X

2014 dans le monde

2014, année des frontières bafouées

Au Moyen-Orient, les frontières dessinées par les accords Sykes-Picot sont bousculées par l'organisation État islamique (EI), qui entend constituer un califat à cheval entre la Syrie et l'Irak.

OLJ/Valérie LEROUX et Marianne BARRIAUX/AFP
05/01/2015

Les frontières, réputées intangibles depuis 1945, ont connu de sérieux coups de boutoir en 2014, de l'Ukraine au Levant, laissant craindre une instabilité croissante dans le monde.
Prenant de court les Occidentaux, qui croyaient les frontières de l'Europe à jamais sanctuarisées à l'heure de la réconciliation avec Moscou, la Russie a annexé la Crimée en mars sans crier gare et sans verser une goutte de sang. Un mois plus tard, dans l'est de l'Ukraine, des prorusses prenaient le contrôle des administrations avec le soutien d'hommes armés encagoulés et très bien organisés, soupçonnés venir de Russie. La crise perdure, bénéficie d'un cessez-le-feu fragile après un cortège de morts – plus de 4 300 en huit mois selon l'Onu. Au final, le résultat est le même que pour la Crimée : une région coupée du reste de l'Ukraine et tournée corps et âme vers la Russie.
Depuis l'effondrement du communisme en 1989, nombre de pays ont certes émergé en Europe sur les ruines de l'Union soviétique ou de la Yougoslavie, mais cela s'est généralement fait dans le respect des frontières existantes au sein des fédérations.
À deux exceptions notables près, le Kosovo et l'Ossétie du Sud, autoproclamée indépendante de la Géorgie prooccidentale et reconnue par Moscou en 2008 à l'issue d'une courte intervention militaire russe, qui sonna le premier coup de semonce poutinien face aux prétentions euro-atlantiques dans l'ancien espace soviétique.
« Le principe de l'inviolabilité des frontières qui avait été acté à Helsinki en 1975 n'a d'abord pas été respecté en Serbie, puisque le Kosovo a été détaché par la force, puis avec l'annexion de la Crimée et les ingérences russes furtives mais bien réelles dans l'est de l'Ukraine », souligne Michel Foucher, géographe au Collège d'études mondiales à Paris.
Dans le cas de l'Ukraine, les Russes « ont voulu stopper l'extension de l'UE, assimilée en partie à leurs yeux à une extension de l'Otan », relève ce spécialiste des frontières.
« Où se terminent les limites orientales de l'Union européenne et où commencent les frontières occidentales de la Fédération de Russie ? C'est une question qu'on n'a jamais voulu aborder » en Europe lors des vagues successives d'élargissement et qui se cristallise désormais autour de l'Ukraine, ajoute-t-il.
D'autres ex-républiques soviétiques craignent à leur tour, des État s baltes à la Moldavie, que la Russie ne soit tentée de redessiner leurs frontières en vertu d'un nouvel ordre européen.

Jihad transfrontalier
Au Moyen-Orient, la géopolitique est aussi bousculée par l'organisation État islamique (EI), qui entend constituer un califat à cheval entre la Syrie et l'Irak, et détruire les frontières héritées du colonialisme.
« On voit des État s qui s'effondrent et des frontières qui s'estompent (...) Il ne s'agit plus de fragmenter des pays, comme dans le cas du Kurdistan (devenu quasi indépendant) sur un bout d'Irak, mais de dire : "La frontière entre la Syrie et l'Irak ne tient plus" », constate Olivier Kempf, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.
Dans cette région, les frontières ne sont toutefois pas remises en cause par des États mais par des groupes jihadistes qui se veulent par définition transfrontaliers. Une coalition internationale a freiné leur élan en Irak. Au Mali, une intervention militaire française a mis un terme à une progression d'islamistes vers Bamako, qui s'étaient affranchis facilement de frontières poreuses.
Les États et régimes en place ont eux-mêmes toujours jalousement défendu leurs frontières, même si les dirigeants nationalistes arabes hier et les jihadistes aujourd'hui ont pu appeler à l'élimination des frontières « coloniales », en l'occurrence celles de l'accord franco-britannique Sykes-Picot de 1916 pour la Syrie et l'Irak.
Pour Robin Wright, de l'Institute of Peace de Washington, il est « peu probable toutefois que l'Irak et la Syrie conservent la même structure de pouvoir, même s'ils réussissent à sauvegarder leurs frontières ». « Les forces régionales ethniques vont avoir leur mot à dire, il faudra décentraliser le pouvoir, et c'est ce que le Premier ministre irakien s'emploie à faire », prédit-elle.
En Afrique en revanche, M. Foucher constate « une extraordinaire stabilité territoriale », à quelques exceptions près, dont l'indépendance de l'Érythrée, qui s'est faite sur les fondements d'une ex-colonie italienne, et du Soudan du Sud.
« Ce qui est relativement nouveau, c'est la capacité d'un certain nombre de groupes internationaux à s'installer dans des zones périphériques mal contrôlées par les États centraux. C'est une vraie difficulté liée à la taille énorme des territoires », note-t-il.

À la une

Retour au dossier "2014 dans le monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Au-delà du ton violent, Nasrallah et Hariri maintiennent entrouverte la porte des négociations...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué