant des écoles francophones. »

 

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commentaires (2)

LE FRANçAIS RESTE LA LANGUE LA PLUS APPRÉCIÉE ET LA PLUS PARLÉE AU LIBAN !

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

17 h 29, le 06 mars 2015

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Commentaires (2)

  • LE FRANçAIS RESTE LA LANGUE LA PLUS APPRÉCIÉE ET LA PLUS PARLÉE AU LIBAN !

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 29, le 06 mars 2015

  • La langue française existe au Liban depuis Saint-Louis, elle n'est pas due ni à Ernest Renan ni au général Maurice Sarrail. Les Pères Jésuites sont à Antoura depuis 1657, suivis par les Pères Lazaristes en 1783. Le Liban n'a jamais été une colonie française, il était sous-mandat français de 1920 à 1943, ce n'est pas la même chose.

    Honneur et Patrie

    16 h 23, le 06 mars 2015

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