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La Dernière

Karim Sokhn, à bicyclette !

Beyrouth insight - Delivery

Même s'il est arrivé à pied ce jour-là, un béret très smart sur la tête, Karim Sokhn est un fou de vélo. En duo avec sa petite reine, il se déplace, découvre les ruelles de la ville, les sentiers des montagnes. Plus encore, il en a fait une vedette. Avec Deghri, ces « messengers » sillonnent la ville, se faufilent pour transmettre un colis, une lettre, un cadeau. C'est rapide, c'est écolo et, parfois, follement romantique !

Carla Henoud | OLJ
28/01/2015

Ils sont beaux, lorsqu'en passant rapidement devant nos regards étonnés, en se faufilant prudemment mais avec brio entre les voitures et les passants, on arrive à les capter un court instant. Suffisamment pour apprécier leur silhouette parfaite, une superforme soulignée par des muscles saillants, suffisamment pour applaudir le sentiment de liberté qu'ils dégagent. Et puis ce nom, « Deghri Messengers » (direct en arabe), qui interpelle, inattendu alors que, las dans notre voiture bloquée dans une circulation qui n'avance pas, on mesure déjà le retard pris sur la journée ou sur une lettre urgente à remettre Asap.


Car ces gentlemen particuliers ont un métier particulier : ils livrent à vélo, « de Dahié à Dbayé » des paquets, 10 kg sur le dos, 10 chargés sur le vélo, des papiers, lettres, enveloppes, courriers, des cadeaux, des fleurs et même, c'est arrivé, une demande en mariage accompagnée d'une alliance. Quand la charge est plus lourde, jusqu'à 50 kg, ils utilisent un vélo baptisé « bullit cargo bike », une donation de l'ambassade de Danemark au Liban. Derrière cette idée à la fois efficace et surtout écologique, importée de l'étranger par un jeune coursier allemand, Matt Saunders, Karim Sokhn essaie de changer les habitudes des Libanais. Lui-même cycliste invétéré, le jeune homme de 25 ans a fait des études de travail social à l'USJ, « j'y ai acquis, dit-il, les outils et les compétences pour intervenir auprès de personnes à besoins spécifiques, avec des troubles psychologiques, ou des victimes de guerre. »

Ayant collaboré auprès de différentes ONG, il s'est fixé avec l'association Himaya pour la protection des enfants, à laquelle il dédie une grande partie de son temps. Et le reste, tout le reste de ses loisirs et projets, il le consacre à sa passion : le vélo. En juillet 2012, il fonde, avec 4 partenaires et la collaboration du très actif Bike Generation, une compagnie baptisée Cycling Circle, qui propose du tourisme à vélo, aux quatre coins du pays, urbain ou dans la nature, mais aussi des voyages, ainsi que des cours ciblés. « Notre but est de créer un impact, de faire une différence, précise Karim. Promouvoir le vélo d'une manière éducative. Enseigner aux personnes intéressées à conduire en ville, entre et avec les voitures, d'une manière sécurisée, de jour comme de nuit, ou encore apprendre aux femmes à apprivoiser ce mode de transport. » Cette première initiative a donné naissance à trois autres, qui en sont une continuation naturelle : le Beirut Cyclehack, d'abord. Un mouvement international, lancé au Canada – Beyrouth en est la troisième destination –, qui cherche à réunir les passionnés de ce sport afin de trouver des solutions à des problèmes spécifiques et créer un monde plus sain ; le Baskil Beirut Bicycle Festival, qui s'est tenu du 23 au 27 avril dernier, avec la coopération de Public Interest Design Levant (PID), Mena Design Research Center, l'ambassade danoise et l'association El Khoder Neighborhood Development Association. « Ce premier festival, qui comprenait des ateliers et des conférences, a permis au public de saisir l'immense potentiel du vélo à Beyrouth et dans tout le Liban. Il a mis en avant la culture du vélo et a, aussi, tissé des liens entre les habitants des quartiers de Medawar et la Quarantaine. » Et enfin, last but not least, Deghri Messengers...

 

Distribution rapide et écolo
En septembre 2013, Karim Sokhn démarre sa croisade contre la pollution en proposant, quoi de plus naturel, un service de livraison à vélo. Avec ses 6 coursiers, la plupart encore étudiants, « qui doivent juste être en forme, passionnés, polis et posséder un bon sens de la communication », 6 hommes, pas de femmes pour cet emploi, encore, elles ne sont pas tentées, déplore-t-il, ils livrent tout, de 8 heures à 20 heures. Exit les embouteillages, le bruit et les pots d'échappement de mobylettes qui polluent nos poumons et l'air, et place à un moyen rapide et civilisé de transporter du courrier et autres colis de Beyrouth à la proche banlieue.

Quand le devoir appelle, il leur arrive d'aller plus loin, « nous avons livré des colis à la LBCI », souligne-t-il. Alors, si vous avez un bouquet à récupérer de chez le fleuriste, avant de le remettre à la personne de votre choix, un gâteau, un mot doux, un médicament ou juste un paquet, ces messagers qui adorent leur métier le feront pour vous, même sous la pluie, aussi rapidement que les moyens de livraison courants. « Peut-être même parfois plus rapidement, rajoute Karim, et au même prix. À Noël, nous avons dépanné de nombreuses sociétés et le bilan était très positif. » Fort de sa collaboration exclusive avec la bière Colonel, elle-même un label écologique, et de ses nombreux clients qui partagent une même vision, parmi lesquels le British Council, Karim, don Quichotte des temps modernes, se bat surtout, à sa façon, pour un environnement plus sain. « 200 coursiers à vélo, c'est 200 voitures en moins », dit-il... Ce qui l'anime ? « De nouveaux défis, en permanence, des opportunités à saisir. Grandir, développer Deghri à long terme pour en faire une société durable. » Et puis changer les mentalités en essayant de sauver sa planète...

 

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