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Lifestyle - Musique / Événement

Entre Boycott et soft power, l’Eurovision terrain d’affrontement politique

À Vienne, la grand-messe pop européenne se déroule sous haute tension, avec des retraits de pays, polémiques diplomatiques et mobilisation autour de Gaza.

Entre Boycott et soft power, l’Eurovision terrain d’affrontement politique

La chanteuse australienne Delta Goodreme durant sa performance 'Eclipse', en semi-finale de l'Eurovision 2026 a Vienne. Photo Tobias SCHWARZ/ AFP

L'Australie et le Danemark, qualifiés sans surprise lors de la seconde demi-finale de l'Eurovision, retrouveront pour la finale, qui aura lieu ce samedi 16 mai à Vienne, la Finlande, la Grèce et… Israël. La Bulgarie, l'Ukraine, la Norvège, la Roumanie, Malte, Chypre, l'Albanie et la République tchèque ont elles aussi convaincu les jurys nationaux et le public.

En revanche, les prestations de l'Azerbaïdjan, du Luxembourg, de l'Arménie, de la Suisse et de la Lettonie n'ont pas été retenues.

Le Danois Søren Torpegaard Lund, 27 ans, a proposé, devant 11 200 spectateurs originaires de 75 pays, avec Før vi går hjem (Avant de rentrer), une performance de clubbing sexy, littéralement mise en boîte.

Pour l'Australie, la star Delta Goodrem, 41 ans, qui a vendu plus de neuf millions d'albums, a subjugué l'audience avec sa ballade Eclipse, debout sur un piano étincelant.

Ces deux pays retrouveront en finale la Finlande, la Grèce et Israël, autres favoris qualifiés mardi lors d'une première soirée de sélection sous les lasers et les pluies de paillettes.

Monroe, 17 ans, qui a chanté avec charisme pour la France et a été très applaudie, figure également parmi les artistes les mieux placés à l'occasion du 70e anniversaire du plus grand télécrochet au monde.

Elle a dévoilé au grand public la scénographie de son titre Regarde !, mêlant pop et airs d'opéra.

Mais, comme pour la représentante de l'Allemagne et les représentants du Royaume-Uni et de l'Italie, principaux contributeurs financiers, sa place en finale est garantie.

En tant que pays hôte, l'Autriche jouit également de ce privilège cette année.

Surprise de la soirée : son diffuseur, l'ORF, a diffusé jeudi, lors du concert, une séquence préenregistrée dans un amphithéâtre universitaire évoquant la communauté LGBT+.

La présentatrice Victoria Swarovski y répondait aux questions d'un étudiant : « Pourquoi n'y a-t-il plus que des gays à l'Eurovision maintenant ? Ont-ils pris le pouvoir ? »

Elle a balayé ce préjugé en précisant que seuls huit gagnants sur 70 avaient revendiqué leur appartenance à la communauté LGBT+, avant de conclure : « aucune prise de contrôle détectée. »

Le directeur de l'Eurovision, Martin Green, avait auparavant déclaré aux journalistes que cette séquence, inédite, constituait « un message au monde : depuis 70 ans, nous donnons une voix à ceux qui n'en ont pas et nous accueillons les exclus ».

« Fun, fun, fun »

L'Eurovision bénéficie d'un noyau dur de fidèles, et sa zone réservée aux fans, installée devant l'Hôtel de Ville de Vienne, attire les passionnés malgré la pluie et les températures fraîches.

« Ici, pas de crétins venus pour se saouler : c'est toujours fun, fun, fun », affirme à l'AFP Sasha, originaire de Croatie.

Pour l'Autrichien Markus, une partie du plaisir consiste à « écouter la musique de pays que nous n'écoutons pas habituellement ».

Le chanteur Soeren Torpegaard Lund, représentant le Danemark avec la chanson « For Vi Gar Hjem », se produit lors de la seconde demi-finale du Concours Eurovision de la chanson 2026 (ESC) à la Wiener Stadthalle en 1994.Photo Tobias S chwarz/AFP
Le chanteur Soeren Torpegaard Lund, représentant le Danemark avec la chanson « For Vi Gar Hjem », se produit lors de la seconde demi-finale du Concours Eurovision de la chanson 2026 (ESC) à la Wiener Stadthalle en 1994.Photo Tobias S chwarz/AFP

Israël participe depuis 1973

Mais derrière cette atmosphère festive, l'édition 2026 se déroule dans un contexte particulièrement tendu. Alors que le concours organisé l'an dernier par la Suisse avait réuni quelque 166 millions de téléspectateurs, les organisateurs espèrent maintenir cette dynamique malgré la polémique entourant la participation d'Israël.

Plus d'un millier d'artistes ont signé un appel au boycott du concours, dénonçant la présence de l'État hébreu et la conduite de la guerre dans la bande de Gaza, menée en représailles à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Plusieurs pays ont également choisi de se retirer.

La Slovénie, l'Espagne et l'Irlande ne participent pas cette année et ont renoncé à diffuser l'événement. Une décision symboliquement forte : l'Espagne figure parmi les principaux contributeurs financiers de l'Union européenne de radio-télévision (UER), tandis que l'Irlande détient, avec la Suède, le record de victoires au concours.

L'Islande et les Pays-Bas ont eux aussi fait défection, tout en continuant à retransmettre les concerts.

À contre-courant de cette mobilisation, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées jeudi dans le centre de Vienne pour afficher leur soutien à Israël. Parmi elles, Ivo Herzl, concepteur de jeux vidéo de 39 ans, juge « absurde que des musiciens appellent au boycott ».

« La guerre à Gaza a commencé par une attaque contre un festival où des amateurs de musique venus de trente pays différents ont été massacrés », a-t-il déclaré à l'AFP.

Traditionnellement associé à un esprit festif et consensuel, le concours s'est progressivement transformé en terrain d'affrontement symbolique autour du Moyen-Orient et des questions de droits humains. L'UER, organisatrice de l'événement, peine désormais à faire respecter l'un de ses principes fondateurs : maintenir la politique hors de la scène.

Car malgré son nom, l'Eurovision dépasse depuis longtemps les frontières européennes. Israël y participe depuis 1973, aux côtés de diffuseurs et d'artistes venus de différents horizons. Si les candidats concourent sous leurs drapeaux nationaux, leurs prestations sont financées et portées par les chaînes publiques membres de l'UER.

Une enquête du New York Times a d'ailleurs révélé l'existence d'une campagne orchestrée par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à faire de l'Eurovision un instrument de soft power. Face à lui, l'UER apparaît fragilisée, décrite comme opaque et peu préparée à gérer une controverse d'une telle ampleur.

Pour les autorités israéliennes, le concours ne se résume plus à une célébration pop mêlant culture queer, performances extravagantes et effets pyrotechniques. Il constitue désormais une vitrine diplomatique destinée à redorer l'image du pays et à mesurer le soutien de l'opinion internationale.

Dans un contexte où une partie importante de l'opinion publique européenne se montre critique à l'égard de la guerre, une bonne performance israélienne serait perçue par certains responsables comme la preuve d'une adhésion persistante du public européen à l'État hébreu.

L'Australie et le Danemark, qualifiés sans surprise lors de la seconde demi-finale de l'Eurovision, retrouveront pour la finale, qui aura lieu ce samedi 16 mai à Vienne, la Finlande, la Grèce et… Israël. La Bulgarie, l'Ukraine, la Norvège, la Roumanie, Malte, Chypre, l'Albanie et la République tchèque ont elles aussi convaincu les jurys nationaux et le public.En revanche, les prestations de l'Azerbaïdjan, du Luxembourg, de l'Arménie, de la Suisse et de la Lettonie n'ont pas été retenues.Le Danois Søren Torpegaard Lund, 27 ans, a proposé, devant 11 200 spectateurs originaires de 75 pays, avec Før vi går hjem (Avant de rentrer), une performance de clubbing sexy, littéralement mise en boîte.Pour l'Australie, la star Delta Goodrem, 41 ans, qui a vendu plus de neuf millions d'albums, a...
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