Le feuilleton de la terreur mis en scène par le groupe armé d'Oussama Mansour et de Chadi el-Mawlaoui pourrait avoir prochainement un happy end pour tout le monde. À défaut, le retour de l'instabilité, voire aux affrontements à Tripoli n'est pas à écarter.
Hier, les informations en provenance de la capitale du Nord ont fait état d'une évacuation dans les prochaines 48 heures par cette formation islamiste armée de la mosquée Abdallah ben Massoud, suite à un compromis arraché par des ulémas de la ville. Ce règlement à l'amiable pourrait épargner à la ville des affrontements supplémentaires, le tandem Mansour-Mawlaoui ayant réussi à semer la terreur en plusieurs points de Tripoli, provoquant le courroux de l'armée qui avait menacé de lancer l'assaut contre eux.
Depuis plusieurs jours, les médiations entreprises par les cheikhs Omar Aziz et Khaled Boustany, notamment, étaient en cours pour faire sortir une vingtaine d'éléments armés de la mosquée Abdallah ben Massoud, squattée depuis plusieurs semaines par le groupe armé. Les responsables religieux seraient parvenus à un compromis consistant, du côté du groupe armé, à cesser leurs agressions contre l'armée et à s'abstenir de faire des apparitions en armes dans la ville.
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Une nouvelle réunion a eu lieu hier dans la mosquée, en présence de plusieurs notables de la ville et d'Oussama Mansour et de Chadi el-Mawlaoui. Selon la LBC, un accord a été conclu consistant à évacuer dans les prochaines 48 heures les lieux et à remettre la mosquée aux mains de Dar el-Fatwa.
Les membres du groupe d'Oussama Mansour se défendent d'ailleurs en affirmant qu'ils n'occupaient pas la mosquée, mais qu'ils s'y rendaient régulièrement pour prier et suivre des cours religieux. Selon les termes de l'accord, les éléments armés devraient également enlever les caméras de surveillance qu'ils avaient installées dans les environs de la mosquée et cesser leurs rondes de surveillance armées nocturnes. Ils devaient également s'engager à suspendre les attaques ciblant les militaires libanais qui ont fait à ce jour plusieurs victimes parmi la troupe.
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Les sources de sécurité citées par la LBC ont cependant confié que certains points de l'accord restent flous, notamment celui de savoir si Mansour et Mawlaoui vont quitter les lieux définitivement et quelle sera leur destination. S'ils devaient quitter le pays, une possibilité qu'avait laissé entendre l'ancien député Misbah Ahdab, plus précisément leur quartier à Bab el-Tebbané, peu de gens les regretteront, du fait de la terreur et de l'instabilité qu'ils ont réussi à faire régner autour dans leur périmètre. Ce ne serait pas le cas apparemment, puisque Oussama Mansour a assuré en soirée sur sa page Facebook qu'« ils ne quitteront pas le quartier de Bab el-Tebbané et qu'ils combattront ceux qui chercheraient à y entrer ». Il a par ailleurs souligné n'avoir « donné de promesses à personne ».
Des sources des milieux islamistes citées par le site an-Nahar se sont toutefois dit « sceptiques » quant à l'éventualité du retrait du groupe de la mosquée.
Les propos de Kahwagi
La ville de Tripoli a d'ailleurs figuré en bonne place dans un entretien accordé par le commandant en chef de l'armée au Figaro.
« Daech (l'État islamique, EI) veut déclencher une guerre civile entre chiites et sunnites au Liban. C'est son but principal. Jomaa (Imad Hassan) nous l'a confirmé », a déclaré le général Jean Kahwagi avant de poursuivre : « Pour cela, Daech compte sur des cellules dormantes à Tripoli, au Liban-Nord et dans la région du Akkar, ainsi que sur le soutien de certaines franges de la population sunnite. » L'arrestation de Imad Hassan Jomaa avait été suivie début août par des affrontements meurtriers dans la région de Ersal entre l'armée et des jihadistes, venus pour la plupart de Syrie.
Selon le commandant en chef de l'armée, l'EI veut également établir « un accès à la mer. Ce qu'il n'a pas pour l'instant, ni en Irak ni en Syrie. Seul le Liban peut lui en offrir un. Pour cela, ils doivent relier les montagnes du Qalamoun, en Syrie, à Ersal, puis à la région du Akkar et enfin au Liban-Nord », a-t-il précisé.
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Interrogé sur les propos du général Kahwagi, le mufti de Tripoli, le cheikh Malek Chaar, s'est dit « étonné par ces déclarations », se refusant toutefois de commenter davantage la teneur de l'entretien. Le mufti a cependant indiqué que « Tripoli est en sécurité aux mains de la troupe. Nous sommes convaincus que l'armée est l'unique institution capable d'assumer la sécurité ». « Nous attendons de son commandant en chef qu'il prenne toutes les mesures nécessaires pour que l'État puisse imposer son autorité sur l'ensemble du territoire », a-t-il dit.
La réponse indirecte, mais cinglante du ministre de la Justice, n'a pas tardé à venir. Dans une allocution prononcée à une occasion sociale, Achraf Rifi a déclaré : « Je puis vous affirmer que Tripoli est et restera partie intégrante de notre cher Liban, quel qu'en soit le coût. » Et d'ajouter : « Les propos selon lesquels un groupe chercherait à découper une partie du Liban-Nord pour en faire un émirat doté d'un port sont erronés », a persiflé M. Rifi. « Tripoli ne sera en aucun cas un émirat », a encore assuré le ministre qui a par ailleurs souligné que la capitale du Nord est « injustement accusée de radicalisme et d'abriter des terroristes ».
Les propos du commandant en chef de l'armée ont suscité des réactions parmi d'autres responsables de la ville. Dans une déclaration, l'ancien ministre Fayçal Karamé s'est demandé, suite aux propos du général Kahwagi, sur l'existence de cellules dormantes, « pourquoi les autorités politiques ne passent pas à l'action et assument leur devoir ? ». Et d'insister sur le fait que « Tripoli n'est pas une ville propice au terrorisme ». « L'État ne s'intéresse pas à la ville et ne fait pas preuve de sérieux à cet égard », a déploré M. Karamé.
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Pourquoi ne peut-on pas régler le problème de Tripoli à l'instar de celui qu'on avait eu à Saïda? Je rappelle qu'au sud l'armée était intervenue énergétiquement à l'encontre d'un groupement armé. Pourquoi ne peut-on pas reproduire le même scénario dans le nord? Il serait souhaitable à l'avenir d'avoir l'avis d'un juriste sur la réglementation relative à la détention d'armes ainsi que sur l'accès aux sites religieux (mandats, perquisitions, enquêtes, etc...)
12 h 28, le 13 octobre 2014