Anita Sarkeesian. Photo YouTube
Assorti de menaces de viols, de mutilations et même de mort, le débat fait rage en ligne sur le sexisme dans l'industrie des jeux vidéos. Des menaces très violentes ont obligé certaines femmes, travaillant dans les jeux vidéo, à quitter leurs maisons parce qu'elles avaient peur d'être tuées depuis le début il y a deux mois d'un débat dont le hashtag sur Twitter est "GamerGate."
La discussion s'est enflammée en août quand une créatrice indépendante de jeu, Zoe Quinn, a fait l'objet d'une avalanche d'insultes sur internet de son ancien petit ami, furieux de voir la jeune femme à nouveau amoureuse. Zoe Quinn est alors devenue la cible d'autres messages violents et haineux qui l'ont obligée à quitter son domicile.
Puis le GamerGate s'est tourné contre Anita Sarkeesian, du site FeministFrequency.com, ouvertement critique de la façon dont les femmes sont présentées dans les jeux vidéo. Pour la jeune femme, "les hommes s'attaquent aux femmes de manière très agressive et hostile et les terrorisent parce qu'elles font partie de cette industrie ou aiment jouer aux jeux vidéo", a-t-elle expliqué récemment lors d'une émission télévisée avec le comédien Stephen Colbert.
Les joueurs inconditionnels au contraire estiment que le politiquement correct envahit leur monde, qui devrait bénéficier de la même liberté de créer que les livres ou les films.
"Un club de petits garçons"
Pour Anita Sarkeesian, les "stéréotypes associés aux femmes renforcent l'idée que les femmes sont des objets pour le plaisir des hommes". Or "une femme pourrait peut-être ne pas être une damoiselle en détresse et pourrait se sauver elle-même", suggère-t-elle.
Le proclamer sur le Gamergate a fait que Anita Sarkeesian a été la cible de menaces qui l'ont forcée à annuler une apparition à l'université d'Etat de l'Utah (ouest). "Ils se déchaînent parce que les femmes veulent remettre en cause le statu quo dans un monde dominé par les hommes", avance-t-elle, "c'est à ça que GamerGate est en train de répondre: nous disons que le jeu vidéo n'est plus un club de petits garçons".
Pour Brianna Wu, la co-fondatrice du studio de création de jeu Giant Spacekat, le GamerGate exprime le fait que cette industrie a été si longtemps dominée par les hommes qu'ils pensent qu'il faut maintenant défendre leur pré carré. Dans une interview en ligne, la jeune femme évoque des amies qui ont été menacées pour avoir critiqué le sexisme dans les jeux vidéos. Elle aussi a reçu des menaces dont celles d'un anonyme qui a publié des messages sur un compte Twitter appelé "Death to Brianna" (Mort à Brianna), suspendu depuis par le réseau social.
La créatrice et son mari ont quitté leur domicile, sur le conseil de la police. Car les plus enragés publient en ligne les noms, les adresses et informations personnelles de leurs cibles, une pratique connue sous le nom de "doxxing."
De nombreux créateurs de jeux ont condamné cette pratique. "Les menaces sont condamnables", a indiqué dans un courriel à l'AFP la Entertainment Software Association, qui regroupe les développeurs, "il faut qu'elles s'arrêtent. Il n'y a pas de place dans le monde des jeux vidéo, ou dans notre société, pour les menaces et attaques personnelles".
Le débat faisait toujours rage cette semaine sur les forums en ligne ou Twitter, avec des hashtags comme #GamerGate and #NotYourShield, des voix s'élevant pour que cesse cette guerre.
Pour le critique de jeu britannique John Bain, connu sous le pseudonyme de TotalBiscuit, interrogé dans l'émission le David Pakman show, "la grande majorité des joueurs ne sont pas sexistes, ne sont pas misogynes et ils se sentent ignorés en ce moment".
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