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En Turquie, la terreur des parents d'un jeune combattant kurde de Kobané

Syrie

"Je n'ai plus de nouvelles de lui depuis qu'on a été obligés de fuir en Turquie", soupire doucement la vieille femme, "ça fait maintenant vingt jours".

OLJ/AFP
14/10/2014

Comme tant d'autres, Dursun Nahsen a quitté Kobané pour se réfugier en Turquie. Son fils Resad y est resté pour faire le coup de feu contre les jihadistes. Aujourd'hui, cinq kilomètres les séparent. La distance entre la paix et la guerre, qu'elle ne supporte plus.

"Je n'ai plus de nouvelles de lui depuis qu'on a été obligés de fuir en Turquie", soupire doucement la vieille femme, "ça fait maintenant vingt jours".

Dursun Nahsen porte sur son visage tout le poids de ses 60 ans. Bien plus même, à voir la profondeur de ses rides. Le menton et les mains tatoués, elle ne s'exprime que d'un mince filet de voix pour se désespérer du sort de son enfant "chéri". "Evidemment, je suis très inquiète pour lui", lâche la mère, "il est tout pour moi, il est mon cœur, ma perle".

 

(Lire aussi : L'armée turque bombarde des positions du PKK)

 

Resad combat dans les rangs des Unités de protection du peuple (YPG), la milice armée du principal parti kurde de Syrie, le Parti de l'union démocratique (PYD). Depuis plusieurs semaines, ces "peshmergas" sont sous le feu constant des obus des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et résistent tant bien que mal à l'offensive des "bandits" au drapeau noir, comme ils désignent leurs ennemis, avec l'appui des frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Dans les rues, les combats sont acharnés et les pertes terribles. Chaque jour, les réfugiés syriens enterrent dans les cimetières de la ville frontalière turque de Suruç une nouvelle fournée de "résistants" tombés pour la défense de Kobané (Aïn el-Arab en langue arabe), érigée en symbole de la cause kurde.

Comme sa femme, le père de Resad vit dans l'attente d'un signe de son fils. "Je n'ai pas peur pour lui car c'est Dieu le miséricordieux qui décide de tout", assure d'abord Muslim Osman. "Bien sûr que je m'inquiète", poursuit-il toutefois, "mais que puis-je faire ?"

 

(Lire aussi : Les raids américains contre l'EI : des frappes pour la galerie ?)

 

"La misère pour tous"

Comme des milliers d'autres réfugiés syriens, cet épicier de 70 ans passe le plus clair de son temps à attendre. Des nouvelles de son fils, des nouvelles de sa ville. Avec l'espoir improbable, un jour, de les revoir tous les deux. La plupart des 200 000 déplacés de la région de Kobané ont réussi à trouver en Turquie un membre de leur famille qui les a hébergés.

Muslim Osman, lui, a bénéficié de l'hospitalité des autorités de Suruç qui, pour faire face à l'afflux de réfugiés, ont ouvert en urgence ces entrepôts situés au rez-de-chaussée de nombreux immeubles de la ville. Les familles kurdes de Syrie s'y entassent dans des conditions très précaires, souvent sans eau, ni sanitaires. Dans ce décor incertain et à son âge, M. Osman a du mal à entrevoir son avenir.

"Daech (l'acronyme arabe du groupe Etat islamique) est arrivé au milieu de la ville. Il y a des combats de rue. Si Kobané tombe, ce sera la misère pour nous tous", lâche-t-il. Autour de lui, les récits des décapitations et des tortures pratiquées par les combattants jihadistes circulent dans tous les récits et provoquent l'effroi. "Moi, je n'ai rien vu. Mais beaucoup de gens m'ont dit qu'ils tranchaient les têtes", explique M. Osman.

Cette terreur, pronostique-t-il, marquera à jamais Kobané et sa population, même en cas de victoire sur les jihadistes. "Un retour en arrière est impossible". Alors, plutôt qu'à envisager le sort de sa ville, M. Osman se raccroche à celui de son fils Resad. "Évidemment, je suis fier de lui", dit-il, "mais ça n'a pas beaucoup d'importance si, comme beaucoup d'autres, il finit par mourir". Sa femme, elle non plus, n'a pas renoncé à le serrer à nouveau dans ses bras. "J'ai quatre enfants. Un d'entre eux est déjà mort dans un accident de la route", prie Dursun Nahsen, "j'espère que lui va me revenir".

 

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