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Moyen Orient et Monde - Terrorisme

Quand François prend un risque auprès des musulmans...

« Ce qui est nouveau, c'est que, pour la première fois, un pape pointe du doigt les responsables musulmans du monde en leur disant : " Vous devez faire quelque chose ". »

Le pape François a pris le risque d’irriter le monde musulman en le sommant de condamner sans ambiguïté le terrorisme. Tony Gentile/Reuters

Le pape François a pris le risque d'irriter le monde musulman en le sommant de condamner sans ambiguïté le terrorisme, ce geste témoignant de sa préoccupation face à la montée de la violence religieuse, selon des experts.


Dans une conférence de presse dans l'avion le ramenant d'Istanbul à Rome, Jorge Bergoglio, interrogé sur le terrorisme des groupes jihadistes et « l'islamophobie » qu'il génère, a déclaré avoir réclamé cette condamnation sans équivoque lors de son entretien vendredi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. « Je lui ai dit qu'il serait beau que tous les dirigeants musulmans du monde, politiques, religieux et universitaires, se prononcent clairement et condamnent » cette violence qui nuit à l'islam. Ce n'est pas la première fois que le Vatican réclame des musulmans une condamnation forte du terrorisme. Le cardinal Jean-Louis Tauran, qui dirige le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, avait déjà réclamé en août une « prise de position claire » de responsables musulmans sur les « actions criminelles indicibles » perpétrées par l'organisation État islamique (EI).

 

(Lire aussi: François : La violence qui cherche une justification religieuse mérite la plus forte condamnation)


« Ce qui est nouveau avec François, c'est que, pour la première fois un pape est aussi clair et pointe du doigt les responsables musulmans du monde en leur disant : " Vous devez faire quelque chose " », explique le spécialiste du Vatican John Allen. « Cela prouve le niveau de préoccupation du Vatican face à la montée en puissance de l'EI », a-t-il ajouté. Et le fait de la part du pape de préciser qu'il faut une condamnation de tous les dirigeants du monde musulman, qu'ils soient politiques, religieux ou universitaires, démontre son inquiétude face aux difficultés pour l'islam, « religion de paix », de se faire entendre, relève de son côté le père Valentino Cottini, recteur de l'Institut pontifical d'études arabes et islamiques à Rome. « Il y a eu déjà beaucoup de condamnations de la part de dirigeants musulmans, mais problème : qui fait l'opinion dans le monde musulman », en l'absence d'une autorité unique dans l'islam, a-t-il expliqué.


D'où la volonté du pape d'élargir au maximum son appel, au risque peut-être d'outrepasser son rôle et d'irriter les musulmans. « Non, ça ne peut pas irriter les musulmans comme cela a été le cas avec l'interprétation d'un texte sacré », assure sur ce point Mgr François Bousquet, théologien consultant au Vatican pour le dialogue avec l'islam, en faisant allusion à des propos controversés de Benoît XVI en 2006. Dans un discours prononcé peu avant son voyage en... Turquie, Joseph Ratzinger avait semblé lier violence et islam, au grand dam de la communauté musulmane.

 

« Le pape ne donne pas de leçons »
« Le pape ne juge personne, il ne se situe pas au-dessus, il ne donne pas de leçons, il est au milieu d'eux pour qu'on se parle », explique celui qui est aussi recteur de Saint-Louis des Français, la paroisse des Français à Rome. « Le ton n'est pas celui du donneur de leçons, mais de celui qui nous rappelle la nécessité de vivre ensemble », ajoute-t-il, soulignant qu'il en va de la crédibilité du dialogue interreligieux.
Il est impératif du point de vue religieux de « désamorcer » cette bombe que représente la justification de la violence par la religion, explique de son côté le père Cottini. « Les leaders religieux sont attendus comme des hommes de paix. Il ne s'agit pas de se faire concurrence, mais de dialoguer sur la base des valeurs fondamentales relatives aux droits de l'homme. Il faut être clair sur ses engagements », explique encore Mgr Bousquet, auteur d'un livre Christianisme et islam, écrit avec le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur.
Le pape a aussi affirmé à son retour, avoir « prié » dans la Mosquée bleue, aux côtés du grand imam face au mihrab, qui indique aux fidèles la direction de La Mecque. « J'ai prié pour la paix, pour la Turquie, pour tous, pour moi. Cela fut un moment de prière sincère », a-t-il expliqué, manière aussi d'affirmer son respect pour l'islam.

 

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