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Éclairage

Le vrai pouvoir de l’EI ? « Inspirer » les autres...

Si loin de l'Afrique, le groupe jihadiste étend pourtant son influence sur le continent noir.

Au cours des derniers mois, les serments d'allégeance et les références explicites au groupe Etat islamique se sont multipliés. AFP PHOTO / HO / AL-FURQAN MEDIA

Même à des milliers de kilomètres, le groupe jihadiste État islamique (EI) étend son influence en Afrique, en particulier au Nigeria, et si rien n'est fait, cela va encourager la radicalisation sur le continent, estiment des experts américains. Au cours des derniers mois, les serments d'allégeance et les références explicites au mouvement dirigé en Syrie et en Irak par Abou Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l'EI, se sont multipliés. Si aucun lien direct, étant donné les distances qui les séparent, n'a été découvert entre les jihadistes africains et la zone syro-irakienne, les interactions, dans les deux sens, se multiplient.

 

(Lire aussi : Comment changer un apprenti jihadiste déterminé à détruire le monde occidental ?)


« Il n'y a pas de contacts opérationnels, mais il est clair que Boko Haram suit ce que fait l'EI et que l'EI s'intéresse à ce que fait Boko Haram », explique Peter Pham, directeur de l'Africa Center au sein de l'Atlantic Council, un centre de réflexion de Washington. « On assiste même à une fertilisation croisée des deux mouvements : Boko Haram a kidnappé les fameuses écolières de Chibok (219 adolescentes, enlevées en avril dans le nord-est du Nigeria). Et bien que l'EI a enlevé les femmes de la communauté yazidi, si vous étudiez les déclarations qu'ils ont faites à ce sujet, ils citent les écolières de Chibok », ajoute M. Pham.
Le fait que l'EI ait pris le contrôle d'une vaste région, à cheval entre la Syrie et l'Irak, a encouragé Boko Haram à faire de même dans le nord du Nigeria, analyse l'expert. Selon lui, « Boko Haram contrôle désormais entre 20 000 et 40 000 km2, depuis plus d'un an. Ils se sentent assez forts, utilisent des armes lourdes, dont des chars pris à l'armée nigériane. Ils défilent avec sous la bannière noire de l'EI, comme ils l'ont vu faire aux forces du calife Ibrahim dans les vidéos sur Internet ».

 

(Lire aussi : "La prochaine étape, c'est l'expansion de l'EI dans des zones comme le nord du Liban")

 

Modèle attractif
Pour Jacob Zenn, spécialiste de l'Afrique à la Jamestown Foundation, autre institut de recherche américain, « si Boko Haram a initialement reçu des fonds, du soutien idéologique et des formations de la part d'el-Qaëda au Maghreb islamique, il a adopté récemment la doctrine militaire et idéologique de l'État islamique, et a en retour reçu des gages de reconnaissance de la part de l'EI ».
Parmi les jihadistes africains, les plus jeunes en particulier, l'image conquérante et victorieuse que l'EI diffuse d'elle-même à longueur de vidéos reprises par des millions d'internautes est en train de supplanter celle des chefs historiques d'el-Qaëda, représentés de loin en loin par un Ayman al-Zawahiri à la barbe blanche. « L'État islamique présente un modèle attractif : el-Qaëda est la marque d'hier, ces gars-là font avancer les choses, souligne Peter Pham. De nouveaux groupes pourraient apparaître et suivre le nouveau calife. »

 

(Lire aussi : Ces amazones kurdes qui terrorisent les jihadistes)


Pour Michael Shurkin, ancien agent de la CIA aujourd'hui spécialiste de l'Afrique à la Rand Corporation, un think-tank californien, « el-Qaëda est de l'histoire ancienne. En Afrique, l'EI peut inspirer et motiver encore plus qu'el-Qaëda l'a jamais fait. El-Qaëda a une image négative, ils détruisent. L'EI détruit aussi, mais il construit également quelque chose. C'est là que réside son vrai pouvoir : celui d'inspirer. Leur idée est leur arme la plus puissante. Comment combat-on une idée ? (...) Comment vous stoppez ça ? Je ne sais pas ».

 


Même à des milliers de kilomètres, le groupe jihadiste État islamique (EI) étend son influence en Afrique, en particulier au Nigeria, et si rien n'est fait, cela va encourager la radicalisation sur le continent, estiment des experts américains. Au cours des derniers mois, les serments d'allégeance et les références explicites au mouvement dirigé en Syrie et en Irak par Abou Bakr...

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INPIRER... OU : ASPIRER ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

13 h 32, le 12 décembre 2014

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  • INPIRER... OU : ASPIRER ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 32, le 12 décembre 2014