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Exposition

Mise à nu des nus féminins de Shafic Abboud

Le nu féminin, en toute sensualité mais sans impudeur, sous le pinceau et le regard de Shafic Abboud sur les cimaises de la galerie Agial*. Avec, en parallèle, une monographie de 200 pages aux éditions Skira, signée Pascale Le Thorel.

Nu, 1969, 50 x 65 cm, technique mixte sur papier.

Par un langage érotique particulier, de l'inédit pour mieux retrouver la palette et l'inspiration d'un peintre
passionné.
Trente-cinq tableaux (huile, aquarelle, gouache, tempera, œuvre sur papier) se déploient sous les spots. Lascive, offerte, boudeuse, odalisque en attente ou rêveuse, recroquevillée, lovée dans le chaud des draps, pliée en deux, vautrée entre des coussins, la femme est là. Couverte de sa seule nudité. Comme la peau satinée de Marilyn Monroe.
Non, ce n'est pas la franchise ni la crudité de Courbet. Mais avec une sorte de pudeur, sans rien ignorer de la pulsion dictatoriale du désir, on découvre la splendeur des jambes, une foufoune plus à deviner qu'à voir, des galbes aux muscles sculptés, des seins toujours entre bras ouverts ou geste de se cacher, des fesses rebondies sur un bassin posé de dos sur le lit...
Parfum de femme, c'est sûr, c'est certain. Mais il s'agit, comme le dit Christine Abboud, fille de l'artiste, «d'un aspect peu connu des nus "abboudiens". En fouillant méticuleusement dans les notes, les écrits et les archives de mon père, j'ai voulu m'approfondir dans la connaissance de l'œuvre de Shafic Abboud et montrer une belle thématique. Par-delà une certaine sélection, c'est offrir au public ce qui est mal connu chez un artiste engagé. Car il connaissait parfaitement ce qui passait dans l'art en son temps. Ses lectures sur Marcuse, Shopenhauer et des écrits de Matisse
l'attestent...»
Jusqu'au bout de sa vie, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de 76 ans, Shafic Abboud s'adonnera au nu. Passionnément, patiemment. Et les œuvres exposées, de 1960 à 1990, avec une prédominance aux années 1970, en sont un éloquent et vibrant témoignage.
En un fouillis de lignes, en tonalités sombres ou noyées de lumière, en teinte incarnate ou glauque, en taches bleues ou roses, en couleurs irisées, évanescentes ou marquées d'encre noire ou de traits charbonneux, le corps surgit de sa somnolence. Et affleure le désir de regarder, de voir, d'approcher une chair irradiant la vie, toujours désirable, désirée,
convoitée.
En termes abstraits ou figuratifs, en aplats d'un pinceau emporté ou tendre, en hachures nerveuses ou ordonnées, la femme émerge. Allongée, ventrue, dodue, ramassée, étalée, assise à califourchon sur une chaise, cambrée, échine courbée ou droite, les bras enserrant les seins, les jambes dépliées, le peintre, dans son art complexe et compliqué, dit tout sur la femme. Et sur la sexualité. En termes de peinture éminemment épidermique.
Il était bon – et temps – qu'on (re)découvre Shafic Abboud, car on avait eu vent et aperçu tout cela, par bribes, dans les rétrospectives qui lui ont été consacrées, chantre de la compagne des fils d'Adam. Un monde troublant et toujours enchanteur dans son trouble même.

*Jusqu'au 14 novembre 2014.


Par un langage érotique particulier, de l'inédit pour mieux retrouver la palette et l'inspiration d'un peintre
passionné.
Trente-cinq tableaux (huile, aquarelle, gouache, tempera, œuvre sur papier) se déploient sous les spots. Lascive, offerte, boudeuse, odalisque en attente ou rêveuse, recroquevillée, lovée dans le chaud des draps, pliée en deux, vautrée entre des...

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