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Économie - Liban - Énergie

Stockage et contrebande déstabilisent le marché du mazout au Liban

Les livraisons de mazout au Liban ont triplé cet hiver par rapport à celles de l'année dernière. Mais cela n'a pas empêché certaines régions de souffrir de pénuries artificielles.

Les importateurs libanais estiment la contrebande de mazout vers la Syrie entre 2 et 2,5 millions de litres par jour.

« Près de 17 millions de litres de mazout sont livrées en moyenne tous les jours sur le marché libanais : 10 millions de litres de mazout rouge, importé par l'État, et environ 7 millions de mazout vert, plus léger en souffre, importé par le secteur privé », affirme Sarkis Hleiss, le directeur des raffineries de pétrole. L'an dernier, à la même période, la consommation totale de mazout ne dépassait pas les 6 millions de litres par jour.
Trois facteurs expliquent cette forte augmentation, mais l'ampleur de chacun d'entre eux ne fait pas l'unanimité.
Les différentes parties concernées s'accordent sur le fait que l'hiver a été particulièrement rude cette année. Le mazout étant le principal carburant de chauffage, la demande locale a naturellement augmenté.
Le deuxième facteur est lié au prix, qui est fixé chaque semaine par l'État en fonction de la moyenne des cours internationaux des quatre dernières semaines. En suivant les cours mondiaux, il est donc possible de savoir à l'avance si les prix vont augmenter ou baisser sur le marché local. Et tout le monde en profite. Depuis le début de l'année, « les citoyens, les distributeurs, les hôtels et les usines accumulent les stocks de mazout en prévision d'une hausse des prix du brut », explique Sarkis Hleiss. Le ministre de l'Économie, Alain Hakim, s'en prend particulièrement aux importateurs et aux distributeurs qu'il accuse d'avoir provoqué des pénuries ponctuelles. Sachant que les prix de la semaine suivante seront plus élevés, « certaines compagnies pétrolières ont tardé à livrer du mazout et des stations-service ont refusé de servir leur client », affirme-t-il en soulignant que des poursuites judiciaires ont été engagées contre 11 d'entre elles.

 

(Lire aussi: Le pétrole bon marché, cadeau inespéré pour les consommateurs libanais ?)

 

L'ampleur de la contrebande
Reste un dernier facteur, difficile à mesurer : la contrebande vers la Syrie. Pour Alain Hakim, c'est l'une des principales explications de la boulimie du marché local. Au contraire, Sarkis Hleiss considère que ce phénomène est très marginal et ne dépasse le million de litres. Quant au vice-président du rassemblement des importateurs de pétrole, Tony Issa, il estime le volume de la contrebande de mazout vers la Syrie entre 2 et 2,5 millions de litres par jour.
Une certitude : la contrebande de mazout a changé de sens. Autrefois, ce combustible venait de Syrie, où il était bien moins cher. Mais avec l'intensification du conflit, le régime de Damas a dû se serrer la ceinture, réduisant les subventions sur le mazout et limitant ses importations, faute de devises. Le prix officiel du mazout en Syrie est aujourd'hui proche des tarifs pratiqués au Liban, mais les quantités de mazout subventionné étant limitées par un système de quota, les prix sur le marché noir se sont envolés. Une tonne de mazout écoulée en Syrie rapporterait jusqu'à 80 dollars de plus qu'au Liban.
« Depuis août 2013, Damas achète directement les produits pétroliers de son allié iranien, ce qui explique la baisse de 95 % des exportations de produits pétroliers du Liban vers la Syrie en 2014, à 16 millions de dollars. Mais il semble que les importations iraniennes ne suffisent plus, sans parler des difficultés d'approvisionnement de certaines régions », explique Jihad Yazigi, le rédacteur en chef du Syria Report. Et la décision récente du ministère libanais de l'Énergie de suspendre les permis de réexportation de produits pétroliers vers la Syrie ne devrait pas arranger les choses...
Dans ce contexte, avec une frontière très poreuse, la contrebande ne peut que prospérer. « Nous sommes entrés en contact avec le président du Parlement Nabih Berry, le ministère des Finances, les douanes et le commandement de l'armée pour freiner la contrebande », assure toutefois Alain Hakim. Selon lui, le renforcement des contrôles commence à porter ses fruits.

 

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