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À La Une - Yémen

La milice chiite d'Ansaruallah renforce son emprise à Sanaa après des combats meurtriers

Un cessez-le-feu a été décrété en fin de journée.

Sanaa ressemblait à une ville morte lundi. L'impressionnant déploiement de miliciens chiites sur les principaux axes a dissuadé les employés et les élèves de se rendre au travail et dans les écoles. AFP PHOTO / MOHAMMED HUWAIS

Des affrontements meurtriers ont eu lieu lundi à Sanaa où la puissante milice chiite Ansaruallah s'est rapprochée du palais présidentiel pour renforcer son emprise sur la capitale yéménite.

Un cessez-le-feu a été décrété en fin de journée après de longues heures de tensions et de combats, qui ont fait neuf morts parmi les miliciens et les militaires ainsi que 67 blessés, dont des civils, selon le ministère de la Santé. L'arrêt des hostilités a été confirmé par des témoins, tandis qu'un comité conjoint gouvernement-Ansaruallah a été mis en place pour veiller au respect de la trêve.

Le cessez-le-feu a été annoncé peu après un appel de la Ligue arabe à "toutes les forces politiques" à mettre fin à "l'escalade malheureuse des violences au Yémen". Les ambassades américaine et britannique à Sanaa avaient également exigé que les armes se taisent.

Sanaa a pendant plusieurs heures résonné du bruit des tirs et des explosions lors de la journée la plus violente dans la capitale yéménite depuis l'entrée des miliciens chiites fin septembre.
Le président Abd Rabbo Mansour Hadi n'a pas été directement menacé puisqu'il n'était pas présent au palais présidentiel, situé dans le sud de la ville et autour duquel se sont concentrés les affrontements. Les habitants de quartiers proches du palais présidentiel ont fui en masse.
Le président, qui utilise rarement ce palais, a multiplié les consultations dans sa résidence, où il a négocié le cessez-le-feu avec un représentant d'Ansaruallah, selon des sources politiques.

Des miliciens chiites ont affirmé s'être emparés d'une colline stratégique située près du palais. "Nous contrôlons le Jebel Nahdine qui surplombe le palais présidentiel, et nous permettons aux gardes de la présidence de quitter leur position avec une arme personnelle", a affirmé Ali Al-Bukhaiti, un responsable de la milice.

 

(Lire aussi : Nouveau coup des houthis contre les autorités au Yémen)



Par ailleurs, des miliciens ont pilonné un camp de la garde présidentielle situé au sud du palais, ont rapporté des témoins. Des renforts de miliciens ont aussi été vus faisant route vers le palais avec deux chars de combat.

Le convoi du Premier ministre Khaled Bahah a essuyé des tirs de miliciens chiites après avoir participé à une réunion avec le président Hadi. M. Bahah en est sorti indemne, a indiqué la ministre de l'Information Nadia al-Sakkaf.

 

"Sérieuse escalade"
Elle a également annoncé que la télévision nationale et l'agence officielle Saba échappaient désormais au contrôle de l'Etat. Les miliciens chiites, aussi appelés houthis, "refusent de publier une quelconque déclaration du gouvernement", d'après Mme Sakkaf. Peu après, le rédacteur en chef à la télévision d'Etat, Tawfiq al-Sharaabi, a annoncé sa démission sur son compte Facebook.

Ansaruallah semble chercher à renforcer son emprise à Sanaa. Elle contrôlait jusqu'ici les principaux secteurs et bâtiments publics de la capitale.
Le regain de violences est intervenu deux jours après l'enlèvement par les miliciens chiites du chef de cabinet du président et l'un des architectes du projet de nouvelle Constitution, Ahmed Awad ben Moubarak. La tension était palpable dans la capitale depuis cet enlèvement samedi.
"La décision des houthis d'enlever Moubarak représente une sérieuse escalade qui semble aujourd'hui hors de contrôle. A ce point, tout semble possible", a estimé April Longley Alley, experte de l'International Crisis Group.

 

(Pour mémoire : L'armée yéménite abat cinq suspects d'el-Qaëda déguisés en femmes)


M. Moubarak, qui dirige le Dialogue national lancé après le départ en 2012 de l'ex-président Ali Abdallah Saleh à la suite d'un soulèvement populaire, a supervisé la rédaction de ce projet de loi fondamentale.
Les miliciens chiites s'opposent à ce texte qui prévoit un Yémen fédéral, composé de six régions.
Le découpage du pays les priverait en effet d'un accès à la mer, l'une de leurs principales quêtes depuis qu'ils ont quitté leur fief montagneux de Saada, dans le nord, pour conquérir de larges proportions du territoire.

Région d'origine de M. Moubarak, la province sudiste de Chabwa a arrêté lundi sa production de pétrole, selon un responsable gouvernemental. Son gouverneur a expliqué que cette décision visait à exprimer la solidarité avec M. Moubarak.

Dans la province voisine du Hadramout, les employés du champ pétrolier de Massila ont arrêté la production, également par solidarité, selon un responsable du secteur pétrolier.

Les violences qui secouent le Yémen depuis l'été font craindre une chute du gouvernement, allié de Washington dans sa lutte contre el-Qaëda, et à terme un effondrement total de l'Etat, comme en Somalie.

 

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