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Scan TV

La télévision a tué le Dernier Homme...*

Pas très cathodique
24/01/2015

« Un peu de poison de-ci de-là pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons, enfin, pour mourir agréablement. »
Cette phrase d'Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche semble opportune pour décrire ce que représente et produit aujourd'hui la télévision, dans une très large mesure.

En manque manifeste d'inspiration, les productions télévisées sont en effet devenues toutes les mêmes. Les lois du marché étant ce qu'elles sont, la télévision ne recherche plus l'innovation, mais se contente de succomber inlassablement à la tentation du mimétisme. À titre d'exemple : un programme est populaire à l'autre bout de la planète ? Il le sera nécessairement ailleurs, pour peu qu'il soit suffisamment bien adapté aux exigences populaires locales. Partout, on se copie sans originalité au nom de l'audimat, même si, en fin de compte, cette culture industrielle n'a que faire de l'individu et répond à une vision déshumanisée de la mondialisation. Au contraire, l'aboutissement ultime de ce processus est la mise en place d'une dés-individuation, qui conduit inéluctablement à l'indifférenciation et à la massification.

Le pire, c'est que ce processus sournois est suffisamment séducteur pour être légitimé par le téléspectateur, qui en redemande à foison, dans une standardisation continue de la culture audiovisuelle qui débouche non plus sur une culture populaire – originale, authentique, localisée, spontanée, etc. –, mais sur un populisme industriel. Dans ce monde glauque, la seule individuation possible semble être la dérive égocentrique du star system où le présentateur d'émission, l'animateur, le speaker, le journaliste, le reporter deviennent une sorte de mélange hybride entre le jeune premier de cinéma et son arsenal de séduction, la rock star et son désir de devenir l'idole des foules, le justicier, l'inquisiteur et le demi-dieu.

Le problème, c'est que le téléspectateur, perdant sa capacité de discernement dans cette vaste entreprise consumériste, devient ainsi lui-même, perdu dans la masse, celui qui légitime le maintien de cette dégringolade à tous les niveaux. C'est donc un système tyrannique pervers qui se met en place : à un premier niveau, l'assassin et la victime sont les mêmes, l'audience. Mais le tout est commandité, in fine, par un système industriel qui n'a que faire des considérations culturelles et artistiques, et pour lequel le mimétisme et la standardisation qui se mettent en place sont une aubaine. Plus le marché se ressemble et plus il sera possible de mieux vendre le produit.

L'on ne s'étonnera pas donc que dans ce flux télécratique sans grande saveur ou originalité, la télévision n'instruise plus, ne propose plus d'alternatives, et n'ouvre même plus de réelles perspectives de confort ou de rêve, rien qu'une échappatoire illusoire vers la virtualité, qui conduit ultimement à plus de déconnexion par rapport à la réalité qu'à une plus grande implication dans la société. C'est la voie royale vers toutes sortes de dérives : l'apathie, l'accoutumance, la violence, la déshumanisation.

« Un peu de poison de-ci de-là pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons, enfin, pour mourir agréablement. »
La phrase de Nietzsche parlait du Dernier Homme et du déclin de la civilisation occidentale.
La télévision, dans son état actuel, en est-elle devenue l'un des messagers ?

* En référence au célèbre tube de l'été 1979 « Video Killed the Radio Star », interprété par The Buggles.

 

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IL N'Y A PLUS D'HOMME DE PAR LE MONDE... IL Y A L'HOMUS ABRUTICUS INTERNATIONALICUS !!!

Gerard Avedissian

Le produit televisuel est un produit de consommation. Shampoing, dentifrice ou detergent. Du pareil au meme. "Qui veut gagner des millions?" en anglais ou en suedois ou en turque, c'est le meme produit.

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