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Économie

Au Liban, les professionnels du tourisme respirent après la saison des fêtes

Bilan

Contre toute attente, la saison des fêtes de fin d'année 2014 a constitué une petite bouffée d'oxygène pour le secteur de l'hôtellerie-restauration et les commerçants du pays. Un rebond contracyclique qui doit beaucoup aux expatriés, voire à des politiques commerciales agressives.

15/01/2015

Depuis trois ans les secteurs de l'hôtellerie-restauration et du commerce font face à une véritable crise de leur activité, corollaire de la détérioration de la situation politico-sécuritaire du Liban. Si les 1 132 607 visiteurs recensés sur les dix premiers mois de l'année traduisent une légère amélioration par rapport à la même période en 2013 (+4,8 %), ils demeurent nettement moins nombreux que ceux enregistrés jusqu'à octobre 2010 (-38,8 %). Les professionnels ont néanmoins pu trouver un certain réconfort dans les fêtes de fin d'année. « Une semaine avant le début des vacances de Noël, nous n'espérions pas plus de 50 % de taux d'occupation dans nos hôtels, affirme Jean Beyrouthi, président du syndicat des établissements touristiques. Contre toute attente, nous avons finalement affiché des taux moyens de 80-90 % pour les établissements de la capitale et de 70-80 % pour les hôtels situés hors de Beyrouth. »


Même son de cloche pour Tony Ramy, président du syndicat des restaurateurs : « Du 20 décembre au 5 janvier, 80 à 90 % des établissements de Beyrouth ont affiché complet et le taux de fréquentation a plus que triplé en comparaison avec celui des fêtes de 2013. »
Le même sursaut a été constaté par les professionnels de la nuit. « Sur les deux dernières semaines de décembre 2014, nous avons enregistré une moyenne de 1 900 clients par jour et par établissement. En 2013, cela tournait plutôt autour de 1 500 », explique Khaled Mjawaz, cofondateur de la chaîne de pubs Bodo.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette légère embellie. D'abord, « l'accalmie politique a permis le retour de la diaspora au Liban », explique Nicolas Chammas, président de l'Association des commerçants de Beyrouth, qui résume ainsi le diagnostic de la plupart des professionnels interrogés. Avec néanmoins un bémol : si la conjoncture politico-sécuritaire a rassuré les expatriés, de nombreux touristes du Golfe boudent toujours le Liban. « Les premiers clients sont cette année les Irakiens, suivis par les Syriens. Or, jusqu'en 2010, un touriste du Golfe dépensait environ 14 000 dollars pour huit jours au Liban, alors qu'aujourd'hui, un touriste irakien en dépense environ la moitié », se désole Jean Beyrouthi. Un effet-prix qui affaiblirait les gains engendrés en termes de volume. En revanche, selon Nicolas Chammas, les consommateurs ont dépensé durant cette période 150 millions de dollars par jour en moyenne dans les commerces libanais, contre respectivement 120 millions et 140 millions de dollars en 2012 et 2013.

 

(Pour mémoire : Pharaon : Un tourisme pour toute saison et en toute circonstance)

 

Casser les prix pour faire le plein
Une différence de tendance qui s'explique peut-être en partie par les soldes massives pratiquées par les professionnels de l'hôtellerie-restauration. « Nous avons dû appliquer des tarifs de basse saison : notre taux d'occupation moyen sur la période des fêtes était de 85,9 % cette année pour un tarif moyen de 397 dollars ; contre 70 % l'an dernier à 416 dollars la chambre, et 93 % en 2010 à 627 dollars la nuitée », explique Rita Saad, responsable marketing de l'hôtel Le Gray. Globalement, Jean Beyrouthi indique que les tarifs pratiqués par les hôteliers du 24 décembre au 1er janvier ont été inférieurs de 15 % à ceux de 2013, et de 50 % à ceux de 2010. Des rabais que n'ont pas non plus hésité à concéder les restaurateurs. « En 2013, les restaurants étaient pratiquement vides. Cette année, les professionnels ont diminué leurs prix d'au moins 40 %, et le soir du Nouvel An, 70 % des établissements proposaient un menu à la carte plutôt que des formules spéciales plus onéreuses », résume Tony Ramy.

 

(Lire aussi : Le tourisme adapté au handicap, un potentiel à exploiter au Liban)


Reste un constat, commun à tous les secteurs, celui d'une heureuse mais courte parenthèse : « Même si le mois de décembre représente entre 25 et 30 % du chiffre d'affaires annuel des commerçants, cette légère reprise ne suffira pas à rattraper les pertes du secteur que l'on estime à encore -15/-20 % pour 2014 », conclut Nicolas Chammas. De quoi ralentir les investissements des commerçants et professionnels des loisirs ? Pas sûr : Khaled Mjawaz, qui vient d'investir 350 000 dollars dans un cinquième établissement à Badaro, compte ainsi consacrer un million de dollars à l'ouverture d'un sixième dans le centre-ville. « Nous croyons toujours au potentiel du Liban », prêche-t-il.

 

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Sabbagha Antoine

Le potentiel des libanais est superbe.Mais nos politiciens devront créer un climat pacifique et nos hôtels réduire leurs tarifs .

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